‹ Flore de Bordeaux et du sud-ouestChapitre 9 sur 164 · INTRODUCTION. XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXIII

consanguins plus ou moins proches, collatéraux ou descendants éloignés de souches mères plus ou moins fécondes. En général comme en détail, la seule méthode de classification justifiée serait celle qui grouperait les êtres vivants suivant leur généalogie. Mais comme il n’existe pas d'états de naissance pour les plantes, nous avons bien été obligés de les classer selon l’affinité de leurs caractères extérieurs, de mettre en jeu nos propres appréciations. Qu’avons-nous fait alors? Ce qu’on fait d'ordinaire, lorsqu'on se trouve en présence d’un très grand nombre d'objets à mettre en ordre. Nous avons créé un certain nombre de cadres bien gradués entre eux, l’embranchement, la classe, la famille et » lespèce, dans lesquels nous distribuons les individus. Nous avons répété et nous répétons ces cadres suivant les besoins, et nous les dénommons d’une façon uniforme par un simple artifice de langage.

Les moyens que nous avons ainsi pris, faute » de meilleurs, nous rapprochent-ils autant que £: * possible de la vérité généalogique? Pour ce qui “ est de nos cadres les plus généraux, les embranchements, les grandes classes, voire les 2 pompes familles, il est infiniment probable que nous les avons composés suivant l'ordre de … Ja nature et des affinités originelles, parce que les caractères sur lesquels nous nous fondons, —… toujours tirés de la fleur, sont saillants et « importants. Mais il ne peut en être de même

pour un grand nombre de familles, pour la majorité des genres, ni surtout pour la plupart des espèces. Ici les liens de parenté sont très étroits, les différences et les caractères peu sensibles, minimes, inconstants même, portant tantôt sur un organe, tantôt sur un autre.

Nous avons dû sûrement séparer bien des fois le père du fils, le frère de la sœur, rompre bien des chaînons et débiter en morceaux bien des séries légitimes.

Ainsi la réalité des choses, en histoire naturelle, ne justifie point partout et toujours les limites nettes et tranchées que nous sommes portés à y voir, eu prenant nos procédés intellectuels pour autre chose que ce qu'ils sont; elle ne permet point la cristallisation, pour ainsi dire, de nos genres ni de nos espèces. L'espèce surtout, à savoir le groupe qui devrait se reconnaître tout de suite à l'œil, d’après le sens étymologique du mot, n’est point dans la nature à titre d'unité première et irréductible; elle n’a point par elle-même, pas plus que le genre, de démarcations toujours nettes, et c’est nous qui, avec notre intelligence adaptée à une certaine modalité de phénomènes morphologiques, comme notre œil l’est à un certain champ visuel et notre oreille à une certaine quantité de vibrations sonores, étendons ou restreignons sa Circonscription, c’est-à-dire les catégories d'individus qu’elle doit embrasser sous un même nom,

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