V. — Le saint sacrifice de la messe. — L'eucharistio
Mais dans ce désert immense qu'on appelle la vie, il est une oasis accessible à tous, oii le voyageur fatigué peut reposer ses forces et retremper son courage. Germaine, exclue du foyer paternel, repoussée de partout, trouvait asile dans le temple de Dieu ; c'est là qu'elle aimait à se retirer. Le dimanche elle y passait la journée entière sans se soucier des railleries des gens du village, qui tournaient en dérision sa piété, et l'appelaient la bigote. Assister aux offices, à la messe surtout, c'était Bon plus grand bonheur, son seul désir. Ger-
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maine ne savait rien de la science humaine, ni même de la science relig:ieuse; mais Dieu, qui aime à converser avec les âmes simples, lui révélait la grandeur et le prix infini de ce sacrifice de la messe, qui perpétue parmi nous l'offrande et l'éternelle immolation de notre Seigneur. « Jésus est mort une fois, et n'a pu être offert qu'une fois en cette sorte; autrement il faudrait conclure que la vertu de cette mort serait imparfaite ; maie ce qu'il a fait une fois en cette manière, qui était de s'offrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies, et de rendre son âme avec tout son sang, il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, oii nous avons vu, par saint Paul, qu'il ne cesse de se présenter pour nous (1); et dans son Eglise, oîi tous les jours il se rend présent sous ces caractères de mort (2). »
Malgré l'ignorance de Germaine et l'isolement dans lequel elle vivait, il est impossible que le bruit des batailles, des apostasies et des blasphèmes qui retentissaient alors dans toute la France, et même dans les environs de son village, n'arrivât pas jusqu'à elle. Lorsqu'on lui disait que les hérétiques brûlaient les églises et rejetaient la messe comme une idolâtrie, de quelle douleur devait se remplir
(l) Hébr., ix. 24.
(2; Uosâuet, Méditations sur l'Evangile.
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son cœur, et combien elle redoublait alors de ferveur pour réparer envers Dieu ces crimea dont le nom seul l'épouvantait.
Mais l'aspiration de Germaine était de s'unir à Jésus-Christ d'une manière plus intime ; il ne lui suffisait pas de l'adorer aux pieds de ses autels; son bonheur suprême était de le posséder dans son cœur, comme dans un temple vivant. Ce qu'elle venait chercher, près du tabernacle, c'était ce pain des anges^ cettQ nourriture divine qui soutenait seule sa misérable vie. Venez à moiy vous tous qui êtes épuisés de travail et qui êtes chargés, et je vous soulagerai (1). Germaine entendit un jour tomber de la bouche de son pasteur cette parole consolante qui lui révélait toute la bonté de Dieu et lui ouvrait une source de jouissances ineffables réservées à son âme désolée. Fidèle à cet appel de miséricorde, son cœur s'élança vers ce divin maître si doux à servir; elle ne s'en éloig-na plus jamais. Comme toute autre créature, la pauvre bergère sentait parfois au fond d'elle-même des instincts secrets, des aspirations ardentes vers la félicité; mais, elle comprit vite où réside la source du bonheur, et c'est dans le cœur de Jésus qu'elle le chercha. L'Eucharistie, voilà le trésor des âmes qui savent en jouir ; c'est là seulement que le cœur humain
(1) Saiat Matth.. xi, 28.
g-oûte la véritable félicité. Dans la pins petite bourgrade. dans la plus humble chapelle, Jésus-Christ a voulu résider pour être plus près des âmes qu'il recherche avec tant d'ardeur. « Les Gentils, entendant raconter les œuvres admirables de l'amour de notre Dieu, en venaient jusqu'à s'écrier : 0 qu'il est bon le Dieu des chrétiens. »
Voilà la source de délices où Germaine rafraîchissait son âme fatiguée ; les eaux de la grâce coulaient avec abondance dans ce cœur pur et fidèle, et y faisaient croître les plus belles vertus.
Nous avons vu combien Germaine aimait à assister aux offices divins et les efforts qu'elle faisait pour se rendre à l'église, en dépit des railleries et des mauvais traitements; mais dans la semaine, la garde de son troupeau ne lui permettait pas de suivre son pieux attrait. Le matin, quand la messe sonnait, elle se sentait attirée par une voix mystérieuse qui l'appelait au saint sacrifice ; elle comprit bientôt que cette voix venait de Dieu, et elle céda à cette inspiration. C'est ainsi que nous l'avons vue au commencement de ce récit, quittant son troupeau pour se rendre à la messe, et Dieu confondant par un éclatant prodige les propos méchants du village.
LA BERGEIIE DE PIBRAC *y]