FÊTE NOCTURNE
Ou bien, la fraîche voix des montagnards rustiques Entonnait les refrains doux et mélancoliques D'un chant de leur pays, qui les suit en tous lieux ; A ces accords nai&'qu'aucun art n'accompagne, Us croyaient voir enoor leur hameau, leur montagne, Et des larmes mouillaient leurs yeux !
Puis, sur des cordes de soie Un enfant de Tair mardiait; Et de cette étroite voie, Intrépide, il se penchait; Bondissant avec souplesse, Il égalait la vitesse De Toiseau qui prend son vol; Ses bras et ses pieds agiles Fixés aux liens fragiles Le soutenaient loin du sol.
FLEURS DU MIDr.
Son corps, modèle de grâce, dt ainsi qa'un berceau;
Ou, suspendu dans Tespaoe, Tourbillonnait en cerceau :
Debout sur ses mains actives Il créait des pas nouveaux;
Et des femmes attentives Vers lui montaient les bravos.
Au milieu de ces jeux elles n'étaient pas toutes^ Quelques-unes erraient sous les ombreuses voûtes, D'où s'échappaient des bruits que le cœur seul entend r Bruits formés d'un soupir, d'une faible parole, D'un baiser qu'on ravit, d'une robe qu'on frôle. D'une harpe qui se détend. . .
D'autres allaient cueillir, dans de fraîches corbeilles, L'oranger virginal, et les roses vermeilles
FÊTE NOGTDBNE. 249
Se groupant en bouquets ; Ou sur des plateaux d'or, chargés d'urnes légères, Savouraient Tananas des rites étrangères,
Avec la lieige des sorbets...
Mais le bruit des concerts et l'éclat des lumières Sur leursfyeux éblouis abaissent leurs paupières; Alors, pour les ravir à ces doux bercemens, Éclatent tout-àrcoup des gerbes de salpêtre Qui détonnent dansTair, et qui font apparattre Tout un monde d'endiantemens !
L'œil s'égare, entraîné de surprise en surprise; D'une ville assi^ée on simule la prise; La comète se heurte au soleil dans les deux:
Les astres tournoyans embrasent Tatmosphère,^ Des cascades de feu jaillissent de leur sphère.... Puis, tout reste silencieux...
Et Ton se demandait si oette nuit d'ivresse Était due au pouvoir de quelque enchanteresse, Ou si durant un songe, en Orient conduit, On avait au désert, parmi les caravanes,
Entendu répéter un conte des sultanes
Des Mille et une Nuà.
Ou bien,' si feuilletant TArioste ou le Tasse, L'ame identifiée aux taUeaux que retrace
Leur génie inspiré, Dans le palais d*Alcine, ou dans celui d'Armide Porté par la pensée aux ailes de sylf^de.
On n'avait oas erré !
Paris, juillet 1835.
SOUXCST.
Avoir toujours gardé la candeur pour symbole, Croire à tout sentiment noble et pur, et soufïrir; Mendier un espoir, comme un pauvre une obole, Le recevoir parfois, et long-temps s'en nourrir !
Puis, lorsqu'on y croyait, dans ce monde frivole Ne pas trouver un cœur qui se laisse attendrir! Sans fixer le bonheur voir le temps qui s'envole; Voir la vi^ épuisée, et n'oser pas mourir !
252 FLEUBS DU MIDI.
Car mourir sans goût^ une jme ineffid>le.
Sans que la vérité réalise la fable De mes rêves d'amour, de mes vœux superflus ;
Non! je ne le puis pas! non, mon cœur s'y refuse; Et pourtant ne crois pas, hélas! que je m'abuse : Je désire toujours... mais, je n'espère plus !
LA D3KE0ZSSLLS.
dotntet.
Dans un jour de printemps, est-il rien de joli
Comme la Demoiselle, aux quatre ailes de gaze, Aux antennes^ de soie, au corps svelte et poli
Tour-à-tour émeraude, ou saphir ou topaze ?
Elle vole dans Tair, quand le jour a pâli; Elle]enlève un parfum à la fleur qu'elle rase; Et le regard charmé la contemple en extase Sur les flots azurés traçant un léger pli.
3Si FLEUBS DU MIDI.
G>iiiine loi, fleur qui vis et jamais ne te fones, Oh! que.n'ai-je reça des ailes diaphanes; Je ne planerais pas sur ce globe terni !
Aux r^ons de Tame. où nul mortel ne passe,
J*iraiSyCherdiant toujours dans les deux, dans l'espace, Le monde que je rêve, étemel, infini !
Mai 1864.
LA PRAHOSSCA DI RZlCZXri
9t JR 9(ïfitttr.
IMPEBSSION DU SALON.
J'aime à voir retracé par un pinceau sublime Quelquegrandeinfortune, oubienquelquegrand crime; J'aime tous ces tableaux qui rendent, tour-à-tour,
Les douleurs du génie etxelles de Tamour; Quand Tœuvre de l'artiste est l'écho d'un poète. Pour Tadmirer long-temps près d'elle je m'arrête;
Mon cœur s'émeut, je rêve, et meB pleura, en coulant,
Sont les éloges vrais que je donne au talent ! Ainsi, Sdieffier, toujounta Fro^e^ca m'attire; Sur la toile animée, où revit son martyre, Je crois relins enoor les vera pura et touchants Dont le Dante a formé le plus beau de ses chants : Ton génie a compris ce drame de tendresse, Et tu nous l'as traduit dans toute sa tristesse.
Tous qui vous flétrissez en passions d'un jour^ Tous n'avez pas souffert de ce profond amoilr ^ui nous fidt ressentir dans ses transports étranges Les fureurs dçs démons, les extases des anges ! Cet amour! c'est celui q^ perdit Francesca ; Qui du sceau des damnés à jamais la marqua; Qui méts(fnorpho^ la framie calme et pure En amante brûlante, en épouse parjure;