‹ Flore de Bordeaux et du sud-ouestChapitre 6 sur 164 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

rence dans le même pays. Notre Sud-Ouest possède, en commun avec le nord de l’Espagne, le Portugal et l’Irlande, un certain nombre de plantes qui semblent se rattacher à une flore atlantique disparue, comme Forbes l’a admis le premier. Telles seraient une quinzaine d’espèces ou variétés, parmi lesquelles nous citerons : Erica Dabæci, Erica arborea var. lusitanica, Erica carnea où mediterranea var. occidentalis, Gentiana ou Erythræa chloodes, Lithospermum Suffruticosum var. prostratum, etc. Un nombre d'espèces à peu près égal lui appartiendrait même en propre, selon certains auteurs. Ce qui lui donnerait dix fois plus d’espèces locales qu’à tout le reste de la France, la région de Paris n’en ayant qu’une ou deux et la région de Montpellier, pas du tout ("). Mais ces prétendues espèces locales, croissant surtout sur le littoral, Quercus occidentalis, Libanotis Sibthorpti, Hieracium eriophorum, etc., ne sont au fond que des formes d'espèces plus continentales ou que des espèces venues peutêtre du Portugal, pays encore mal exploré. Quoi qu’il en soit, que le Sad-Ouest de la France ait précieusement conservé les restes d’une végétation ensevelie sous les flots de l'Océan ou qu’il soit devenu depuis l'immersion de l’Atlantide un centre de nouvelles créations naturelles, il n’en constitue pas moins, d’après tous les faits observés jusqu’à présent, l’expres-

(1) Voir Grisebach : La végétation du globe, trad. française, t. I, p. 291 et suiv.

sion la plus complète de la flore ecéanique du domaine végétal de l’Europe moyenne.

Il est encore un autre genre d'originalité que le Sud-Ouest peut réclamer hautement. C’est la facilité d’acclimatation qu'il présente pour les plantes étrangères, venues fortuitement du Brésil, du Mexique, des États-Unis et d’ailleurs. Il y a là, dans ce climat auquel les excès de chaleur comme de froid sont inconnus, des conditions extrêmement favorables pour elles, et Bordeaux et Bayonne, Bayonne surtout, sont en France des lieux de naturalisation par excellence pour les plantes américaines. D’un autre côté, les plantes d'Italie et même de la Perse nous arrivent également par Carcassonne et la vallée de la Garonne. On peut estimer à 5 environ de la flore totale le nombre des plantes aujourd'hui naturalisées sur lesquelles on a quelques documents.

‘ Cette aptitude du Sud-Ouest à accueillir ainsi des éléments étrangers a été signalée, il y a près de vingt ans, par mon maître de Montpellier, M. le professeur Ch. Martins, qui engageait à ce propos « quelque riche propriétaire des envi- » rons de Bayonne ou de Saint-Jean-de-Luz à » tenter des naturalisations qui auraient les plus » grandes chances de réussir(!).» Cette tentative

(1) Le climat et la végétation des îles Borromées, sur le lac Majeur, comparés av climat et à la végétation des environs de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz, Montpellier, 1866, et Annales de la Société d'horticulture et de botanique de l'Hérault.

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