‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 10 sur 1213 · XXXI — PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXI — PRÉFACE

la botanique et la zoologie, ayant pour objet les minéraux, les végétaux et les animaux, ce qu'on a appelé les trois règnes, c'est-à-dire les trois royaumes de la nature. Mais ce ne sont pas trois domaines absolument distincts, trois compartiments étanches : de l’un à l’autre il y a beaucoup d’osmose.

Cette vieille distinction des êtres qui peuplent la terre en minéraux, végétaux et animaux n’est guère plus nette que celle qu’on peut toujours faire, en observant une série quelconque, entre le commencement, le milieu et la fin. Où faut-il faire la coupure entre le commencement et le milieu, entre le milieu et la fin ? Il n’y a pas une échelle des êtres par ordre d'importance. Aucun être n’est plus important qu’un autre.

I n’y a pas davantage un ordre de perfection, tout individu étant aussi parfait que ses organes lui permettent de l'être. Celui qui a des organes plus nombreux et plus délicats peut avoir des relations plus variées avec les autres êtres, éprouver plus d’impressions, jouir et souffrir davantage. Il resterait à prouver que c'est une supériorité.

Nous inclinons à classer les êtres d’après leur ressemblance avec nous, ceux qui sont le plus différents de nous ne pouvant nous paraître qu’inférieurs. Un spectateur désintéressé en jugerait peut-être autrement. L'ordre de classement le plus plausible serait celui qui se règlerait par l’apparition sur la terre : le classement par ancienneté. Et alors on débute par les minéraux, qui ont pu vivre sans le secours des végétaux et des animaux ; les végétaux viennent ensuite puisqu'ils ont besoin des minéraux pour vivre et peuvent se passer des animaux. Ceux-ci n’ont pu venir qu'après les végétaux, dont ils se nourrissent. Mais il est possible aussi qu'ils aient tous paru en même temps, sinon à l’état adulte, au moins à l’état larvaire. Car l'œuf est antérieur à la poule : il a pu attendre le moment favorable pour éclore.

Si l’on veut classer les corps d’après leur intensité de vie, il est encore vrai de dire que les minéraux sont les corps qui vivent le moins, les animaux ceux qui vivent le plus et que les végétaux occupent le rang intermédiaire ; mais s’il est facile de reconnaître à première vue un minéral à peine vivant, un végétal pourvu de tous ses organes et un animal en pleine activité, il l’est beaucoup moins de classer les êtres qui évoluent sur les confins de ces catégories. Deux pays voisins peuvent avoir des capitales profondément dissemblables et des frontières mal définies.

On a déjà renoncé à faire une distinction absolue entre le règne animal et le règne végétal ; c'est par une gradation insensible qu’on passe de l’un à l’autre, bien que les différences soient énormes entre certains animaux et certains végétaux, Il faudra renoncer aussi à la division de la nature en deux règnes : le règne organique et le règne inorganique ; car c'est aussi par une gradation insensible qu’on passe des animaux ou des végétaux les plus simples aux produits organiques et de ceux-ci aux matières minérales, Après avoir vainement cherché le caractère qui pourrait différencier la matière organique de la matière inorganique, on en est venu à tenir pour organiques tous les corps dans la composition desquels entre le carbone, ce qui fournit un classement commode mais arbitraire, Il n’y a pas de matière inorganique : les minéraux, eux aussi, sont organisés, sont vivants, et leur vie ne diffère de celle des animaux ou des végétaux que du moins au plus.

Il ne semble pas que les minéraux se nourrissent. En effet, un morceau de métal sur une table de marbre dans une atmosphère sèche ne s'accroît pas, mais une graine

non plus. Pour que la graine s’accroisse il faut lui fournir au moins de l’humidité, et avec de l'humidité le métal aussi s'accroît, puisqu'il s’oxyde. L'oxyde diffère du métal, mais la plante aussi diffère de la graine. Si la graine peut devenir plante, c’est qu'elle trouve à sa portée tout le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l’azote qui sont nécessaires à sa transformation ; et le métal, si on lui fournissait tous les éléments avec lesquels il est susceptible de se combiner, deviendrait un corps très complexe dans lequel il n'y aurait plus de métal libre. L'esprit ne se refuse pas à concevoir que, s’il était possible de fournir successivement à tous ces composés du métal avec diverses proportions d'oxygène, d’hydrogène, d’azote et de carbone les nouveaux éléments propres à se combiner avec eux, on arriverait, de synthèse en synthèse, à former des produits analogues aux produits organiques qui servent de première mise à la graine pour se transformer en végétal. La matière minérale serait ainsi une immense réserve d'éléments qui attendent des circonstances favorables pour se transformer en matière végétale ou animale.

Dans les recherches paléontologiques, on prend quelquefois pour des fougères ou pour d’autres empreintes végétales des cristallisations dendroïdes, qui sont purement minérales ; il s’en forme aussi quelquefois dans les préparations sous le microscope. On pourrait se demander si les premières feuilles, dont sont nées toutes les espèces végétales, n'étaient pas de simples cristallisations salines tombées dans un milieu favorable à leur développement.

Les végétaux et les animaux se nourrissent ; ils se ressemblent par le fait, ils diffèerent par la manière de se nourrir. En effet les animaux introduisent les aliments dans : leur corps et c'est au sein de la masse alimentaire préalablement introduite dans leur corps qu'ils puisent ce qui est nécessaire à leur entretien, à leur développement et à leur reproduction. Les végétaux, au contraire, puisent directement dans le milieu où ils vivent les éléments de leur subsistance. L’aliment est dans le corps de l'animal. Le végétal est dans son aliment.

D'autre part, la nature des aliments n’est pas la même pour le végétal et pour l'animal, Le végétal se nourrit de matières minérales, l'oxygène et l'hydrogène, l'azote et le carbone ; c’est à peu près tout. L'animal se nourrit de substances végétales ou animales qui, en dernière analyse, se réduisent, à peu de chose près, aux mêmes éléments, mais il ne pourrait se nourrir directement de ces éléments minéraux : il les consomme sous la forme de matières déjà transformées au moins en matières végétales. Le règne animal est en quelque sorte parasite du règne végétal, puisqu'il a besoin pour vivre de combinaisons organiques élaborées par les végétaux.

Le végétal n'a. pas à chercher sa nourriture : ou il est dans un milieu qui la lui fournit, et il vit, ou il est dans un milieu qui ne la lui fournit pas, et il meurt. L'animal cherche sa nourriture pour l’introduire dans son corps ; c’est à cet effet qu'il se déplace, et on peut voir là une des causes de sa supériorité : quand l’animal a trouvé sa nourriture et l’a introduite dans son corps, il peut s'occuper à autre chose ; le végétal n'interrompt jamais l'absorption alimentaire.

La multiplication est une conséquence de la nutrition ; quand une cellule a absorbé plus d'éléments propres à son entretien qu'il ne lui en faut pour vivre, elle se segmente en deux cellules qui reprennent leur marche de développement, Si la cellule initiale se segmente de telle sorte que chacune des deux nouvelles cellules ne con-

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