‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 30 sur 52 · A UN POÈTE AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

A UN POÈTE AMÉRICAIN

Oh ! souffrir et pleurer, c'est ce qui régénère ; L'homme n*est vraiment grand qu alors qu'il a gémi ; Quelque soit ton malheur, mon ame le vénère; Pour moi, l'infortuné fut toujours un ami.

Si j avais une voix de séraphin, pareille A celle qui de Job adoucissait les maux, Sur ta couche de deuil, penchée à ton oreille. J'irais, quand tu gémis, te murmurer ces mots.

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Au creuset des doulejirs épure toi, jeune homme; Fuis le monde y au désert emporte ton diagrin ; Et là, prie en pleurant, comme faisait Jérôme, Et tu verras pour toi s'ouvrir un del d'airain.

Qu'importe l'ironie! il faut qu'ils te dédaignent, Ceux qui venaient jadis t'énivrer de leurs jeux : Cache leur le vautour dont les serres t'étrdgnent; G)ntre l'adversité sois fort et courageux l

Au regard de la foule, insouciante^etgaîe, Qui profene la vie, et te raille en passant,

Mendiant sa pitié, n'étale point ta plaie; Elle resterait froide à tes larmes de sang.

CHANT DE CONSOLAtlON. 199

Ou bien, si devant toi s'arrêtait Tins^sée; Elle te dirait : « Viens, le plaisir dure encor, « Viens! c'est comme autrefois, la féte est commencée, i< Nous avons de Tamour, de Tivresse, de l'or!

« Viais! c*est assez verser des pleurs sur une morte; « Son trépas t'a sauvé d'un futur abandon; c Ses charmes ne sont plus^que poussière : et qu'importé

« Son ame!... à ce mot vide, en&nt, croirais-tu donc ?

« Quoi! pour teconsoler , n'est-il pasd'autres femmesl <c Triant sur un tombeau, tu languis, tu te meurst « Viens! ! ! » et pour t'entrainer à leurs plaisirs inftmes, Ils t'entoureraient tous d'ironiques clameurs.

aOO FLEURS DU lUDI,

Ils flétriraient ta foi, ton noble enthousiasme, Tes toudians souvenirs, tes images de deuil ; Tes pleurs se tariraient sous leur mordant sarcasme, Et tu prostitûrais ton ame à ton orgueil.

Car bientôt, n'osant pas déserter leur bannière, Toi-même, te raillant de ta propre douleur, Tu perdrais, à jamais, cette pudeur dernière Qu'éveille encore en nous Taiguillon du malheur.

Sans regret, sans espœr, tu poursuivrais ta route; Et souriant parfois d'un rire de démon.

Tu dirais, n'ayant plus d'autre Dieu que le doute ; Infortune, bonheur, vous n'êtes qu'un vain nom!

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