LE DESERT
Ce monde ou tout grand cœur finit par s'avilir, Pour courir au désert , vivant, s'ensevelir?
Pour chercher dans l'Éden de Paul et Virginie L'inefiable bonheur que fa terre dénie, Voeu de paix et d'amour par chaque cœur conçu, Et qui s'évanouit, hélas! toujours déçu !
Voilà souvent quel est mon rêve Dans ces instans d'ennui profond, Où le désespoir comme un glaive Reste suspendu sur mon front...
Le désert, le désert m'appelle, Pourquoi ces chaînes à mes pas ?
Oiseaux voyageurs, sur votre aile Pourquoi ne m'emportez vous, pas ?
FLEUBS DU MIDI.
n &ut à mon ame engourdie Un nouveau monde à parcourir; U faut une sphère agrandie Au poète qui va mourir ! ....
Parif , 1835.
1C:S3!ISB.3 KSI.
Quel est donc ce convoi qui lentement s'avance ? Le signe rédempteur ne l'accompagne pas; Nul hymne des tombeaux n'interrompt le silence; Aucun prêtre ne suit la pompe du trépas :
Quelques hommes, couverts d*un vêtement debure. Conduisent le cercueil à pas mystérieux ; Une corde est nouée autour de leur ceinture, Et de leurs traits voilés on ne voit que les yeux.
Os déposent sans bruit, au coin du cimetière, Dans, une fosse ouverte, un corps inanimé; Cest une jeune fille : un linceul funéraire Cache à peine son sein par la mort déformé :
Pourquoi n a-t-elle pas la couronne des vierges,
Et rhabit nuptial des épouses de Dieu ?
Pourquoi, portant des fleurs et brûlant de longs cierges; Ne voit-on pas ses sœurs qui lui disent adieu? Pourquoi loin de la croix dépose-t-on sa bière, Sans qu'un chant deTEglise implore son pardon; Quel crime commit- elle en quittant la lumière, Pour descendre à la tombe, ainsi, datis Tabandon? Eh ! ne voyez-vous pas que sur son front livide Elle-même a jeté le voile du trépas !
Vous frémissez d'horreur !... elle fut suicide!.. Écoutez ses tourmens; ne la maudissez pas :