VII. — Mort de Geneviève
Geneviève touchait à la on de sa long'ue carrière, et elle ne cessait de remercier Dieu, qui lui avait donné, au milieu de tant d'épreuves, la grâce insigne de contribuer au triomptie de la vraie foi. Sa mission était accomplie; et, comme l'exilé, elle soupirait après les joies de la patrie ; cependant sa soumission envers Dieu était si grande, son dévouement envers ses frères était si fort, qu'elle ne refusait pas de vivre encore si sa vie pouvait être utile. Malgré son âge avancé, elle ne cessait d'accomplir ses œuvres de charité. Faire le
bien fut toute la joie de son cœur et l'occupation de sa vie ; jaiuais un pauvre ou un afflig-é ne recourut à elle sans éprouver les effets de sa bienveillance.
Geneviève avait, depuis longtemps, réuni près d'elle quelques vierg-es qui partag'eaient son genre de vie, imitaient ses vertus et recevaient avec bonheur ses sag-es instructions. Dans leur douce intimité, la sainte goûta souvent de pures et vives jouissances, et trouva là des consolations au milieu des persécutions fréquentes dont elle fut l'objet. Dieu, qui lui avait accordé des grâces merveilleuses, ne roulait pas qu'elle en recueillît la gloire sur la terre^ et pour éprouver sa sainteté, il multiplia pour elle, à dessein, les injustices des hommes.
La vie humaine n'est qu'une longue et pénible épreuve ; nous sommes tous condamnés à arroser de nos larmes le chemin que nous parcourons en ce monde, et les saints plus que tous les autres ont été éprouvés par la souffrance; si Dieu les inondait parfois de suaves délices, c'était pour les mieux préparer à supporter leurs épreuves.
« Contempler Dieu et l'aimer, le contempler et l'aimer encore, voilà le ciel. L'âme ici-bas en reçoit quelquefois un avant-goût. Alors, élevée au-dessus d'elle-même, elle se sent pleine d'ardeur; et, enivrée de joie, elle dit : Il
nom est don d'être ici (1). Mais bientôt arrive le temps de l'épreuve : il faut descendre du Tliabor et marcher dans le chemin de la croix. Heureuse l'âme qui, dans le dénûment, l'aridité, les souffrances, demeure en paix, sans se laisser abattre et sans murmurer; qui, fidèle à Jésus mourant, le suit avec courag-e sur le Calvaire, et après avoir partagé le banquet de l'époux, prête à partag-er son sacrifice, s'écrie comme un des apôtres : Et nous aussi, allons et mourons avec lui (2). »
Il en fut ainsi pour Geneviève; elle se désaltéra aux sources divines, mais elle ne recula jamais devant les épreuves et les tribulations de toutes sortes dont sa vie fut remplie. Aussi, quand Dieu l'eut rappelée à lui, il transforma en rayons lumineux toutes les épines de sa couronne, et la combla d'honneurs et de gloire. Le moment était venu pour Geneviève d'aller recevoir la récompense de ses œuvres et de ses vertus ; elle sentait la mort approcher, et elle s'y préparait par un redoublement de prière. Elle l'attendit calme, souriante ; sa vie avait été bien remplie, elle pouvait dire comme .l'Apôtre : Père céleste, j'ai achevé l'ouvrage qice vous m'aviez donné à faire (3). Que pouci) Matth., xvii. 4.
(2) Rom., IX, 23. — Lammenais, Imii. d» J.-C, chap. u, liv. lu, p. 326.
(3> Joaon. xvia, 4<
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vait-elle craindre, en effet? La mort n'était pour Geneviève que la fiiî de son exil, le moment fortuné qui devait la réunir à Jésus- Christ qu'elle avait tant aimé! elle voyait finir les misères de la vie, elle entrevoyait déjà les célestes demeures ; aussi son âme se détaclia-t-elle de son corps comme par un suprême et dernier élan d'amour, et s'élança au sein des béatitudes célestes , de l'éternel amour, de l'infini !...
Geneviève était âgée de quatre-vingt-neuf ans ; c'était le troisième jour de janvier de l'an 512 ; son corps fut enterré au pied du tombeau de Clovis, dans la basilique qu'elle avait fait construire aux saints apôtres, et qui bientôt porta le nom de la bienfaitrice de la France,
La vénération des Parisiens, pour celle qui fut pendant plus de soixante-dix ans leur protectrice et leur ange tutélaire, redoubla à sa mort. Le peuple courut en foule à ses funérailles, montrant par sa douleur et ses larmes la perte immense qu'il avait faite.
Le tombeau de Geneviève devint un lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles y furent obtenus* les Parisiens continuaient à considérer la sainte comme leur avocate près de Dieu, et allaient à son tombeau solliciter son intercession : elle ne leur fit jamais défaut. Du haut du ciel, la vierge de Nanterre veillait sur
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cette ville qu'elle avait tant aimée ; et, elle manifesta en maintes occasions les effets de sa protection.
La puissance de la sainte patronne de Paris n'a jamais cessé de se manifester; de nos jours, de nombreux miracles ont prouvé que la confiance populaire en la sainte berg'ère n'était pas éteinte, et que sa protection était toujours aussi efficace.
Après avoir lu la vie de cette illustre sainte, on est, il me semble, saisi d'admiration pour la grandeur de ses vertus e^ pour les grâces extraordinaires dont le Seigneur l'a comblée.
Dieu l'a choisie, elle, l'humble bergère, pour accomplir les plus grandes choses, et, glorifiant son humilité, il l' éleva en gloire au-dessus de tous ceux qui illustraient alors le monde.
La vénération pour la patronne de Paris a traversé les siècles et brille aujourd'hui du plus vif éclat, et tandis que les tombeaux des rois sont oubliés, celui de la sainte bergère de Nanterre est demeuré un sanctuaire vénéré.
N'est ce pas là, comme l'a dit Bourdaloue, le plus éloquent panégyriste de sainte Geneviève, une marque de la prédilection de Dieu pour les petits.
Lcb eaux du ruisseau se diviseut respeclueuiomeiit.