INTRODUCTION, IX
Le Sud-Ouest de la France, jadis l’Aquitaine, compris, d'une part, entre les Pyrénées et les massifs granitiques de la Vendée, du Limousin et de l'Auvergne ; de l’autre, entre les Cévennes, la Montagne-Noire, les Corbières et le golfe de Gascogne, constitue un véritable pays, une région tout à fait naturelle.
C’est une grande plaine, inclinée au nordouest, plate ou seulement creusée de vallées secondaires, qui semble n'être que le cul de sac émergé du golfe de Gascogne. Ouverte à l’ouest dans cette vaste échancrure de l’ossature européenne comprise entre l’Espagne et l'Irlande et placée en face de Terre-Neuve et du Canada; séparée de l'Espagne et du Midi par de véritables murailles qui arrêtent ou détournent les masses d’air sec et chaud qui planent sur les pays méditerranéens ; en communication plus facile avec le nord et le nord-est du continent, cette plaine du Sud-Ouest appartient, malgré sa latitude moyenne qui est celle de la Provence, de la Haute-Italie et de la Crimée, aux climats généraux de l’Europe centrale. Mais, plus que tout autre pays voisin de l’Océan, le nôtre est soumis aux vents humides et tièdes que nous amènent les grands courants d’eau et d’air, connus sous le nom de Gulf-stream atlantiques. Ces vents, soit qu’ils viennent directement de l’ouest, soit qu’ils aient contourné le cap Finistère espagnol et longé les Cantabres, s’engouffrent dans notre région, qui n'offre, sur plus de
300 kilomètres, de La Rochelle à Bayonne, que des rivages fort bas et des landes uniformes. Ils créent ainsi au loin, sur de très grandes surfaces et d’une façon à peu près constante, un régime météorologique essentiellement tempéré, humide et pluvieux, qui s'étend aussi en partie à la lisière nord des Cantabres, à notre Bretagne, à la presqu'île anglaise de Cornouailles et au sud de l'Irlande, c’est-à-dire à tout le pourtour du véritable golfe géographique hispano-irlandais dont nous venons de parler. |
Cette nature particulière du climat, due ainsi au relief du sol et aux courants généraux d’eau “et d’air à la surface du globe, domine absolument toute la végétation du Sud-Ouest et des bords de l'Océan, au voisinage du 45° de latitude, et lui imprime le cachet septentrional de la zone moyenne et forestière de l'Europe.
Une autre cause contribue aussi puissamment que le climat à soumettre notre pays aux populations végétales du nord: c’est l'influence physique et chimique du sol, qui est presque partout sablonneux ou siliceux. Un épais manteau de terrains de transport descendus des Pyrénées et de l'Auvergne, s'étend du pied des massifs granitiques et montagneux jusqu’à la mer; ce manteau n’a été déchiré que çà et là par l'érosion fluviale, de manière à mettre à nu les argiles et les calcaires sous-jacents. Tant à cause du refroidissement nocturne plus considérable des sols siliceux, qu’à cause d’une
INTRODUCTION. XI meilleure adaptation première, les espèces gra. nitiques, montagnardes ou pseudo-boréales, venues des basses montagnes avec les cailloux et la terre qui les nourrit, ont été avantagtes dans la lutte pour l'existence. En compagnie de leurs congénères accourues du centre de l’Europe, elles sont restées en possession de nos plateaux et de nos vallons depuis l’époque glaciaire, qui a dû favoriser, du reste, leur première occupation. Aussi les chênes qui perdent leurs feuilles, le. rouvre et le tauzin (Quercus Robur L. et Quercus Toza DC.), constituent-ils le fond de nos bois; aussi le châtaignier, les bruyères, les g'enêts, les ajoncs et les fougères sont-ils partout aussi abondants qu’en Auvergne et dans le Limousin, partout aussi vigoureux que sur les flancs des Pyrénées. Des plantes alpines ou subalpines bien caractérisées, telles que Helleborus viridis, Anemone ranunculoïdes, Vicia Orobus, Saxifraga granulata, Doronicum arnica, Erica Dabæci, Daphne Cneorum, etc., se sont établies jusqu'aux portes de Bordeaux, tout au moins jusque dans le département de la Gironde, vers lequel toutes les pentes générales de la région viennent converger. Les plantes de cet ordre étaient certainement plus nombreuses encore, lorsque le pays était à l’état de végétation primitive, c’est-à-dire avant l’introduction des cultures.
C’est seulement dans les environs de Bayonne, dans le Gers, le Lot, les Charentes et le Poitou,
c'est seulement sur les pentes des grandes vallées, où les calcaires sont à nu, qu’on rencontre une végétation différente, plantes du Midi ou plantes des champs cultivés introduites indirectement. Ces colonies méridionales sont frappantes sur les flancs des coteaux de la rive droite de la Garonne, où croissent en abondance des arbres et arbustes toujours verts, tels que l'yeuse (Quercus Ilex), le Laurus nobilis parfaitement naturalisé, les Phillyrea, le Rhamnus alaternus, l'Ilex aquifolium, le Rosa sempervirens, le Romarin et le Thymus vulgaris, et surtout des herbes, comme Psoralea bituminosa, Echinops Ritro,Carduus Galactites, etc.,etc.;sur les coteaux rocailleux du Lot et sur les rives de la Dordogne, où se trouvent le Coriaria myrtifolia, le Rhus Coriaria, le Pistacia Terebinthus, le Cactus Opuntia naturalisé, etc., etc.; le long: du Gers, où croît l’'Aphyllanthes monspeliensis; dans les champs pierreux des Charentes, où se retrouvent Centaurea conifera et Stipa pennata; enfin à Saint- Jean-de-Luz et au pied des coteaux de Bourgsur-Gironde, où l'olivier peut vivre indéfiniment et mûrir ses fruits. Le chêne-lièce (Quercus Suber), la lavande, le Clematis flammula, le Smilax aspera, et autres plantes méridionales aussi typiques sont sauvages ou s’échappent partout des cultures de Bayonne à Poitiers.
Si donc la surface du sol était surtout calcaire au lieu d’être siliceuse, il est permis de penser que nous aurions un fond de végétation sensi-