‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 13 sur 1213 · XXXVII — ; PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVII — ; PRÉFACE

Il n’y en a pas moins des minéraux, des végétaux et des animaux. Mais aucun des

caractères apparents par lesquels on voudrait les distinguer n’est absolu et suffisant ;

. c'est en les combinant qu’on arrive à peu près à déterminer l’ensemble des caractères propres à chaque groupe.

Que si l’on voulait, pour fixer ses idées, arriver à une formule brève et précise, on en trouverait peut-être les données dans l'observation de la structure intime des corps.

Quand on pousse aussi loin que possible la dissociation des éléments dont un corps se compose, on constate que chez les uns tous ces éléments sont identiques, tandis que chez les autres il ya des éléments de formes diverses.

Chez les minéraux, si loin qu’on pousse la division, on ne constate pas de différence entre les particules ; chaque particule affecte une forme, presque toujours angulaire, qui est propre au corps dont elle fait partie. C’est la forme dans laquelle il cristallise.

Chez les végétaux et les animaux il y a des éléments de formes diverses.

Chez les végétaux, le dernier élément auquel on arrive est la cellule. Mais, sauf dans les végétaux d'ordre tout à fait primaire, les cellules ne sont pas toutes identiques : le même végétal contient des cellules de plusieurs formes. Alors même que toutes les cellules d’un végétal sont semblables, et dans le cas où le végétal tout entier se compose d’une seule cellule, il y a entre la cellule et le cristal des différences qui permettent de les reconnaître à première vue : la cellule est arrondie, tandis que le cristal est anguleux ; une cellule se compose essentiellement de deux parties distinctes : le contenant et le contenu, l’enveloppe et le protoplasme. Le cristal est nu, homogène dans toutes ses parties. On peut, d’ailleurs, trouver des cristaux dans un végétal, mais ils y figurent comme corps étrangers. On ne trouve pas de cellules dans une agglomération de cristaux.

Chez les animaux, il y a aussi des cristaux et des cellules, l'être supérieur continuant à utiliser les moyens d’existence des êtres inférieurs, mais il y a, en outre, un troisième élément, c’est le nerf, composé de substance continue et homogène. Le cristal est une cellule sans protoplasme et le nerf une cellule sans enveloppe.

On pourrait donc conclure, sous les réserves que comporte toute définition, en disant que l'élément minéral est un cristal, l'élément végétal une cellule, l'élément animal un nerf.

Avant d'aborder la botanique, qui est la science des plantes, on voudrait en déterminer les limites : c'est un domaine assez vaste pour qu'on ait le désir de n’en pas sortir. Le caractère le plus général auquel on peut reconnaître qu’on est en présence d’une plante, c'est qu’elle contient de la chlorophylle. Il y a cependant des réserves à faire. Les champignons n’ont pas de chlorophylle ; ils n’en ont pas besoin puisqu'ils ne puisent pas une partie de leurs aliments dans l'air ambiant, ils ne décomposent pas l’acide carbonique de l'air, ils vivent aux dépens de matières organiques en décomposition, et ce trait les rapproche des animaux. Mais la zoologie les répudie, la botanique les recueille. Parmi les plantes parasites les unes, comme le gui, ont de la chlorophylle et sont aussi vertes que toute autre plante ; les autres, comme l’orobanche, n'ont aucune partie verte. Cette exception s'explique naturellement : la plante parasite, vivant aux dépens d’une autre plante, peut se passer des moyens d’assimila-

tion nécessaires aux plantes qui ont une existence indépendante. D'autre part, il y a des algues, les floridées notamment, qui n'ont rien de vert. Ce n'est pas qu'elles soient dépourvues de chlorophylle, mais le pigment vert est masqué ou altéré par un autre pigment, qu'on peut détruire, et alors la chlorophylle reparaît.

Sous ces réserves la couleur verte de la chlorophylle offre un moyen pratique de reconnaître à première vue la nature végétale du corps qu'on examine, au moins quand il est vivant.

Il est vrai qu'il y a des animaux, notamment des infusoires, qui offrent la couleur verte ; mais un examen attentif fera reconnaître que cette couleur ne leur est pas propre ; elle appartient aux corps végétaux qu'ils ont absorbés.

Le nombre des formes végétales est immense. Pour se reconnaître au milieu de cette multiplicité il faut procéder à un classement. Il n’y a pas deux individus complètement semblables ; on groupe, sous le nom d'espèce, les individus qui se ressemblent le plus. Quel est le degré de ressemblance nécessaire pour que plusieurs individus soient considérés comme appartenant à la même espèce ? La différence de taille est négligeable ; la différence de couleur est quelquefois sans importance, d’autres fois elle est un caractère spécifique. Certaines différences de forme peuvent se rencontrer dans des plantes qui, cependant, appartiennent à la même espèce. Où est la limite ?

On considère comme appartenant à la même espèce tous les individus qui sont nés d’un premier couple ou qui se ressemblent autant que s'ils étaient nés d’un premier couple, On ne peut, en effet, savoir de quel couple sont nés les individus qu'on a sous les yeux et l’on ne saurait se borner à classer les plantes dont on connaît la généalogie. On pourra donc classer dans la même espèce deux plantes qui se ressemblent comme Si elles étaient nées l’une de l’autre. Mais cela même n'offre pas une précision absolue. Entre deux plantes nées l’une de l’autre il peut y avoir certaines différences provenant du milieu, de la culture, de l'exposition, de circonstances accidentelles ; on a remarqué que les différences résultant de la culture et des autres conditions ambiantes ne sont pas durables et que la plante abandonnée à elle-même finit par revenir au type primitif après quelques générations. On s'appuie sur ce fait pour considérer comme de simples variétés de la même espèce les plantes qui diffèrent par des caractères instables et l'on n'admet comme caractères spécifiques que ceux qui persistent à travers les générations successives. La différence variétaire est intermédiaire entre la différence individuelle et la différenee spécifique. ;

Cependant on arrive par la culture à fixer des variétés : en choisissant les graines sur certains pieds, en les cultivant dans certaines conditions pendant plusieurs générations successives, on arrive à produire des plantes qui conservent les différences acquises au lieu de faire retour au type primitif, En général les variétés ne se reproduisent bien que par boutures, parce que toutes les boutures tirées d’un premier pied ou de boutures en provenant ne sont, en réalité, que des ramifications d’une plante unique. Mais par le moyen d’une sélection persévérante on obtient la reproduction par graines de variétés sensiblement différentes de l'espèce mère. De là à créer de nouvelles espèces, ce ne serait plus qu'une question de temps. Or la sélection des graines et la dif= férence des conditions de culture n'ont même pas besoin de l'intervention de l'homme. La différence des conditions ambiantes, de l'exposition, du terrain résulte de la dispersion des graines par le vent, par l'eau, par les animaux, et la sélection se fait au-

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