D MERE
Le Don des Larmes
“ Pleurer est dous, pleurer est bon souvent. ”
ŒHugo).
Madelèirie, écrasée au pied du saint gibet, FPrémissaute, éperdue y versait en silence Des larmes de douleur. Ce langage muet
Toucha le Divin Maitre expirant de clémence.
Son Ame en fut émue et trouva le secret De consoler les cœurs, ne trouvant d'espérance Qu'en Lui seul et sa Croix. O salutaire effet De la pitié d'un Dieu qui vit cette souffrance !
Alors, se rappelant que la femme eut pour lot La faiblesse et les pleurs, II bénit le sanglot, I mit de la douceur dans ce vrai don des larmes.
Et l'âme au ciel obscur s'éclaira du pardon, C'était après la pluie un effet de rayon, Tout cœur qui se déchire en savoure les charmes.
Calendrier
Le vieux calendrier à fait place au nouveau,
Car de la nuit des temps nait une aube nouvelle, Et ses premiers rayons brillent sur le berceau De l'année au matin, qui veut paraitre belle.
. Toi, dont le seul aspect porte a nous recueillir,
Joli calendrier à la fine parure, Quel est donc ton secret ? Et ces jours à venir Doivent-ils donc changer l’homme avec la nature ?
A l'été, le soleil au ciel bleu qui rayonne Réchauffera la terre et les fleurs rougiront Sous cet ardent baiser ; si la saison est bonne Pour tous les amoureux, les belles souriront.
A l'automne doré, se courberont les branches,
Les feuilles en mourant des arbres tomberont, Le ciel sera plus gris, les nuits seront plus blanches, Et contemplant les fruits, les mères songeront.
20 FLEURS SAUVAGRS
Puis quand viendra l'hiver, et sa neige éclatante, Le froid glacera tout, les ondes se tairont, Mais ou fond des vieux cœurs une source brêlante Ne saurait refroidir, Les vieilles pleureront.
Noces d'Or.
Avec cadeau à des vieillards-amis.
Bénis les cœurs aimants qu'un nœud sacré resserre Au début de leur vie 1 Ils vont heureux sur terre
Sous le regard de Dieu, l’un pour l’autre, un trésor ! Et leur amour bien mûr rayonne aux Noces d'Or.
Départ d' Ange À Madome Théo, Bourdeau.
n s'est levé pour vous un jour plein de souffrance Ou vous avez pal! sous l'atroce douleur,
Ce morne jour a fui vous ôtant l'espérance
De ravir à la mort votre ange de bonbeur
Que vous avez souffert de ce brusque départ ! Du Petit chérubin au regard si limpide,
Qui de votre existence avait pris une part Et dont il reste hélas 1 un triste berceau vide |
Un pur et saint espoir calme la peine amère Ces anges, Dieu les place en un heureux séjour, Pourquoi lui préférer notre monde éphémère Parsemé des chagrins qu'on cueille chaque jour ?
Ne regrettez donc Plus sa présence si chère,
Sur cette âme d'élite, ah ! pourquoi tant pleurer ? Heureux l'être innocent qui n'a vu que sa mère Et s'endort pour toujours sous son chaste baiser |
Idéales Sympathies
Un jour, le Rêve ailé planant dans le ciel bleu, Tout comme un libre oiseau qui dédaigne la terre, Songeait dans son envol au long regard de feu Des; Etoiles du soir se voilant de mystère.
Le bonheur, pensait · il, doit se trouver ici, Dans ce stellaire Eden, d’où s'échappe la flamme, La clarté, la chaleur, le rayon adouci,
Qui pénètre le cœur, émeut l'esprit et l'âme
Et dans l'immense éther où se déploient mes ailes, Dans ce vol aérien où flottent mes désirs,
Le souffle de ma vie aux sphères éternelles Por: en hommage à Dieu mes chants et mes soupirs.
Je ne descendrai plus dans ce pays des fleurs Où les papillons fous chagrinent tant les roses, Les perles de l’azur ne troublent pas les cœurs Et les rayons du ciel ont la pitié des choses.
Ainsi pensait le Rêve enivré de délices,
Quand soudain de la terre, il monta des sanglots ; Et ces bruits douloureux étaient sans artifices, L'amertume d'une âme en débordait à flots.
Le Rêve n'y tint plus, et vers cette souffrance Il dirigea son vol. Quittant là l'idéal
Et ses charmes divins, vers la voix il s’élance, Oubliant un moment le monde sidéral.
Dans un buisson fleuri que longe un sentier vert 1 Errait seule en pleurant la Douleur éperdue ;
Elle avait fui la foule et libre en ce désert
Confiait aux échos sa peine contenue.
La solitude est chère à qui voudrait pleurer ; 1 Les regards indiscrets intimident les larmes, 8 Sur un frèle rameau que le vent fait trembler, 1 Les gouttes de cristal ont tout l'attrait des charmes. 53
La triste inconsolée, entière à son chagrin, Goûtait peu la nature et son gai paysage, Car pour elle les fleurs n'avaient plus de parfum Et les oiseaux des nids n'avaient plus de ramage.
Seule, la brise tiède en Caressant son front, Retrouvait dans son âme un écho de sa plainte, Et les feuilles tout bas mélaient leurs doux frissons Aux émois violents dont elle était étreinte.,
Le Rève sympathique à la pauvre Douleur, Sur int en soupirant, la toucha de son aile,
| Un colloque expansif et de vibrante ardeur 11 Les enivra d'amour et LUI fut épris dE“. LE.
Et, depuis lors, on voit dans toute solitude Que le Rêve exilé recherche tristement
Une nymphe songeuse ; Et sa morne attitude Dit que c'est la Douleur qui l'appelle et l'attend.
Lis de Pâques
4 Dr et à Madame Camille Bernier.
Au doux jardin de vos amours, Deux beaux lis avaient pris racine, Deux lis du plus brillant velours Balançaient leur grâce câline.
Pour l’une, la brise glacée Hélas ! rendit vos efforts vains ; Et sa blancheur immaculée Craignit le contact des humains.
Pour d'autre, un brasier effroyable
En un consumant tourbillon,
Fit en un jour inoubliable
D'un beau lis, un lambeau sans nom
1 26 FLEURS SAUVAGES | PER — N Dans un rayon d'aube pascale,
Le souffle d' Adine monta,
Et sa corolle virginale Sous vos chauds baisers se fana.
Thérèse, la fleur de martyre, S'en alla parfumer les cieux A l'heure ou le luth e la lyre Pour Pâques préparaient leurs jeux.
Les célestes alleluias
Ont donc des allegros étranges, Puisque les beaux lis d'ici-bas Se brisent aux accents des anges.
Au pays des fleurs immortelles Vos lis Pascals, toujours brillants, Verseront en faveurs nouvelles Leur parfum dans vos Cœurs saignants.
Paysage de Velours
A mes parents et amis de Vaudreuil.
I est un coin charmant, à nul autre pareil,
Qui produit sur mon cœur un effet de soleil, Quand mes regards ravis ont cette heureuse chance De l’aller contempler aux lieux de mon enfance. C'est une pointe fière au site merveilleux
Qui voit luire à midi trois clochers glorieux,
A ses pieds, un beau lac pleure, chante ou soupire, En déroulant ses flots vers le point qui l’attire, Tel un poète aimant qui promèue, rêveur,
Un amour incompris qui torture son cœur.
Et je vais tous les ans revoir la pointe-reine
Dont la beauté m'émeut dans sa grandeur sereine. Un groupe de vieux pins, vainqueurs d’âpres autans, Dressent près du chemin leurs faites triomphants ; De leurs rameaux émane un parfum balsamique Qui porté par le vent semble un encens mystique. On communie alors aux purs baisers du ciel Prodigués à la terre à ces banquets de miel,
Et notre idéal monte en cet endroit de rêve ;
Plus haut que le ciel bleu dracement il s'élève,
Au royal Créateur de ce lieu favori,