I. — Miracle du Courbet
C'était vers le printemps de l'an 1599, dans une petite bourgade des environs de Toulouse. Plusieurs jours de pluies abondantes avaient détrempé la campagne, l'herbe était encore humide, les chemins impraticables, mais les nuages étaient dissipés, et le soleil se levait radieux. L'astre du jour montait à l'horizon et projetait ses rayons encore voilés par la brume matinale sur les pauvres maisons du village; les fleurs, rafraîchies par ces ondées bienfaisantes, relevaient leurs corolles et s'ouvraient aux premières caresses de la brise; les oiseaux voltigeaient joyeusement dans les buissons; le chant plaintif du rossignol se mêlait au bouillonnement impétueux du ruis-
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seaux qui arrosait cette paisible campag-ne. Grossi par les pluies des jours précédents, ce ruisseau, qui n'était d'habitude qu'un mince filet d'eau, était sorti de son lit; et, semblable à un torrent, il roulait avec fracas ses flots bourbeux, entraînant tout sur son passage.
Des paysans travaillaient dans les champs voisins ; ils regardaient le spectacle de l'inondation, tandis qu'un beau troupeau de moutons se répandait dans les pâturages environnants.
Une jeune bergère marchait au milieu de ce troupeau, tenant sa houlette à la main; ses jeux étaient souvent levés vers le ciel, et "ses lèvres murmuraient une prière. Elle s'assit sur un tertre de gazon et caressa les jeunes brebis couchées à ses pieds, puis elle joignit les mains, sembla plongée dans une muette extase, et l'encens de sa prière monta vers Dieu au milieu des parfums et des joies de la nature. Tout était calme dans la campagne, aucun bruit ne troublait ce silence : les murmures du ruisseau débordé arrivaient à peine jusqu'à la jeune fille. Tout à coup, les sons grêles d'une cloche se firent entendre; les échos les répétèrent dans les profondeurs du vallon; les vapeurs humides du matin s'étaient dissipées et le soleil paraissait brillant audessus de l'église de Pibrac. A cet appel divin, la bergère se leva, réunit son troupeau, planta
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sa houlette dans la motte de gazon, et se dirigea vers le ruisseau.
Les laboureurs avaient posé leurs bêches et la regardaient d'un air railleur.
— Ah! dit l'un, voilà la bigote qui va à la messe; elle prétend que Dieu l'appelle ainsi chaque matin.
— Oui, oui, reprit un autre, nous allons voir si Dieu viendra l'aider à passer le ruisseau.
Germaine marchait toujours : poussée par une force surnaturelle, elle ne semblait voir aucun obstacle. Elle arriva près du ruisseau : Dieu ne vint pas; mais, comme autrefois les eaux de la mer s'étaient ouvertes devant les enfants d'Israël allant à la recherche de la Terre promise sous la conduite de Moïse, les eaux du Courbet se séparèrent devant la pieuse bergère, et elle passa sans môme m.ouiller le bas de sa robe.
Les laboureurs furent saisis de crainte et d'admiration.
— C'est vraiment une sainte , dit le plus âgé, nous avons eu tort de la mépriser.
— Dieu a fait un miracle pour elle, dirent les autres ; et ils coururent au village raconter à tous ce qu'ils avaient vu.
Qu'était donc cette pauvre bergère si méprisée, celte Germaine dont Dieu venait de révéler ainsi la sainteté?