‹ Flore de Bordeaux et du sud-ouestChapitre 7 sur 164 · INTRODUCTION: XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION: XVII

a été faite depuis sur une grande échelle, à Pau, par le regretté M. Tourasse, et a pleinement justifié les prévisions et la perspicacité du savant naturaliste. Le fait ne fût-il pas aujourd’hui acquis au nom de l’expérience, qu’une étude approfondie de la flore du pays eût entraîné à l’avance notre certitude à cet égard (1).

À tous ces divers titres, on voit que nous sommes autorisés à parler d’une région ou d’un centre botanique du Sud-Ouest et à consacrer en quelque sorte son individualité, en ne dépassant pas ses limites naturelles, C’est même pour cette raison, c’est-à-dire pour mettre plus en relief qu’on ne l’a fait jusqu'ici la valeur botarique de tout ce grand coin de la France, que je me suis plus étendu sur ce sujet que ne le comporte l'introduction ordinaire d’un livre de nature élémentaire. k

Au point de vue du mode de rédaction et de description, je n’ai pas perdu de vue un seul instant que j'écrivais pour les commençants, que : je faisais un livre destiné, non à être relégué dans un coin de-bibliothèque, mais à devenir le compagnon assidu et le guide de toute herborisation.

J'ai d’abord employé pour l'analyse des familles et des genres le système dichotomique inauguré par Lamarck et si souvent copié et

(1) Voir Dr Blanchet : Notice sur lu naturalisation à Bayorne des plantes exotiques, 1882.

recopié depuis. Parmi toutes les variantes introduites dans le texte primitif, parmi toutes les modifications et corrections qu'on a fait subir à ce système, il en est de fort savantes, bonnes pour le cabinet, mais qui ont le grand désavantage de n'être pas pratiques sur le terrain ou dans une salle d'élèves. C’est à.

l'usage qu’on reconnaît un bon instrument. Or, la clef analytique rédigée sur le cadre de Lamarck par Bôreau, pour sa Flore du centre de la France, est celle qui m'a toujours paru la plus : simple et la plus claire pour des étudiants et des débutants. Je l’ai donc adoptée et suivie presque phrases par phrases, en la mettant au courant des plantes du Sud-Ouest et en changeant les termes trop techniques. Sachant, en outre, qu’une clef quelconque, si bonne qu’elle soit, laisse toujours à désirer pour certaines plantes variables, qu’il suffit d’une simple erreur d'observation ou de chiffre pour dérouter les débutants, j'ai ajouté aussi l’analyse des genres et des familles par le système de Linné, système fondé sur l’examen détaillé des organes mâles et femelles de la fleur. Si l’on n'arrive pas à un nom satisfaisant avec la clef dichotomique de Lamarck, on prendra la clef sexuelle de Linné, et l’on aura les meilleures chances d'aboutir à bien avec l’une, si ce n’est pas avec l’autre, On pourra même contrôler soi-même sa première détermination, en employant successivement les deux méthodes. Ces clefs analytiques sont si

L INTRODUCTION. XIX simples, l’une et l’autre, qu’il est inutile d’indiquer en détail la façon de s’en servir. C’est une combinaison de paragraphes avec numéros de renvoi, où l’on à à choisir entre deux ou trois caractères simples, très visibles sur la plante, dans le premier cas; c’est une suite de caractères positifs tirés, d’abord des étamines et des parties de l’ovaire, puis des particularités saillantes de la fleur et du reste de la plante, dans le second cas. Il suffit d'y jeter les yeux pour saisir la marche à suivre.

Quant à la description des espèces, je me suis surtout inspiré de la rédaction courte et précise des anciens ouvrages, comme le Species de Linné, par exemple, ainsi que de l’excellente Flore de lOuest de la France, par M. James Lloyd, laquelle néglige tous les détails de peu de valeur. Ces descriptions, par leur brièveté, m'ont permis de leur intercaler une analyse dichotomique des espèces, analogue à celle adoptée pour les genres et dont le texte en italique tranche assez nettement sur l’ensemble de la page pour éviter la confusion. De telle sorte qu’en partant des grandes divisions du début, on peut arriver, par choix et éliminations successives de caractères frappants et visibles à l’œil le moins exercé, jusqu’au nom de l’espèce et même de la variété.

Au point de vue du langage botanique luimême, je lui ai fait subir ici de nombreuses modifications dans le sens de simplification déjà

indiqué. Les sciences qui, comme la botanique, datent des commencements de la Renaissance, ont d’abord été traitées en latin. Plus tard, lorsque la langue nationale a pris le dessus, on à seulement francisé les termes, pour ne pas rompre avec la tradition, et aujourd'hui on les conserve, dit-on, pour la précision du langage. J'ai mis de côté, dans mon livre, comme je l’ai fait depuis longtemps dans mon enseignement à la Faculté, toute cette gênante livrée qui a fait croire, avec apparence de raison, que la botanique était une science de mots; j'ai proscrit impitoyablement tout terme néo-grec ou néo-latin qui n’était pas indispensable, et je l’ai remplacé par le mot français correspondant ou la tournure française la plus courte, ce qu’il m'a toujours été facile de trouver. J’ai appelé tout simplement queue ou pédicule le petit pied de la feuille ou de la fleur, qu’on a appelé pétiole et pédoncule; j'ai appelé feuille ronde, ce que d’autres appellent feuille orbiculaire; feuille en cœur, ce qu’on nomme feuille cordée, et feuille sans queue, la feuille sessile de nos auteurs; j'ai appelé téte de fleurs ou tête tout court, ce qu’on qualifie de capitule, de calathide où d’anthode; j'ai appelé tige souterraine, le rhizome; rameau aplati, le cladode classiques, etc., etc.; j’en passe et des meilleurs. On me jettera peut-être la pierre parmi les miens, l'habitude nous fait si souvent prendre pour une nécessité ce qui n’est qu’un inutile

Page 1