MOUSSES
Les mousses sont des plantes vivaces qui végètent pendant l'hiver et qui ont la propriété de reverdir et de revivre presqu'aussitôt qu'elles touchent l’eau, après avoir été dans un état de dessication pendant longtemps ; elles
1. — De nouvelles observations ont amené les bryologues à créer des subdivisions multiples dans l’ordre des mousses, et depuis Linné la classification en a été plusieurs fois remaniée. L'auteur de la Flore des Basses- Pyrénées était moins sollicité par les vues systématiques que par le souci des descriptions exactes, et plusieurs de ses articles relatifs aux mousses ont omis d’indiquer la place qu’elles devaient occuper
forment des gazons et des tapis de verdure qui frappent agréablement la vue lorsque la nature paraît partout ailleurs dans un état de langueur et de repos.
Les mousses sont pourvues de racines, de tiges et de feuilles distinctes, semblables à celles des autres végétaux ; mais elles en sont distinguées par des fructifications semblables à de petites urnes, qui sont remplies dans leur maturité d'une poussière dont les mollécules globuleuses sont regardées aujourd'hui comme les germes de ces petites plantes. Linné prit d’abord ces urnes pour des anthères, et leur en donna le nom. On s'accorde maïintenant à les considérer comme des capsules et c'est sous ce nom qu'elles sont désignées par Gmelin dans la 13° édition du Systema naturæ de Linné.
Indépendamment des urnes, les mousses sont pourvues de petites productions formées par des écailles imbriquées ou par des feuilles qui sont ramassées en tête, plus souvent ouvertes en étoile ; ce sont de petits bassins orbi- -culaires, concaves ou campanulés. Linné les prit d’abord pour les organes femelles des mousses ; on est persuadé aujourd’hui qu’elles ne sont que des boutons destinés à produire de nouveaux jets. C’est ce qui leur a fait donner le nom de gemmes.
Les plantes qui portent les urnes ne portent que très rarement des gemmes : dans la plupart des espèces, on trouve les gemmes sur des individus séparés, placés dans le voisinage des individus qui portent les urnes et quelquefois à des distances considérables. L'apparition des urnes précède presque toujours l'apparition des gemmes, qui coïncide avec la maturité des urnes et avec l'effusion de la poussière qu'elles contiennent.
Les gemmes sont ordinairement terminales et quelquefois latérales ; éparses, axillaires ou renfermant les urnes dans un très petit nombre d'espèces.
Les urnes sont aussi terminales ou latérales, quelquefois radicales ; droites, obliques, arquées, penchées ou pendantes ; ovales, ovoides, pyriformes, sphériques, oblongues, cylindriques ou tétraèdres : on y distingue différentes parties dont les principales sont le pédoncule, l’opercule, la coifle, le péristome et le réceptacle.
Le pédoncule est un filet plus ou moins allongé, qui porte l’urne au sommet. Sa base est quelquefois renflée en tubercule et quelquefois enveloppée par une gaine écailleuse qui n’a pas de nom en français et qu'on appelle perichetium en latin. Les pédoncules sont solitaires ou agrégés ; leur insertion est terminale, latérale ou radicale. Ils sont tantôt droits, tantôt courbés, volubiles dans quelques espèces et presque toujours tordus dans la vieillesse.
dans le tableau. Sans prétendre combler cette lacune, j'ai dû cependant adopter un ordre de présentation, mais je me suis borné à rapprocher des mnies les phasques et les buxbaumies ; jai mis à la suite des brys les bartramies, les orthotrichs, le dicrane, la grimmie, les tortules, la pohlie, le splanch, et avec les hypnes les leskées et le ptérogone. Il appartiendra aux spécialistes de rectifier ce qu’il peut y avoir de défectueux dans l’ordre que j'ai adopté d’après des connaissances superficielles.
L'opercule est un couvercle conique qui ferme l'entrée de l’urne ; il s'adapte sur le bord en forme de ciboire et tombe, dans la maturité, pour la dispersion de la poussière séminifère. L'opercule est tantôt droit, tantôt oblique, tantôt aigu, souvent acuminé, quelquefois obtus et rarement plan ou légèrement convexe.
La coiffe est une sorte de bonnet membraneux placé sur l’opercule en forme d'éteignoir ; la partie supérieure de cette coiffe est ordinairement en pointe tubuleuse plus ou moins allongée, et l'inférieure est une expansion membraneuse plus ou moins étendue.
On nomme entière une coiffe dont l’expansion membraneuse, formant un bonnét complet, enveloppe l’urne de tous côtés ; on là nomme latérale lorsqu’elle ne couvre l’urne que d’un seul côté. Elle est d’ailleurs lisse ou velue, blanche ou rougeûtre, etc.
Le péristome est le bord de l’urne; il ne paraît qu'après la chute de l’opercule. On le nomme simple lorsqu'il n'y a qu'une seule bordure formée par le concours des deux surfaces de l’urne ; le péristome est double lorsqu'il paraît deux bordures terminant les deux surfaces : péristome extérieur correspondant à la surface extérieure, péristome intérieur terminant la surface intérieure. Le péristome est nu lorsqu'il n’y a ni cils ni dents sur la bordure ; il est cilié ou denté lorsqu'il est orné de cils ou de petites dents, qui sont en nombre constant dans chaque espèce et qui, dans quelques-unes comme dans les mnies et dans les hypnes, s'ouvrent en etoile tres élégante au moment où l’on renverse l'opercule, à la maturité de l’urne.
Le réceptacle est un filet arboré à la base de l’urne dont il occupe l'axe ; sa pointe se montre a l’entrée de l’urne après la chute de l’opercule, comme on peut l’observer dans l'hypne soyeux.
Ces différentes parties de l’ordre des mousses offrent un grand nombre de phénomènes curieux et intéressants ;. ils peuvent paraître minutieux à ceux qui n’ont aucune idée de la délicatesse de ces parties, de leurs formes élégantes et de leurs mouvements plus que mécaniques, mais ceux qui les ont observés avec un peu d'attention sont bientôt frappés des précautions infinies de la nature et de son admirable sagesse dans la structure singulière de ces petits organes.
Les urnes sont remplies d'une poussière, ordinairement verte dans sa maturité, dont les molécules jouissent alors d’une élasticité remarquable ou obéissent a quelque principe vital qui leur communique à la sortie un petit mouvement d'éruption. Mais on ne pourra jamais se lasser d'admirer les dispositions qui garantissent la sûreté de ces particules : elles sont renfermées dans une capsule qui n'est point faite de pièces rapportées, dont l'enveloppe, quoique mince, est coriace et capable de résistance ; cette capsule ne s'ouvre qu’au sommet et cette ouverture est bordée, dans le plus grand nombre des espèces de cet ordre, d'un ou deux rangs de petites dents, ou de cils, ou de petites pointes réunies en double voûte conique et cachées sous un couvercle en forme de ciboire. Cet opercule est encore surmonté d’un bonnet pointu. Mais
c'est au moment de la chute de l'opercule que s'ouvre pour le botaniste une scène encore plus intéressante : les petites pointes du bord extérieur s'ouvrent en étoile ou se réfléchissent sur la capsule ; bientôt après elles se roulent en spirale et se redressent en bourrelet. L'ouverture est encore défendue, ou par la voûte intérieure ou par une membrane orbiculaire qui ne cedent que les dernières à la force intérieure de dissémination des germes pulvérulents.
La singulière structure de ces différentes parties, leurs mouvements spontanés et les grandes précautions que la sagesse créatrice paraît avoir prises pour la conservation et la dissémination des germes de ces petites plantes sont d'autant plus dignes d'admiration que la nature, qui produit et reproduit les autres plantes pour l'usage des animaux, parait avoir réservé les mousses pour ses propres besoins.
En effet, ces petites plantes, auxquelles l'humidité semble suffire pour leur nourriture, fournissent par leur destruction une partie du terreau nécessaire pour la végétation. Les mousses préservent les racines des plantes qu'elles couvrent de l’action du froid pendant l'hiver ; elles empêchent leur dessication pendant l'été et elles favorisent leur germination au printemps. D'ailleurs les mousses ne sont pas tout à fait inutiles dans la vie civile : elles sont très propres à envelopper des objets fragiles comme les verreries ou susceptibles de dessication comme les racines des arbres et des arbustes dans le transport. Quelques espèces ont un éclat soyeux qui les fait rechercher pour des parures. Plusieurs oiseaux les font entrer dans la construction de leurs nids.
Plusieurs espèces de mousses, surtout les brys et les hypnes, s'emparent souvent de la surface des prairies pendant l'hiver et au commencement du printemps. Les plantes graminées ne peuvent alors ni germer ni taller, ni couvrir uniformément toute la surface du terrain ; ce qui diminue considérablement la récolte des foins. D'ailleurs les mousses venant à se dessécher par les chaleurs du printemps, laissent une infinité d'espaces vides bientôt envahis par les renoncules, les scabieuses, les rhapontics et autres plantes nuisibles aux bestiaux. Cette présence des mousses indique un terrain aquatique ou la vieillesse des prairies. Dans le premier cas, les cultivateurs s'empresseront d'ouvrir des tranchées pour dessécher le terrain ; dans le second, il convient de labourer les prairies, d'y semer des blés et d'en tirer quatre ou cinq bonnes récoltes avant leur établissement.
SPHAIGNE. Fleur mâle en forme de petite massue. Anthère plane. Urnes sur la même plante, garnies d'opercule sans coiffe, sessiles, ayant leur
bord uni.
Sphaigne des marais. FL. FR., 1260, 1.
Sphagnum palustre. LIN. sP., 1560.
Sphaigne à rameaux réfléchis.
Tiges plus ou moins droites et divisées, garnies de rameaux feuillés d'abord courts'et ramassés en tête au sommet, subulés dans la suite, fasciculés de distance en distance ; quelques-uns
réfléchis perpendiculairement et couchés contre la tige, formant des gazons très épais, occupant de grandes surfaces, s'élevant jusqu'à neuf centimètres dans les endroits moins aquatiques et
jusqu'au delà de deux décimètres dans les marais constamment inondés. Feuilles ovales, aiguës, concaves en dedans, convexes en dehors, sans nervures, transparentes et pointillées, d'un vert gai dans la jeunesse, blanches et fragiles dans l'état sec, roussâtres et flétries pendant l’hiver. Pédicule blanchâtre, tendre, épais, ayant sa base enveloppée par une gaine écailleuse, lâche, inséré latéralement sur la tige, terminé par une tête plane, orbiculaire, creuse. Est-ce une anthère ? Quelles sont ses fonctions ? Urnes globuleuses, presque sessiles, placées au sommet des tiges. Opercule plan. Péristome nu.
Cette plante croit abondamment dans les marais, dans les anciennes marnières et dans les fossés aquatiques, qu’elle remplit. Elle ne porte des urnes et des anthères que dans les marais inondés et inaccessibles pendant toute l'année. Ce ne fut qu'après dix ans de recherches que j'eus occasion de les observer, il y a trois ans, sur le bord d'une ancienne marnière, vers le commencement de l'hiver.
POLYTRICH (1). Gemme orbiculaire terminale. Urnes sur des plantes séparées, garnies de coiffe. Péristome extérieur garni de 32 dents.
A). Urnes garnies d'une apophyse, c'est-à-dire d'un renflement particulier à leur base.