LE COMPAGNON DE ROUTE
Il s’en allait tout seul, à travers le rude sentier de la vie, le
vertueux jeune homme au cœur pur et tendre, à l’âme généreuse, à l’'énergique volonté.
Il s’en allait, le cœur gros mais cachant ses larmes, pressant sa
main sur sa poitrine pour en arrêter les battements, et n’osant se
retourner vers la demeure qu’il quittait de peur de trop s’attendrir. Il y avait sa mère dans cette demeure, et sa mère lui avait dit : ‘CI1 faut partir, mon enfant... et dans quelques années tu reviendras auprès de ta vieille mère qui t’attendra, solitaire, au foyer de ton
enfance, et à qui tu procureras le bien-être pour ses derniers jours. “J'aurais voulu t’accompagner, mon enfant, car il est dur et malsain à l’homme de marcher seul, je ne le puis pas; cherche donc il un ami qui t’accompagne sur la route.
‘La jeunesse est attrayante ; beaucoup se présenteront; choisis, {| mon enfant, et que ce compagnon soit pour toi l’Ange qui garda Tobie *|| innocent et le ramena à son vieux père et à sa vieille mère.
— “Mais qui choisir, ma mère, et quel est le nom de l’ami que
vous voulez pour moi ? ”
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Et la mère, embrassant une dernière fois son enfant, murmura
tout bas un nom à son oreille et répéta plusieurs fois : Luz seul / Lu: seul, mon fils !
— Je le promets, ma mère!
I1 s’en allait tout seul, le long du rude chemin de la vie, le vertueux jeune homme au cœur pur et tendre, à l’âme généreuse, à l’énergique votonté. | |
Et, pendant qu’il cheminait, passa devant son regard comme une ombre lumineuse, et une voix se fit entendre :
— Me veux-tu pour compagnon de route ?
— Quel est ton nom ?
— Je suis la Glorre.
— Ce n’est pas le nom que ma mère m'a dit; passe ton chemin.
Et plus loin, un doux frémissement parcourut son être tout
entier, et une voix attrayante comme le chant du pâtre de la vallée se fit entendre :
— Me veux-tu pour compagnon de route ?
— Quel est ton nom ?
— Je suis le Plassir /
— Ce n’est pas le nom que ma mère m’a dit; passe ton chemin.
Et plus loin, il lui sembla que ses pieds glissaient sur le gazon et que ses membres avaient oublié toute fatigue; et une voix suave comme la brise du matin et douce comme la parole d'une mère à son petit enfant se fit entendre :
— Me veux-tu pour compagnon de route ?
— Quel est ton nom ?
— Je suis l’Afection /
— Ce n’est pas le nom que ma mère m'a dit; passe ton chemin.
Et comme le soir venait, et que le voyageur se sentait plus triste que le matin à cause de l'isolement de sa première journée, il éprouva tout-à-coup comme un sentiment de force qui lui était inconnu, et une voix tendre mais énergique se fit entendre :
—Me veux-tu pour compagnon de route ?
—Quel est ton nom ? |
—Je suis le Devorr /
—Oh! viens, viens | C’est ton nom que ma mère m'a dit!
Et, quelques années après, il revenait, toujours vertueux, le jeune homme au cœur pur et tendre, à l'âme généreuse, à l’énergique volonté.
Et il appoitait à sa mère qui l’attendait à son foyer solitaire, le
bien-être pour ses derniers jours.
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