‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 24 sur 52 · BLUETTES · texte numérisé non relu

BLUETTES

Qu un instant fait éclore et qu un instant détruit , Gomme ces feux follets qui brillent dans la nuit ! Oh ! ces impressions des choses éphémères , Qui changent tour à tour nos pensers , nos chimères ^ Qui captivent nos sens et qui nous font rêver. Pour pouvoir les comprendre , il faut les éprouver ; Produites au hasard , c'est un rien qui les cause , ^

Cest une bulle d'air, un insecte , une rose, .

Le nid de la fourmi , la trace d*un ciron ,

Une feuille tombant dans Teau , qui forme un rond ;

C'est un nuage errant , tout peuplé de fantômes ,

Un rayon de soleil , où dansent les atonies ;

Cest le feu qui pétille à Tàtre du foyer,

Où Ton voit à son gré mille objets flamboyer;

C'est la pftle lueur d une lampe lointaine ,

Le jet aérien d'une claire fontaine ,

C*esl , dans Tazur du ciel , l'oiseau qui prend son vol ,

L'ombre d un peuplier qui se dessine au sol ,

136 FLEUBS DU MIDI.

C'est la nuit , reflétant ses millions d'étoiles Sur les monts que la neigé à couvert de ses voiles ; C'est le souffle odorant du zéphir matinal , C'est , des fleurs et> des fruits le duvet vii^inal ^ C'est le lichen qui flotte à la pierre gothique , C'est., oh ! c'est l'infini d'un monde fantastique, Dont le charme , la grâce , et la suavité Fascinent le regard du poète enchanté !

Lorsque la Muse antique , altière et grandiose, Daigne quitter l'Olympe, où son esprit repose , Dans le palais des rois , abaissant son essor, Elle diante ses vers sur une lyre d'or, n faut pour l'inspirer une foule choisie ,

Des banquets somptueux , des coupes d'ambroisie ; Mais sa modeste sœur. Follet , Sylphe , ou Lutin , Se plaît à ramasser les miettes du festin ;

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