‹ Fleurs du bitumeChapitre 44 sur 45 · CHIENNE DE MISÈRE · texte numérisé non relu

CHIENNE DE MISÈRE

A me sentir suivi par celte sale béte Dans la rue. où les gens me regardent passer, Je hâte mon pas lourd, tant j'ai honte, et ma tête Est contrainte de se baisser.

Yas-tu bien me lâcher, ù chienne de misère ? Quand n'aboieras-tu plus sur mes talons, et quand, 0 galeuse enragée, âpre comme un ulcère, ' Voudras-tu me foutre le camp?

Si je dors, je t'entends ululer dans mon rêve. Compagne ! et dans la nuit mauvaise je te vois, Et. dès que le matin sur les toits bleus se lève, Tu m'éveilles de tes abois.

UNE SAISON DE SI'LEEN luo

Pourquoi gueuler ainsi? Tes hurlements baroques Attirent le tailleur qui réclame son bien ; Quand depuis de longs jours tes crocs ont mis en loques Mon habit qui n'est pas le mien.

Tous viennent à tes cris : la blanchisseuse morne, Le gargotier lugubre, et l'hôte exaspéré, Et jusqu'à l'habit bleu du monsieur à tricorne Qui me fait déguerpir, navré !

11 pleut ! Comme un larron il faut que je m'enfuie Sous l'averse, moitié plongeant, moitié nageant : Chienne, tu m'as perdu mon dernier parapluie. Et bâfré mon dernier argent.

Je n'entreprends jamais ni course, ni voyage, A moins de m'en aller sur mes deux pieds fourbus, Car tu m'as souvent fait refuser le passage Par les conducteurs d'omnibus.

Ce soir, va-t'en, ô bête infâme et saugrenue ! Yivent les chers flacons qui savent égayer! Je suis ivre!... Mais quoi ! te voilà revenue ? C'est juste, puisqu'il faut payer.

Ton aboiement chronique éveillait ma maîtresse : Las! elle a pris son vol, doux oisel ennuyé.

Vers le Veau d'Or, ce mufle idéal qu'on caresse, Et qui n'a jamais aboyé.

Enfin, je suis à bout : je voudrais te voir morte Pour ne plus supporter ton contact suffocant. Pour la dernière fois, regarde cette porte... C'est l'heure de foutre le camp.

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