‹ Flore de Bordeaux et du sud-ouestChapitre 10 sur 164 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

Alors à quoi bon se lancer sans cesse à la poursuite de mirages intellectuels qui se dérobent toujours au moment où on croit les tenir et les avoir réalisés? À quoi bon créer un nouveau genre pour une ou plusieurs espèces mieux séparées des autres qu’elles ne le sont entre elles, admettre une nouvelle espèce confondue jusque là avec une autre sa plus proche voisine, pour des caractères de très peu de valeur? C’est presque toujours superflu, souvent nuisible, quand ce n’est pas une affaire de sentiment ou même d’illusion personnelle. À force de remettre toujours sur le tapis les genres et les espèces légués par nos devanciers, à force de vouloir les polir et les perfectionner, on finit par les mettre en morceaux, comme un sculpteur trop méticuleux qui retoucherait constamment ses œuvres.

C’est ensuite la nature même de ce livre qui me porte à réduire au strict nécessaire le nombre des groupes, petits et grands. Des auteurs ayant à écrire des ouvrages généraux peuvent multiplier les genres et les espèces simplement pour la facilité de leur rédaction, quelles que soient du reste les idées qu'ils professent sur la nature vraie et la valeur de ces groupes. Et cela se comprend à la rigueur, parce que les genres renferment d'autant plus d'espèces que la Flore embrasse plus de pays divers, et parce qu'une espèce comprend d'autant plus de variétés, et de variétés plus

accentuées, que son aire d'habitation est plus étendue. Mais il n’est pas logique d'introduire de pareilles distinctions dans des traités locaux et élémentaires, où les genres ne renferment qu'un petit nombre d’espèces et les espèces qu’un petit nombre de variétés, souvent légères.

Ce sont, enfin, des raisons de pratique et d'enseignement qui militent d’une façon décisive en faveur de cette manière de voir, qui est celle de tous ceux qui jugent les choses d’un peu plus haut que le terre à terre ordinaire. En pareille matière, la première règle à suivre, lorsqu'on n'a pas de mesure précise à sa disposition et qu’on est sûr de n’en pas trouver, c'est l'avantage de l'étude et la sûreté du travail intellectuel, c’est d'employer le moins de noms possible et de réduire même, dans une très large mesure, ceux qui existent. Et quand cet avantage et cette réduction se trouvent surtout et fort heureusement d'accord avec les données de ceux qui ont engagé la science, il me paraît tout à fait bon et raisonnable de les suivre.

Ainsi donc la meilleure doctrine scientifique et la pratique courante unissent leurs exigences pour nous imposer le devoir, dans les livres élémentaires de botanique, de revenir autant que faire se peut, au point de vue des genres et des espèces, aux anciennes et larges coupures établies par des botanistes qui connaissaient en somme fort bien les plantes, qui les savaient

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