‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 26 sur 52 · ILLUSIONS · texte numérisé non relu

ILLUSIONS

Pas un grand sentiment que je n'eusse éprouvé , Pas un bien idéal que je n'eusse rêvé ; Alors, pour animer ces fériques mensonges,

Je sentis qu'il manquait quelque chose à mes songes :

C'était l'amour!... C'était l'ineffable lien,

Qui me fera trouver un cœur écho du mien ;

Un cœur sublime et boja, qui m'entende et qui m'aime;

Un être qui devienne une ombre de moi-même,

Qui pense mes pensers, qui vive de mes jours ;

Où tous mes sentimens se reflètent toujours :

Que le monde n'ait pas flétri ; qui sache croire

A toutes les vertus, au génie, à la gloire,

A la religion; et dont l'ame de feu

Se confonde à la mienne, et soit au même Dieu !

D'abord mon ame calme, à l'amour endormie, Aurait voulu trouver ce cœur dans une amie,

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Qui, partageant mes goûts, mes plaisirs, mes doulèurè; Eût des diants pour majoie, et despleurs pour mespleilrs. Que de fois j*ai rêvé ces douces alliances, De deux vierges mêlant leurs chastes cotisciences, Et se montrant à nu leurs vœux les plus seci^ets. Et leurs désirs naissans, si candides, si frais! Mais dans mon sein bientôt la pensée agrandie, Fit aux tièdes chaleurs succéder Tincendie !

Quand le besoin d'aimer en moi se révéla.

En cherchant Tamitié, je sentis au-delà :

Les tableaux énivrans, les toudiantes peintures, Récits passionnés, magiques impostures, Qu'un poète inspiré déroulait devant moi, Éveillaient tnon désil*, ma douleur, mon eflIVoi. S'il avait, pour mon ame,nine ame dans son livre; Alors, je m'enivrais d'amour, comme on s'enivre A quinze ans, quand le cœur n'a pas encor saigné: Et que par Tespérancc on marche accompagné.

aLCSIONS. U7

Oh! qui saura jamais les amours idéales, Qui veuaieut me bercer dans mes nuiCs vii^ginales ! Chaque nom jaillissatit, de gloire couronné , Qiaque malheur pompeux, adroitement orné, Qiaque histoire du cœur, triste, brûlante et vive, Enflammaient, tour à tour, ma tendresse naïve. A nos bardes fisuneux, à nos grands écrivains, Je prétais les vertus de leurs écrits divins : Et lorsque, pour glacer mon noble enthousiasme, On osait devant moi leur jeter le sarcasme, Tout mon sang bouillonnait ; je m'irritais soudain; J'aurais voulu punir l'auteur de ce dédain :

Comme on venge un ami, je prenais leur défense ; Car, c'était à mon cœur que s'adressait l'oifense. Si quelque artiste errant qui les avait connus, Dans le monde s'offrait à mes yeux ingénus, J'allais l'interroger, curieuse, importune:

Je voulais tout savoir, leur pays, leur fortune,

Et, j'en parlais long-temps au voyageur surpris, G)nime on aime à parler de ceux qu'on a chéris.

Septembre 1S3S.

Lei loognei espérances osent la Joie, comme les longnes maladies usent la donleur*

— KADÀMI M aiTiftirtf

liluSSIJItiJni I^JOULII JL MUJalkMSàm Jk t

« Internée t à ces cœurs iardés d'hypocrisie, « Qui profenent Tamour, que Tamour rassasie,

« Tu demandais en vain « Cette source du del où Ton se désaltère; K Ils avaient mélangé les Êinges de la terre, « A son nectar divin !...

c Tous ceux dont les pensers te charment dans un livre, « Sont des anges déchus qui ne savent pas vivre

« Gomme ils savent rêver :

« Ils ont de faux bonheurs et de fausses tristesses, « Et toi, naïvement tu crois à leurs ivresses,

« Et veux les éprouver !...

« Hélas! ne vois-tu pas que la foule te raille, « Quand de gloire et d'amour ton ame qui tressaille

« Est prête à se briser ! « Tu conserves Tespoir, ton erreur se prolonge, « Et tu vas, épuisant tes jours de songe en songe, « Sans rien réaliser !! »

Mais, cette voix qui rend tout sentiment athée, Cette voix du malheur, grave, désenchantée.

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