‹ Flore de Bordeaux et du sud-ouestChapitre 5 sur 164 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

blement différent, tenant beaucoup plus de celui -du Portugal et du nord de l'Espagne, qu’il n’en tient actuellement.

En résumé, si on considère la végétation par son côté arborescent qui donne le ton général, si on l’éxamine par grandes masses et par rapport au nombre des individus qui prennent part au banquet de la vie, le sud-ouest de la France appartient sans conteste, à ce point de vue comme au point de vue du relief du sol et du climat, à l’Europe centrale et moyenne, c’est-àdire au domaine forestier de notre continent, et se sépare très nettement des contrées espagnoles et méditerranéennes. Cependant, si on compte les espèces, abstraction faite de la quantité de leurs représentants, on voit que de nos jours, par suite des modifications de milieu dues à l’affouillement continu des rivières et à la mise en culture du sol, notre flore renferme une forte proportion de plantes méridionales, le dixième environ, soit 250 à 300 espèces, herbacées pour la plupart. Grâce à la douceur des hivers et à cette humidité constante qui favorise tant les végétaux, les plantes du Midi sont en train de regagner une partie du terrain perdu, et on dirait que le bassin de la Garonne est devenu un immense champ de bataille, où deux sortes de populations végétales d’origine opposée luttent ardemment pour la possession du sol.

Certes, ce sont des faits assez remarquables que de voir pousser côte à côte le Vicia Grobus

UE

et le Linaria cirrhosa, comme aux environs de Saint-Savin-de-Blaye; l’Helleborus viridis et l'Echinops Ritro, comme autour de La Réole; le chêne vert et le bouleau, comme dans les environs de Saintes et dans les Landes; le Daphne Cneorum des Pyrénées, le Lobelia Dortmanna de Sibérie et le Lychnis corsica, comme près d'Arcachon ; le Térébinthe et l’Arabis alpina, comme dans la vallée de la Dordogne; le myrtille et la lavande, comme à Aire (Landes); le chêneliège ou l'olivier et le pommier à cidre de Normandie, comme autour de Bayonne, etc., pour ne citer que les principales de ces antithèses botaniques. Cela permet déjà d’assigner au Sud-Ouest un rang tout à fait à part dans la zone générale à laquelle il se rattache. C’est, en effet, ce qui a été reconnu depuis fort longtemps. Il suffit de jeter les yeux sur la carte botanique dressée par De Candolle (!) pour saisir tout de suite les limites des trois grandes régions botaniques de la France, abstraction faite des pays de montagnes : région de Montpellier ou de la Méditerranée, région de Paris ou de l’Europe centrale et région de Bordeaux ou des bords de l'Atlantique (?).

Mais il y a plus encore qu'un simple mélange d’espèces du Nord et du Midi, vivant en concur-

(1) Flore française de Lamarck et De Candolle, 3: éd., 1805.

(2) Voir aussi Raulin : Swr le champ d'étude d'une Société d'histoire naturelle Séant à Bordeaux. (Mém. de la Soc. des sciences physiques et naturelles de Bordeauæ, t. I, 1854.)

Page 1