‹ Fleurs enfantines [microforme]Chapitre 13 sur 23 · CONQUIS · texte numérisé non relu

CONQUIS

L’instabilité de mes goûts légèrement nomades et les hasards de la fortune m’avaient, ce jour Bà, conduite vers l’un de ces coins poétiques où la nature déploie des coquetteries dont on la croit incapable, jusqu'au moment où une circonstance fortuite nous met en présence de ses enchantements.

Nous traversions l’une de ces régions admirables qu’il nous faut aller chercher dans les Provinces Maritimes, quand un léger accident survenu à la locomotive qui nous emportait nous arrêta en pleine campagne.

Le premier instant d’étonnement et de frayeur passé, les voyageurs descendirent et se mirent à explorer les lieux, tandis que les employés allaient chercher de l’assistance à la gare voisine,

… Depuis bientôt trois heures que j'étais installée dans un salon roulant, sans autre compagnon qu’un livre, je n’étais pas fâchée d’aller respirer un peu l’air attiédi et parfumé que nous envoyait le lac Témiscouata dont j'avais déjà aperçu, à travers les arbres, des échappées qui avaient éveillé en moi des visions de rêve et un désir : fou de glisser sur ses ondes bleues, en laissant mes doigts tracer de petits sillons où le soleil mettrait des mirages d’opale.

de l'incident qui jetait ainsi ce grain d'imprévu dans moñ voyage et j'en profitai pour m’avancer un peu vers la nappe azurée qui miroitait à quelque cent pas, saturant l’air des senteurs pénétrantes de varechs

et d'algues marines garnissant les bords comme les contours festonnés

d’une écharpe immense.

Il y avait quelques minutes que je m'étais établie sur un mamelon moussu qui semblait un banc désigné pour s'asseoir et rêver quand, tout à coup, un léger bruit de branches froissé=s me fit tourner la tête, Je vis, blotti et se dissimulant dans les grands joncs, un garçonnet de sept ans au plus, me regardant avec des yeux surpris et courroucés, qui me firent songer à ceux que durent braquer sur le découvreur de notre sol d'Amérique, les indigènes qui contemplèrent pour la première fois, des hommes ne ressemblant à aucun des peuples qu'ils connaissaient déjà et qui leur parlaient un langage inconnu. : :

Je lui fis de la main et de la voix l'invitation AERPROSARE. Il y répondit en s’éloignant davantage. :

Ah! pensai-je, c’est un sauvage, lui aussi. Seulement, il avait une chevelure dorée dont le désordre couronnait sa figure rose et joufllued’une broussaïile châtoyante, et son œil avait la couleur d’une turquoise. : :

Il faut pourtant l'apprivoiser, me dis-je et, subitement inspirée’ je pris dans la sacoche que je portais à l'épaule, une belle orange aux formes bronzées et la lui montrant de loin : “ Viens chercher ceci.”

Aussi, je puis bien le dire, je n’étais vraiment pas trop ennuyée |

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peu, il vint cependant la prendre, et cela fait, resta planté sur place,

approche, je vais t'en donner, je ne puis les envoyer comme cela, ils ? 1 Y ?

bonds, et s'arrêta assez près de moi que je le saisis par sa veste et le , P q P

Le aille éclata s sur soû jeune visage, mais il s'y était ne

haineux. “De la tête il fit signe que non et recula d'un pas, sans cependant perdre de vue . fruit tentateur qui paraissait l'avoir

—Tu ne veux pas ‘venir, lui dis-je, eh bien, attrappe ?—et je toicat presque À ses pieds, l’objet de ses désirs.—11 le ramassa et, sans dire merci, se prit à l'examinér avec un contentement qui éclairait sa physionomie mobile comme le flot qui elapotait discrètement tout à côté, …

C'était une première victoire, j'en voulais une autre et plus complète, Cette fois je changeai l’appas :

‘Tiens, accepte encore ceci.”

Il sourit sans répondre, Offrant comme la première fois, je jetai, mais beaucoup plus près de moi, une pêche veloutée. Hésitant un

chargé de son trésor, son attention entièrement concentrée sur le sac merveilleux d’où il avait vu sortir les excellentes choses.

Voulant terminer ma conquête, je désignai le cabas digne d’une fée et m'adressant de nouveau au petit homme: ‘ J'ai des bonbons,

seraient perdus pour toi.”

Une seconde, il parut délibérer avec lui même puis, enfin, prenant

une résolution qui dut lui sembler héroïque, il s’avança en quelques

É forçai à s'asseoir à mes côtés. Je posai sur ses genoux le contenant | des suceulents contenus et lui dis : “ Prends ce qu’il y a dedans.” Il é me se fit pas prier et s'acquitta consciencieusement. Il avait enlevé

la casquette qui ne semblait tenir que par miracle sur le derrière de sa tête, retenue en place qu’elle était sans doute, par le charme irrésistible de ses cheveux blonds et, la renversant, il ‘s'en fit un receptacle dans lequel il mit tous ses biens nouveaux. -

Il était tout à fait conquis, maintenant, et rendu causeur par la fortune qui lui souriait dans son bonnet transformé en corne d’abondance. Il me dit qu’il se nommait Pierre, que son père était parti pour aller travaifler loin, loin, et qu’il habitait avec sa mère et sa petite sœur

dans la maison dont on voyait là-bas la cheminée à travers les arbres.

Bien plus, tout en-croquant une dragée ou en brisant une noix entre

deux cailloux, il me raconta, dans ce langage décousu et si incompa-

rablement séduisant, les projets qui hantaient déjà sa cervelle de

gamin turbulent : Il avait hâte d’être grand pour gagner beaucoup

d'argent et acheter de belles robes à sa maman et de grandes poupées

à sœurette; puis, î! voyagerait, il irait “ dans les chars ” lui aussi...

—ÆEt quand tu trouveras, sur les bords d’un lac, un petit garçon qui

se sauvera à ton approche, que feras-tu ? dis-je en ‘’interrompant.

Spontanément, il répondit: ‘“ Mais je lui donnerai des bonbons

plein son chapeau | ”

Ld Ce mot d'enfant me mit la joie au cœur et depuis, quand j'en

rencontre un, si je‘ne puis lui offrir quelque autre chose, je lui donne

au moins une caresse. Il ne faut, peut-être, qu’un souvenir heureux

pour sœur bres.

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bons

j'en

dans la vie de quelques-uns, pour disposer leur âme à la générosité, M tandis que la rudesse, brisant seulement d’une brutalité plus grande la monotonie de leurs misères, pourrait y faire une blessure qui, se | gangreuant avec les années, la fermerait à tout bon sentiment. |

GAÉTANE De MONTREUIL.

LE PETIT DESOBEISSANT

Maintes fois on a défendu à Fernand de jouer avec les couteaux. Hier, il trouve sur le bureau de son père un joli canif tout neuf, et aussitôt l’envie lui vient de le prendre. La veille, justement, le jardinier lui a taillé, dans une baguette, un jolie petit sifflet ; Fernand

veut en faire un lui-même.

Il entend bien une voix qui lui crie: “ Ne touche pas à ce canif, on te l’a défendu; Fernand n’écoute pas cette voix importune. Il court au jardin, en rapporte une baguette, et le voilà bientôt dans un coin du salon, qui s'efforce de tailler son bois comme il l'avait vu faire

par le jardinier.

Est-ce l’inexpérience, est-ce la crainte d’être surpris qui fait trembler sa main? Les deux causes, sans doute; aussi le sifflet n'avance pas. |

Le dépit s’en mêle tant et si bien que, d’un geste trop impatient, notre petir désobéissant s’entaille le doigt! Et de là des pleurs,

des sanglots, sans compter la douleur.

Espérons que le petit Fernand n’oubliera pas cette leçon. Qu'il le sache bien: la désobéissance, si petite qu’elle soit, est toujours punie.

Deux proverbes, bien anciens, il est vrai, mais rajeunis par une expérience de chaque jour, nous disent :

‘“ Qui joue avec le feu, se brûle !.… ‘f Qui joue avec le fer, se coupe !.…

Ma grand'mère me les répétait souvent *t je les ai retenus.

DU Tâchezd’en faire aussi votre profit.

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