‹ Fleurs du bitumeChapitre 6 sur 45 · AUBADE-SOLO · texte numérisé non relu

AUBADE-SOLO

Quand je me coucherai dans le cercueil étroit, Mia! je n'aurai plus penser ni remembrance Du temps de la jeunesse où j'allais comme un roi, Égrenant, sans compter, la force et l'espérance, Et faisant de ma vie une bague à ton doigt.

Mia! je n'aurai pas sous les planches funèbres Ta vision aimée et rayonnante au fond De l'àpre solitude et des âpres ténèbres; Mais j'aurai de hideux helminthes, qui me font, D'y penser seulement, frissonner les vertèbres.

CUEILLETTE SUR l'aSPOALTE 33

Je n'aurai plus tes yeux, ô Mia! pour soleil, Je n'aurai plus ta voix pour musique céleste, Je n'aurai plus l'éclat de ton rire vermeil. Je n'aurai ni ta gorge ardente, ni le reste. Et je m'endormirai sans espoir de réveil.

Puis donc que ce matin je me sens plein de vie, Ne me boude point trop, princesse des printemps, Si, me laissant guider où l'amour me convie, De ta bouche entr'ouverte à tes seins éclatants Vole pour t'éveiller ma lèvre inassouvie.

MATINKS

Midi! midi! midi! midi!

Est-ce un dimanche? est-ce un lundi?

Un mardi? voire un mercredi?

Jeudi? vendredi? samedi?

Je ne sais pas : midi! midi!

Entre tes bras la nuit câline, Inapaisible Messaline, Devrait ne finir point du tout.

Douze fois je maudis l'horloge, Dont la voix brusque me déloge, El me dit douze fois : debout !

Bast! les persiennes sont closes, Et les opaques rideaux roses

CUEILLETTE SUR L'aSPUALTE 8o

Prolongent la nuit dans le jour.

De mon erreur sois la complice...

Encore sur ta gorge lisse, Encore un long baiser d'amour!

Ceux qui n'aiment pas, noirs adeptes D'un tas de gagne-pain ineptes, Préfèrent le grand jour vermeil.

Qu'importe, ô chère sommeilleuse?

Pour les amants une veilleuse Vaut cent fois mieux que le soleil.

Mais le tumulte de la ville, D'une manière peu civile Dans notre temple s'introduit.

Encore un baiser sur ta bouche.

Vois! la réalité farouche Emporte nos rêves de nuit.

Dimanche"?.. Jeudi?... Samedi?

Je ne sais pas : déjà midi!

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