‹ Fleurs des champsChapitre 5 sur 10 · II. — Naissance et enfance de Germaine · texte numérisé non relu

II. — Naissance et enfance de Germaine

Vingt ans auparavant, l'histoire ne dit pas le jour, naquit, dans le pauvre village de Pibrac, dépendant de la viguerie de Toulouse, une petite fille infirme. Loin d'apporter avec elle le bonheur que donne toujours la naissance d'un enfant, elle fut accueillie sans joie; son père, pauvre cultivateur, ignorant le trésor que la Providence lui confiait, ne vit dans cette enfant qu'une charge de plus pour la famille.

Germaine sembla dès sa naissance vouée à la douleur; la souffrance, comme une sœur née dans le même berceau, devint sa compagne fidèle et ne la quitta jamais. Percluse de la main droite, atteinte de scrofules, il semblait que la mort dût être une délivrance pour cet être disgracié; mais les desseins de Dieu sont impénétrables. Germaine vécut, et elle donna au monde, par son humilité, sa patience et sa charité, l'exemple de toutes les vertus. Dieu forma son âme avec amour; et, s'il la jeta si jeune dans les épreuves cruelles de la vie, c'est que la douleur est le creuset où s'épurent les âmes prédestinées, celles qu'il a réservées pour le ciel et qu'il veut donner comme modèle à la terre.

Glermaine avait à peine cinq ans lorsque sa mère lui fut enlevée : ce fut le premier de ses malheurs. Sa mère était la seule personne qui sût l'aimer et compatir à ses souffrances ; en la perdant, elle perdait tout en ce monde, mais l'àme de Germaine n'était pas faite pour la terre. Par un instinct surnaturel, la sainte enfant comprit que désormais son seul appui était en Dieu, et depuis ce. j,our son cœur se tourna uniquement vers les choses divines ^ orpheline, isolée ici-bas, elle ne songea plus qu'à la patrie céleste, où sa mère l'avait précédée. Elle semblait vivre d'une vie à part;^ et^ tandis que son corps infirme souffrait sur la terre, son âme belle et pura s'élevait jusqu'au trône de Dieu, au milieu des concerts des anges.

L'histoire nous a conservé peu de choses sur l'existence de sainte Germaine • comme le dit un de ses historiens : « Il est rigoureusement vrai de dire que, pour le monde, la bienheureuse Germaine Cousin ne commença de vivre qu'après sa mort; et son histoire sort tout entière de son tomb^u (1). »

La tradition rapporte qu'après la mort de sa

femme, Laurent Cousin n^ tarda pas à se

remarier. Sa seconde femme, d'un caractère

, acariâtre et méchant, devint l'instrument dont

JDieu se servit pour former Germaine à la

(1) Louis Veuillot, Vie de la Bienh. Germaine Cousin, p, IQ.

sainteté ; ce fut le lapidaire chargé de polir et de donner l'éclat à ce rare diamant, à cette âme prédestinée. Cetto femme, comme il arrive souvent, au lieu de prendre en pitié la pauvre orpheline confiée à ses soins, n'éprouva que du mépris et de l'aversion pour l'enfant infiripe; craignant pour ses propres enfants la contagion de son mal, elle éloigna sa bellefille et la rendit bientôt étrangère à la famille. On lui refusa sa place à la table commune; il n'y eut plus de lit pour elle dans les appartements, et elle se vit forcée d'aller prendre son repos sur un tas de sarments, sous l'escalier.

Ainsi commença la vie pour Germaine ; mais pour une âme comme la sienne, l'injustice et la durçté de tous, loin de flétrir et d'avilir son cœur, l'épurèrent, le purifièrent des choses terrestres; elle sut trouver dans ses soufi'rances l'occasion de se rapprocher de Jésus- Christ et de conquérir la gjloire du ciel.

La souffrance est Ja compagne inséparable de l'homme sur la terre. Il naît dans la douleur et les larmes ; il vit dans la peine, et sa mort est un déchirement cruel. Nous avons tous péché, c'est pourquoi nous sommes tous condamnés à souffrir. Dieu a tant aimé les hommes qu'il a voulu supporter tous les tourments, et même la mort, pour leur rouvrir le ciel, auquel ils n'avaient plus droit ; mais, si le Fils de Dieu a versé son san^ pour relever

rhumanité déchue, n'est-il pas juste que nous souffrions aussi pour expier nos fautes ! Combien peu d'âmes savent comprendre les austères enseignements de la croix !

Il y a deux sortes de souffrances : celles qui nous sont imposées par Dieu et que nous sommes forcés de subir, et celles que notre amour pour Jésus-Christ nous porte à nous imposer. Les souffrances volontaires sont sans doute d'un poids immense devant le Seigneur; le sacrifice qu'on lui fait de soi-même est agréable à ses yeux, car en l'accomplissement on fait un noble et saint usage de ce don insigne de la liberté que l'homme seul a reçu du Créateur. Cependant, la croix donnée par Dieu et acceptée avec soumission et amour, doit avoir une valeur encore plus précieuse à ses yeux. Dans la souffrance volontaire, on goûte une satisfaction puisée dans la grandeur même de son sacrifice ; mais la peine infligée d'en haut, obscure bien souvent, et qui déchire profondément notre âme, ne faut-il pas une plus grande force pour l'accepter? Mon Dieu ! mon Dieu ! s'écrie-t-on quelquefois, autre chose si vous voulez, mais pas cela! Je vous offrirai tel sacrifice, mais épargnez-moi cette humiliation, cette maladie, cette séparation, cette sécheresse, cette désolation d'âme qui fait la nuit autour de moi! C'est alors qu'apparaît dans toute sa grandeur la vertu d'obéissance,

cette vertu humble et sublime qui donne du prix aux plus petites choses, et sans laquelle les plus grands actes ne sont que fumée. Jésus-Christ a-t-il choisi ses souffrances? Non, il les a acceptées de la main de son Père : Mon Père, que votre volonté soit faite, et non la mienne. C'est ainsi qu'ont fait les saints, et c'est ce que nous admirons le plus dans la vie de notre sainte bergère. Elle entra courageusement dans l'existence obscure et désolée qui s'ouvrait devant elle; les yeux fixés sur le divin Crucifié, elle unit ses souffrances aux siennes, finit par les trouver légères et douces, et s'y attacha à tel point que nous la voyons plus tard demander comme une grâce qu'on ne les lui enlève pas. Les joies et les honneurs de la terre finissent avec nous, nos mérites seuls demeurent; ils triomphent de la mort et forment notre couronne de gloire dans le ciel.

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