IV. — Travaux de Germaine. — Ses vertus
Quand Germaine eut fait sa première communion, on se demanda à quel genre de travaux on pourrait l'employer. Celui des champs était beaucoup trop rude pour sa sauté délicate; les soins du ménage eussent mieux été en rapport avec ses forces, mais la marâtre, voulant éloigner à tout prix de la maison l'enfant détestée, décida Laurent à confier à sa fille la garde du troupeau : Germaine commença alors cette pénible profession, qu'elle ne quitta jamais. La jeune bergère accepta avec soumission son nouvel état; elle ne se plaignit jamais des soufl'rances qu'elle y trouvait; les intempéries des saisons, les fatigues, les privations, furent pour elle l'occasion de se sanctifier ; elle les accueillait avec amour et priait Dieu pour sa persécutrice.
Elle pratiquait dans toute sa plénitude le précepte du Sauveur, qui a dit à ses disciples : Priez pour ceux qui vous persécutent, faites du bien à ceux qui vous haïssent (1)
Saint Pierre disait un jour à son divin maître : Seigneur, si mon frère m'offense, combien de fois faudra-t-il que je lui par-
(1) Saint Matth., v, 24,
La bienheureuse Germaine est frappée par sa marâtre.
donne ? ne faudra-t-il pas que je le fasse jusqu'à sept fois? Et le Seigrieur îm répondit : Non pas seulement jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois (1). C'est-à-dire, dans le langage de l'Ecriture, qu'il faut lui pardonner toujours et toutes les fois qu'il sera coupable. Germaine agissait ainsi, et en retour des mauvais traitements qu'elle recevait, elle donnait son dévouement, elle aimait tendrement ses frères et ses sœurs, malgré les injustices qu'elle endurait à leur sujet-, elle profitait de toutes les occasions de lour rendre service lorsqu'elle n'en était pas rebutée. Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir les autres (2), a dit le Sauveur; je vous ai donné l'exemple, afin que ce que je vous ai fait, vous le fassiez aussi (3).
Il en coûte souvent à notre orgueil de nous abaisser devant nos frères ; ah ! c'est que nous n'avons pas l'humilité évangélique et la charité des saints. L'abaissement de soi-même, l'humilité est cependant la vertu là plus belle, c'est le fondement, la base de la sainteté.
Telle était la situation de Germaine. Méprisée et repoussée par tous à cause de ses infirmités, elle acceptait avec résignation ses
(1) Saint Matth., xxviii, 23.
(2) Saint Marc, n, 45.
(3) Saiat Jean, xiu, 13.
abjectes souffrances, et jamais elle ne demanda à Dieu de l'en délivrer.
Mais pénétrons dans l'intimité de la vie de notre sainte berg"ère; admirons la manière dont elle remplissait les pénibles emplois qui lui étaient confiés, et nous verrons ainsi que Dieu, loin de l'abandonner dans ses malheurs, les adoucissait souvent par ses consolations divines et les g-râces merveilleuses qu'il aimait à répandre dans son cœur virginal. Jésus, qui se plaît parmi les lys, devait descendre avec amour dans cette âme simple et pure que le péché n'effleurait pas de son aile, et dont toutes les aspirations tendaient uniquement vers le ciel.
Chaque matin Germaine sortait de la ferme, emportant dans son tablier un morceau de pain sec, sa nourriture de la journée, et elle conduisait son troupeau dans la campagne. Sur le flanc du vallon, il y avait alors un chêne, mort aujourd'hui, mais dont le tronc a poussé un rejeton vigoureux. C'est à l'ombre de cet arbre que la jeune bergère aimait à se reposer, et bien souvent on la surprit en prières dans cet endroit. Dieu, qui répand sa rosée sur l'herbe desséchée, qui donne le soleil à la fleur, la pâture à l'oiseau, n'abandonnait pas cette jeune âme dont la pureté réjouissait ses regards. Les anges descendaient souvent
du ciel pour partagrer sa solitude et consoler sa douleur,
c< Cequi attire lesang-es, cequiles fait descendre du ciel sur la terre, c'est le désir d'y exercer la miséricorde. Car ils savent, ces esprits célestes, que sous un Dieu si bon et si bienfaisant, dont les miséricordes n'ont point de bornes, dont les infinies commisérations éclatent magnifiquement par-dessus tous ses ouvrages (1) ; ils savent, dis-je, que sous ce Dieu il n'y a rien de plus grand ni de plus illustre que de secourir les misérables (2). »
Chose admirable que la sollicitude de Dieu pour nos âmes ! Quand il nous eut créés, quand il eut placé dans notre enveloppe périssable une âme immortelle, faite à son image. Dieu, dans sa prévoyance et sa tendresse ineffables,' craignit de nous laisser marcher seuls sur la terre ; tournant alors ses regards vers les légions d'anges qui forment sa cour dans le ciel, il en détacha un pour servir de guide à chacune des âmes que son souffle divin faisait éclore. Ce miracle de l'amour de Dieu se renouvelle sans cesse, et chaque fois qu'une âme, semblable à une étincelle, sort du foyer divin pour animer un corps terrestre, un ango quitte les célestes demeures pour guider cette créature privilégiée. Dieu dit alors à l'ange :
(1) Fs. CXLIV, 0.
(2) Bossuet Panégyrique.
« Tu vois cette frêle créature qui respire à » peine et pleure en venant à la vie ; descends » vers cette âme, étends tes ailes pour la pro- » téger contre le souffle du mal, forme son en- » fance, guide sa jeunesse, soutiens le poids » de ses années, essuie ses larmes en lui mon- » trant le ciel, et sois toujours à ses yeux » l'image de l'Espérance et de l'Amour. » Et l'ange descend sur le berceau de l'enfant, s'attache à cette âme dans une union indissoluble, lui suggère sans cesse les sages conseils et les saintes inspirations, jusqu'au jour où Dieu la rappelle à lui pour la juger, non plus avec son amour, mais avec sa justice. Bienheureuse alors l'âme, quand l'ange peut la déposer aux pieds de Dieu en disant : « Sei- » gneur, voici le dépôt que vous m'aviez con- » fié; voici l'âme que vous m'aviez donnée à » guider sur la terre, elle a été fidèle à ma » voix et à vos commandements, donnez-la- » moi pour sœur dans les Cieux. »
Mais indépendamment de cet ange gardien que Dieu a donné à chacun de nous pour adoucir son pèlerinage terrestre, il existe un rapport intime entre nos âmes et le monde surnaturel. Les anges sont les messagers et les intermédiaires de Dieu.
Germaine, par sa pureté et son recueillement intérieur, mérita de jouir souvent de cette société céleste. Elle conversait fami-
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lièrement avec les ang-es, et sa solitude lui semblait plus douce que toutes les distractions du monde. On voit constamment dans la vie de Germaine la preuve de la trace invisible de l'intervention des anges; non seulement ils la consolaient dans ses amers chagrins , mais ils l'aidaient à accomplir la rude tâche qui lui était imposée. Quand la bergère quittait ses brebis pour assister à la messe, qui veillait sur son troupeau, si ce n'étaient les ang-es , qui le protégèrent à tel point que jamais les loups, si nombreux dans le pays, ne ravirent aucun de ses moutons I