XXXII — PRÉFACE
tienne pas tous les éléments de la première, la cellule incomplète a besoin, non seulement de s’entretenir, mais de se compléter ; quand elle rencontre une cellule contenant les éléments qui lui manquent, elle se conjugue avec cette seconde cellule de manière à reconstituer une cellule semblable à celle dont elle provient. Mais ce phénomène de la conjugaison, au lieu d'aboutir à une multiplication, a pour effet une diminution de nombre : au lieu que d’un être il s’en fasse deux, de deux il s’en fait un. La multiplication et la conjugaison sont deux opérations en sens contraire.
Chez les êtres rudimentaires, une cellule tout entière se fusionne avec une autre. C’est d’ailleurs ce que souhaitent les amoureux très jeunes qui, encore près de la nature, aspirent à se confondre l’un dans l’autre. A mesure que les êtres occupent un degré plus élevé dans la hiérarchie naturelle, la segmentation s'opère d’une façon plus inégale : c'est une petite fraction de l'être total qui s’en détache pour remplir la fonction reproductrice pendant qu’il continue son existence.
On peut donc concevoir le mécanisme de la reproduction comme une série de dissociations suivies d’une série de conjugaisons, Chaque cellule du corps mâle détache par scissiparité une minime fraction d’elle-même qui entre dans le torrent de la circulation, d’où elle est extraite par l'appareil génital. Cet appareil forme de toutes ces cellules une cellule spéciale qui contient un élément provenant de chacune des cellules constitutives du corps mâle, en sorte que cette cellule spéciale est une réduction complète du corps mâle tout entier. Le corps femelle, de son côté, forme une cellule comprenant des délégations de toutes ses cellules et réduite ainsi au plus petit volume. L'œuf résultant de la fusion des deux cellules contient donc les éléments de deux êtres, l’un mâle et l’autre femelle. C'est au cours du développement de l'œuf que l’un des deux prend la prédominance sur l’autre pour constituer le sexe de l'être unique formé äes deux germes. La croissance qui amène ce nouvel être à l’état adulte n’est que le développement des éléments initiaux, qui reprennent peu à peu les dimensions de la cellule dont ils ont été détachés par la scissiparité originelle, Le phénomène se ramène à une systole suivie de diastole. L’individu se concentre sous le volume le plus petit possible ; arrivé à l'extrême limite, il s’accouple. Les deux êtres accouplés se réduisent à un seul, ce qui donne le maximum de contraction, puis le nouvel être se développe, s’épanouit et reprend le volume primitif.
Un animal ne se reproduit pas : il se segmente en détachant de son corps, soit des ovules, soit des spermatozoïdes, qui ne sont pas capables d'une vie indépendante après leur séparation de l'être principal : ce n'est que par leur fusion qu'ils peuvent reproduire un nouvel être semblable au premier.
Un végétal non plus ne se reproduit pas: il se segmente en détachant de son corps d’une part des grains de pollen, d’autre part des ovules. C’est le grain de pollen et lovule qui, par leur conjugaison, reproduisent la plante dont ils sont issus.
On sait d’ailleurs que le concours des deux sexes n’est pas nécessaire pour la multiplication d'une espèce. Il y a une foule d’algues et de champignons notamment qui se perpétuent au moyen de spores, ou plus simplement encore par bourgeonnement.
Entre la rouille, qui se produit tant qu’il y a en présence du fer, de l’air et de l’eau, et le ferment, qui pullule tant que le liquide sucré lui fournit son aliment, il n’y a pas un abîme.
La différence entre les animaux et les végétaux au point de vue de la reproduction
est moindre qu’au point de vue de, la nutrition. Chez les uns comme chez les autres la reproduction résulte de la fusion d'une cellule mâle avec une cellule femelle. La cellule femelle surtout, l'ovule, semble offrir les plus grandes analogies dans les deux groupes ; la différence serait plus sensible entre le grain de pollen et le spermatozoïde, mais ce n’est pas entre ces deux organes qu’il faut chercher l'analogie. Le grain de pollen est plutôt comparable à l'appareil génital et l'analogue du spermatozoïde est à trouver dans la fovilla.
Il faut noter ici le phénomème de la bouture. Des branches d'arbre plantées dans la terre se développent de façon à reformer le végétal tout entier, sans aucune intervention de rapprochement sexuel, mais on peut se demander s'il y a là réellement un nouvel arbre ou si ce n'est pas simplement une branche très développée qui végète encore après avoir été séparée du tronc. Il n'est pas constaté que la multiplication par bouture puisse se répéter indéfiniment et l'on peut croire qu'après un certain nombre de plantations de ce genre, l'opération ne réussirait plus. C’est une multiplication qui peut se prolonger plus ou moins, mais l’espèce finirait par périr si sa conservation n'était pas assurée d’autre part au moyen de la reproduction sexuelle. Un arbre et les boutures qu’on en a détachées, c’est toujours un seul et même arbre,
Si l'on considère le mouvement comme un caractère propre à distinguer les corps les uns des autres, il faut remarquer d’abord que l’immobilité n'est jamais absolue : tous les corps dont se compose la terre participent à son mouvement dans l’espace ; les végétaux et les minéraux aussi bien que les animaux sont entraînés dans le double mouvement de la terre autour du soleil et autour de l'axe terrestre. Il n'y a pas à tenir compte de ce mouvement dans l’espace cosmique puisqu'il est commun à tout ce qui existe sur la terre ; il ne peut servir de base à aucune distinction.
Il y a d'autres mouvements, ceux par lesquels un corps change de place relative ment aux objets qui l'entourent : la cime d’un arbre est agitée par le vent, l'eau coule, la pierre roule; maisces mouvements ont un caractère mécanique plutôt que vital, L'eau qui coule, la pierre qui roule se déplacent pour prendre leur équilibre de gravité : une fois cet équilibre atteint, elles ne bougent plus. Quand la cime d’un arbre se balance, ce mouvement est dû à une cause extérieure et cesse avec elle. Ce n’est d’ailleurs que l'extrémité de l'arbre qui est mise en branle ; l’arbre dans son ensemble est fixé au sol par ses racines et ne subit pas de déplacement, il est planté. L'animal, au contraire, se déplace par l'effet d’une force intérieure, indépendante des forces mécaniques et même en opposition, en lutte avec ces forces. C'est cette lutte de la force individuelle de l'animal contre les forces générales de la matière qui constitue le prin cipal phénomène de la vie animale.
La faculté de déplacement paraît un assez bon caractère pour reconnaître les ani maux. Il y a cependant des animaux rudimentaires qui sont, pendant la totalité ou une partie de leur existence, fixés au sol et se nourrissent de ce que l’eau, l'air ou la fortune fait passer à leur portée, en quoi ils ressemblent aux végétaux. D'autre part, il y a, sinon des plantes, au moins des éléments végétaux qui exécutent de véritables mouvements de translation ; le grain de pollen rampe dans l'intérieur du style pour aller trouver l’ovule ; chez les cryptogames il y a des anthérozoïdes qui nagent à la recherche des archégones et se livrent même, dans cette recherche, à des mouvements très vifs. On est convenu d’appeler mâle la cellule reproductrice qui est mobile, et