LE RÊVE TRIOMPHAL
A la même.
On dit guc, chaque soir, la muse Polymnie Des que tombait la nuit sortait de sou palais : Elle partait aux bords de la mer dVonie Vers le cap d'Emathcc oii les flots déferlés
Se brisent bruyamment en une âpre furie.
Très blanche dans la nuit^ sans détourner les yeux Et fier e, elle passait — telle une Valkyrie Par Odin condamnée à vivre en d'autres deux.
Derrière elle, la Ville, en une paix sereine Dormait Ayant quitté les margelles des puits Les vierges de Milet cessaient leur cantilènc. La terre reposait dans le calme des nuits.
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A lors elle rêvait
Elle oubliait le Monde^ L'Humanité^ V Espace et les Temps et les Lieux ; Et par delà la Vie oîi tout est laid^ immonde^ Son rêve remportait très haut^ auprès des dieux !
Mais plus tard dans la nuit, V ouragan faisant rage^ Sous le vent de la mer tout son corps tressaillait ; Puis les flots soulevés la frappaient au visage ; Alors, subitement, elle se réveillait.
Elle serrait plus fort contre elle ses tuniques, Se levait en poussant un long gémissement, Clamait ses désespoirs en des strophes lyriques ; Puis, très triste, rentrait che^ elle, lentement.
Son rêve était fini.
Nous, comme Polymnie, Nous avons tous les deux monté vers VLdéal ; Comme elle nous voici près la mer d'Ionie, Nous avons commencé le Rêve triomphal.
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Vous m'aime^; Je vous aime — et sur toute la terre Pounnoirien n' est quevous, pour vous rien n'est quemoî^ Dans le temple d'Amour^ aux pieds du saiîctuaire Nous avons l'un à Vautre engagé notre foi, A ce serment d'amour ne soye^ point parjure Et chasseï tout désir qui viendrait V ébranler ; Faites que notre Rêve éternellement dure^ Qu^ aucun vent de la nuit ne puisse le troubler. Mais il existe un vent plus redoutable encore Qîie le vent de la mer ou le vent de la nuit : C'est le vent de l'Envie humaine qui dévore ; C'est le vent de la Haine aveugle qui détruit.
Ecouiei'lc souffler : Parce que je vous aime Entende:^ ces rumeurs qui montent jusqu'à nous ; Ecoute^ les propos ;voye^.., on raille même ; Nous avons contre nous la Ligue des Jaloux !
Les hommes sont méchants^ oh! les hommes sont bêtes! Quoi ! s'aimer librement^ sans calcul^ par amour ? Ça choque leurs esprits, trouble leurs pauvres têtes ; On se moque de nous et Von fait cercle autour.
Oh ! laisse {-les crier !
Et mieux que Polymnie Qu'à la fin réveillaient le vent et les clameurs De la mer — laisse^ donc gronder la calomnie ! Tandis qu'autour de nous monteront les rumeurs^ Aimons-nous, aimons-nous. Poursuivons notre rêve ; QiCil résiste^ hautain^ aux caprices du sort ; Qu'il monte à des hauteurs oîi la crainte fait trêve ; Qiie^ nous ayant fait vivre ^ il survive à la mort !
EN SONGEANT A « LAKMÉ »
A la même.
Quand la fille des dieux, la prêtresse indienne S'aperçut que Gerald abandonnait, hélas !
Pour de neuves amours sa tendresse ancienne, Et que l'oubli bientôt allait sonner son glas ;
Elle s'en fut cueillir la fleur magicienne^ La mince et blanche fleur des mortels daturas. Puis, joyeuse y buvant le poison, la païenne Revint vers son amant et mourut dans ses bras.
De même si jamais vous m'étie^ infidèle,
Si quelque amour nouveau du mien était vainqueur.
J'irais comme Lakmé cueillir la fleur mortelle ;
Mais avant de sucer la fatale liqueur.
Pour unir nos deux corps dans la ?iuit éternelle,
Je prendrais un poignard pour vous percer le cœur l
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On parle dans Lakmé d*une heureuse contrée Où, sous les mimosas et les grands lotus bleus ^ Coulefit des sources dont Veau sainte et vénérée Unit à tout jamais les couples amoureux.
Quand près d'elles on a murmuré des aveux Puis qu'à la même coupe on a bu Veau sacréey On peut réaliser ses plus intimes vœux^ Mais Von ne peut jamais trahir la foi jurée.
Nous n'avons point y hélas ! tous deux bu de cette eau ; Pourtant notre union vivra jusqu'au tombeau : Car moi, je n'aimerai que vous, je vous le jure ;
Je suis tranquille et sûr : fidèle je vivrai.
Et si jamais c^est vous qui deveniez parjure
Je suis tranquille encor : car moi, je vous tuerai !
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A la même.
Dans un îlot perdu de la mer Pacifique Que les courants marins baignent de leur chaleur. Dans un ilôt perdu, très loin^ sous le Tropique^ Il est, raconte-on^ une très rare fleur.
Ses pétales d'argent naissent dès que Vaurore Blanchit les palmiers noirs sur le plus haut coteau ; En un instant on voit une corolle éclore Et puis s'épanouir dans le matin nouveau.
Mais dès que le soleil dans l'orient de cuivre Emerge radieux des flots de pourpre et d'or, La fleur fléchit et tombe ^ on dirait qu'elle est ivre : Sous le premier rayon elle a trouvé la mort.
J'aurais voulu comme elle, 6 femme bien-aimée, Naître quand ton amour est venu me griser.
Poser ma lèvre sur ta lèvre parfumée, Et comme elle mourir sous ton premier baiser !
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A la même.
J'aime le chaud parfum de tes chairs virginales Grisant comme une odeur de lilas ou d'iris.
Pareil à ces senteurs de fleurs orientales Que le vent du désert soufle des oasis.
Il devait être tel le parfum que jadis Les grecques préparaient pour les nuits nuptiales; Comme le tien, leurs corps aux splendetirs royales Avaient le fort parfum et la blancheur des lys.
Oh If aime m" enivrer de ton odeur qui grise ; J*aime couvrir ton corps aux fraicheurs de satin De longs baisers brûlants comme une chaude brise ;
J^aime sous ces baisers sentir que tu te pâmes. Et partir avec toi pour le pars lointain Où s'étreignent d^ amour les amoureuses âmes !
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