‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 7 sur 52 · ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME

En vain j6 leur disais : <( Guidez-moi jusqu'au but;

« Je yeux boire à la coupe où votre lèvre but :

(c Parlez ! Je braverai les ronces de la voie

« Qui mène à TOasis où vous goûtez la joie ;

« G)ntre une heure d'amour, de pure volupté,

« J'échangerai ma vie et mon éternité. »

Car je croyais alors, dans ma candeur novice,

 la réalité de leur bonheur factice ;

Je ne soupçonnais pas que leurs souris forcés,

Sous un masque riant cachaient des cœurs glacés.

Mais eux , soit qu'effrayés de mon ardeur avide,

Soit que de leur néant ils sentissent le vide,

Si je parlais d'amour, de gloire ou d'amitié,

Ils secouaient la tête, et riaient de pitié ! ...

A m'instruire, par fois, quand ils daignaient descendre, Alors, mon ame aus^i ne pouvait les comprendre;

30 FLECiaS DU MIDI.

Nos sentîineiis luttaient dans d'étemels combats,

Les miens planaient trop haut, les leurs rionpaient trop bas !

Pour eux, la gloire était le succès d'une brigue,

L'amour , la vanité de quelque obscure intrigue,

L'amitié, le lien d'un pacte d'intérêt

Qu'ils formaient sans phisir , et brisaient sans regret.

Non ! je n'ai pas compris ces êtres qui végètent ,

Et qui devraient subir les mépris qu ils nous jettent ;

Âmes sans énergie, esprits où tout est feux ,

Étroits dans leurs vertus, étroits dans leurs défeuts,

Dont r^oisme et l'or sont les seules idoles ,

Qui n*ont pour sentimens que de vaines paroles,

Que des mots sans pensée , idiome impuissant

Qui n'a jamais rendu ce que mon cœur ressent !

Conuoie au tronc desséché s'étiole la brandie.

Près d'eux se consumait mon ame ardente et frandhe ;

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