‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 25 sur 52 · BLUETTES · texte numérisé non relu

BLUETTES

Elle voit sans envie, au front de son aiiiée , Les immortels lauriers dont elle e^ couronnée ; Elle cueille des fleurs qui changent tous les jours , Elle ne peut souffrir ce qui dure toujours!

Dévouée au malheur, elle est pourtant frivole , Elle aime à composer sa légère auréole D'un bluet , d'un brin d'herbe , ou d'un de ces rayons Qui glissent dans les airs sans que nous les voyons ! Elle berce les cœurs soumis à son empire ; Elle n'inunole pas le barde qu'elle inspire , Bonne et douce, elle apsburt à son premier salut ; Elle n'a point d'emphase , elle chante sans luth ; La pauvreté lui plait ; d'un coup de sa baguette ; Elle revêt d'éclat les haillons du poète ; Elle n'exige pas un ciel brillant et chaud , «

La manssurde noircie et Fhumide cachot l'attirent.... et souvent , bienfaisante , on l'a vue Porter aux malheureux une joie imprévue.

^timmm^m

Mais cette poésie impalpable est dans Tair , Dans Tespaoe, partout , c^est le feu de Téclair, On ne peut la saisir, on ne peut la décrire ; Pour langage, elle emprunte un regard, un sourire ; Je plains Tétre incomplet qui ne la connaît pas , Qui foule, insouciant , Tinsecte sous ses pas , Et, dans Taridité de son ame inféconde, Ne voit que le néant où Pascal vit un monde.

Pour oublier la vie , ainsi je m'enivrais De ces mille plaisirs , chimériques ou vrais ; Quand , dans l'isolement , Theure fuyait trop lente, Que de fois sur les prés je m'assis , indolente ^ Endormant mes douleurs , vivant pour admirer, Sur un jour de printemps laissant mon œil errer, Âlbrs que chaque épi , chaque fleur, chaque feuille, Jette une rêverie au cœur qui se recueille,

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Et que, voilaat rédtt d'un solefl racMeux, Une tiède vi^peur unît la teire aux deux !

Voyant, autour die moi, la ptuoe diaprée D'arbres, oà tkMn^eonnait une neige «npourprée, J*aimai8 à oompar^ oçtte virginité, Au suave incarnai d'une jeune beauté, • Et, dans cet amandier si frais,.si blanc, si rose, Je croyais voir son firont où la candeur repose.

Alors, restant pensive, enivrée, et sans voix. L'hymne fiiyait mon cœur, le luth quittait mes doigts, Par la réalité, lorsque Famé est saisie, Trop faibles sont les mots, vide est la poésie; Qu'est le chant de la lyre à côte d'un beau jour? La gloire et l'avenir, qu'est-ce, auprès de l'amour?

Ainsi, Tame plongée en une molle ivresse.

Des peuples d'Orient j*ai cotnpris la paresse; Jouissant par la vue, admirant par les sens, Ils prennent en pitié tous nos arts impuissans ; Us ne contraignent pas une langue rebelle A peindre froidement la nature si belle !

Ils nous laissent les champs de Tidéalité, Et nos rêves, pour eux, sont la réalité.

Septembre lS34k

ILLTTSIOXTS.

XVIU

Mon bonheur eût été d'être aimé aussi bien que d'aimer ;

car on yent tronyer la yie dans ee qa'on aime.

— e^iifT-AvcnnnH. —

L'bomme entretient dans son sein on désir de bODhenr

qui ne se détroit ni ne se réalise ;

Il y a dans nos champs une plante dont la fleur se forme

et ne s'épanouit Jamais: c'est Tespéranee.

— CHATIÂUmBtAlin. —

lliEiITSlOlVS,

xvm

Souvent je in^élançate dans oed champs sans liurife, Où l'hoitime droit trouver le iM qu'il imite, Dans des songes heureux qtii, par l'espoir conçus, Brillent sur nos beaux jours, puis s'éteignent déçus;

lii FLEURS DU MIDI.

J'avais édifié le monument fragile

D*un terrestre bonheur, qu'on bâtit sur Targile ;

Que de félicité mon cœur s'était promis !

Mes désirs ont passé sous tes regards amis !

Déjà tu sais comment, dans mes jours, dans mes veilles.

De la création j'évoquais les merveilles,

Gonunent, je parcourus, d'un avide regard,

Les ouvrages de Dieu, du génie et de l'art.

Mais mon amede feu, qu'alimentait l'étude,

£n grandissant toujours, comprit sa solitude,

La tristesse et la joie ont bespin d'un ami,

£t, dans l'isolement, on ne sent qu'à demi; Quand, de tous mes désirs, la coupe fut vidée, Quand j'eus bien savouré l'existence, en idée, Quand j*eus vu l'univers, quand, des honomes fameux, J'eus contemplé la gloire et triomf^é comme eux. Quand il ne resta pas une image profonde, Qui n'eût frappé mon ame errante, dans le monde,

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