‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 38 sur 52 · X'IMPRUDENCE · texte numérisé non relu

X'IMPRUDENCE

Xiéopold la suivit dans sa caurse légère;

Leur mère, ne vit point où s'égaraient leurs pas. ; ^

Tout entiéreaux'pensersque^le'bonheur suggère »

Elle s'occupait d-eux... et ne les suivait pas; .

Sur le gazon assise, elle restait rêveuse ;

Dans le recueillement, elle baissait les yeux;

Bientôt, son jeuneépoux (oh! qu'elle était, heureuse),

De ses enfans aussi partagerait les jçux !

Il allait revenir après un long voyage,

Il allait, ressentir .tout ce qu'elle éprouvait;

Déjà, de ses transports ellese peint l'image;

Et ses enfans fuyaient,, taudis qu'elle rêvait... .

(( J'ai la fleur,'» dit Marie, et sa» main triomphante

Agita dans les airs un iris arraché ;

« Vois-tu'comme il est beau! maman sera contente,

« Nestce'pas ? viens le voir.-., mais, tu parais fâché !

« Viens, le vent jdu midi l'a couvert de poussière, •

« La<;haleur a plié ses beaux panaches bleus,

238 FLfiUBS DU MIDI.

« Viens, allons le baigner aux eaoz de la rivière : « Viens, ne sois plus.jaloux, il sera pour nous deux : u J'aibiensoîfédananoanrainsnoQsbcrâxxisreaulknpide, « n n'est point de dangers, «ne sois pas j^i timide; « Écoute, liéopold ! — Cttinon, répond Tenf^nt, « N'approohe.pas, ma sœur, mamannous^le défend! « — Ne crains rien, dit Marie, en détournant la tète, ic Msunan ne iious voit^pas; 4naintenant, elle dort; <c Viens voir comme daiu^reau. ma robe se reflète ! <c Viens voir eeslieauxipoissons à la. nageoire d'or! » Et la jeune étourdie, en sepenoha^t sur Tonde, Puisait Teau dans ses mains, mouillaitila ^ur d'azur, Dans les flots transpareos ocrait sa tête blonde, Et, sur la grève humide-^vanoait d'mi pas sûr. Près dlelle elle a cru voir un poissourqui frétille ; Dans, reau,.poiir le saisir, son brasi&'est enfoncé; Tout^à-coup cm entend la pauvre jeippe fille Pousser un cri d'efiroi... son pied avait glissé...

LIMFRUDENCE. 239

lie torrent Teiitraina... sa malheureuse mère Accourut à sa voix, hélas ! c'était trop lard!... Elle voulait mourir dans sa douleur, amère. Et sur les flots profonds fixait un œil hagard . Dans sa triste demeure on l'emporta mourante ; Léopold la suivait en appelant sa sœur; Sa sœur, que rejeta la vague indifférente Aux filets du pécheur !

On recueillit son corps qu'avait souillé la fange; Son ame s'envola sur les ailes d'un ange, Vers le monde éternel, séjour délicieux; Mais, hélas ! son bonheur n'y-fttt pas sans mélange;

Elle voyait sa mère, et pleurait dans les deux! Elle la vit long-temps id-bas, désolée.

Traîner ses tristes jours , puis descendre au cercueil : Un prêtre la coucha dans un froid mausolée, Et près de lui priait un orphelin en deuil.

240 FLEUBS DU MIDI.

Léopold n'avait plus ni sa sœnr , ni sa mère; Le malheur le frs^pa dans ses jours les plus beaux ; Et lorsqu'à son foyer revint son pauvre père , Il le retrouva seul, seul... entre deux tombeaux!

Voyez que de douleurs attire l'imprudence !

Elle change en diagrins les plaisirs les plus doux; Enfans, obéissez, pour que la Providence Veille toujours sur vous.

Et maintenant, allez sauter sur la pelouse, Évitez les dangers qui mènent aux malheurs;

De vos diarmes, enfans, la mort semble jalouse.

Comme l'aquilon l'est des fleurs !

LASSITTTSS.

n est de ces longs jonrs d'indicible malaise Où Ton voudrait dormir du lourd sommeil des morts; De ces heures d'angoisse, où l'existence pèse Sur Famé et sur le corps :

Alors, on cherche en vain une douce pensée , Une image riante, un souvenir fécond ; L*ame lutte un instant, puis, retombe aflBsdssée Sous son ennui profond.

is

24S FLEUBS DU MIDI.

Alors, tout ce qui charme et tout ce que Ton aime Pour nos yeux dessillés n*a qu'un éclat trompeur; Et le bonheur rêvé, s'il vient, ne peut pas même Vaincre notre torpeur.

Septembre 1833.

FÊTB ISfOOTUI^JSfE.

C'était dans une nuit pleine de poésie, Telle que Ton en veut aux rivages d*Âsie :

Traçant sur un ciel bleu son lumineux chemin La lune se cachait sous une blanche nue,

Ainsi qu'une vierge ingénue, ^

Qu'entoure son voile d'hymen.

Puis, elle secouait son vêtement de neige; Et des étCHles d'or se feisant un oort^

Elle errait dans Téther oomme un globe de feu;

On eut dit que, voilant sa lumière immortelle, Pour contempler la nuit si belle S*était entr'ouvert l'œil de Dieu!

Les rayons danis les eaux jouaient par intervalles, Sillonnaient les gaions, jetaient des reflets pâles Sur les arbres géants d'un magique jardin, Où la terre exhalait de suaves arômes , '

Et montrait aux regards des hommes La réalité de rÉden.

A travers les réseaux de fleurs demi* voilées Par les herbes des prés etTombre des allées, On voyait tour-à-tour le kiosque d'Orient,

La chapelle gothique, et la villa romaine :

Les arts, de là)nalureienipruntant le domine, «

Dérobaient leur sî^endeur sous son voile-riant r^

f£TÈ nocturne. 245

Soudain sar ces objets, où la lune p&lie Ne jeuiitqa*uii édati^eiii de mélancolie, La lumière étendit ses mdgiq<ies couleurs :

Le jardin tout entier, comme par un prestige, Resplendit, et Ton vit briller de tige en tige Des grappes de clattés se confondant aux fleurs.

Dans lair retentissaient mille instrumens bizarres, Répétant tour-à-tour de joyeuses fanfares

Ou|des accords touchans ; Parfois le rossignol, se mêlant à leur lutte, Aux sons bruyans du cor, aux soupirs de la flûte

Harmonisait ses chants.

Et des femmes erraient dans ces Champs-Elysées, Exhalant des parfums, belles, poétisées, Au corps svelte et nK)eHeu7[ :

FLEUBS DU MIDI.

Des édiarpes flottaient sur lears épaules nues S'étalant aux regards, plus blandies que les nues Qui glissaient dans les deux.

Les unes s'élançaient sur des cbars faits pour elles ; Les autres, sur des paons qui déployaient leurs ailes, Rieuses, se posaient dans un mol abandon; Et quand leurs doigts armés de légères baguettes Atteignaient les anneaux suspendus sur leurs têtes, D'une rose on leur faisait don.

D'autres jeux succédaient à ce jeu plein de grâce ; Sur d'élégans gradins la foule prenait place, S'égayant à saisir les quolibets bouffons Du vieux polichinelle, enfant de Tltalie, Dont la verve caustique et la franche folie Dérident tous les fronts .

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