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XLI — : PRÉFACE

entraîne la forme légumineuse du fruit, ou l'inverse. Or, il y a des légumineuses qui n'ont pas la corolle papilionacée.

Les quatre achaines des labiées vont le plus souvent avec une corolle irrégulière et des étamines didynames. Mais il ne faut pas, quand on trouve un fruit formé de quatre achaines, se hâter de conclure qu'il appartient à une labiée ; les borraginées, dont le fruit est formé aussi de quatre achaines, ont la corolle régulière et cinq étamines semblables. Un de ces caractères ne commande pas l’autre. +

Les plantes dont le fruit est une silique ont, généralement, quatre pétales en croix et des étamines tétradynames ; mais d’autres plantes, qui ont quatre pétales en croix, n’ont ni les étamines tétradynames ni le fruit en silique.

C'est à l'infini qu’on pourrait multiplier les exemples de cette indépendance mutuelle des caractères botaniques. Même dans les cas où la coexistence de deux caractères paraît constante, on n’est pas en mesure d’en fournir l'explication. Ainsi toutes les labiées ont les feuilles opposées ; mais est-il permis d'en inférer que l’opposition des feuilles dépend de la forme de la corolle ou de la nature du fruit ? Pourrait-on, avec plus de raison, soutenir que la fleur et le fruit sont influencés par l’opposition des feuilles ? En aucune façon, puisque la même foliation se retrouve dans les caryophyllées, qui ont la fleur et le fruit complètement différents de la fleur et du fruit des labiées. Il n'y a donc pas de subordination entre les différents caractères d’une plante.

Bien loin que la forme d'un organe entraîne une forme correspondante dans un autre organe, il semble que la nature se soit fait un jeu de combiner chaque forme d’un organe aveo, toutes les formes possibles des autres organes, qu'elle ait voulu épuiser la série des combinaisons réalisables.

Dans ces conditions, on ne peut pas dire qu'aucun caractère soit plus important qu'un autre.

Il faut cependant adopter un classement.

Beaucoup de systèmes ont été essayés, qui ne sont pas méprisables pour avoir été abandonnés : ils répondaient aux connaissances acquises à l’époque où ils ont paru, et ils ont souvent fourni des distinctions qui ont été utilisées dans les systèmes plus récents. Le dernier venu donne quelquefois son nom à des découvertes effectuées bien avant lui. |

Tournefort, par exemple, avait très bien circonscrit les principales familles. Bien qu’envisageant presque uniquement la forme de la corolle, il a déterminé les personées, les labiées, les crucifères, les rosacées, les caryophyllées et les papilionacées. Il a défini les liliacées, sans cependant les isoler complètement. C’est d’après l'inflorescence qu’il a fondé les: deux grands groupes des ombellifères et des composées. II a établi dans les composées une division qui a été conservée presque intacte : les flosculeuses, les semi-flosculeuses et les radiées. La plupart de ses genres sont restés. La fonction des étamines ne lui était pas connue, maïs il avait vu la distinction entre les monopétales et les polypétales. Dans sa méthode comme dans toutes les autres, ce qui est défectueux, c’est le choix des caractères propres à déterminer les grandes sections entre lesquelles doivent être réparties les familles. Que les fleurs aient ou n'aient pas de corolle, qu'elles soient simples ou composées, que la corolle soit monopétale ou polypétale, ce sont des caractères dont il y a lieu de tenir compte ; le tort est de les considérer seuls. On a vivement critiqué sa division initiale en herbes

et arbres ; elle peut cependant se soutenir par des raisons qui ne sont pas sans valeur, et si elle n'offre pas une précision absolue, c'est un reproche auquel n’échappent pas davantage les autres méthodes. Son groupe des apétales comprend les acotylédonées et les monochlamydées ; ce sont deux sections qui ont été maintenues. En fait avec la méthode de Tournefort, pour les plantes qu’il a connues, on arrive à la détermination plus vite et plus sûrement qu'avec d’autres clefs plus récentes et plus dogmatiques.

Le système de Linné a été pendant près d’un siècle l’objet d’un véritable engouement. C’est celui qui a été adopté par l’auteur de la Flore des Basses- Pyrénées, comme par tous les botanistes de son temps. La méthode de Jussieu était déjà connue mais n'était pas encore entrée dans la pratique. C'était assurément un progrès de classer les plantes d’après les étamines plutôt que d’après la corolle. L'étamine est un organe essentiel, la corolle est accessoire. Mais le système est trop exclusif : il n’y a pas que les étamines à considérer dans une plante, et surtout ce n’est pas leur nombre qui importe le plus. Quelques plantes à une étamine ne suffisent pas à constituer une classe ; ce n’est, d’ailleurs, que par avortement qu'une fleur peut être réduite à une étamine. Le centranthe, par exemple, est constitué pour en avoir trois, comme la valériane, dont il n’est guère qu'une variété. Les plantes à sept ou à neuf étamines sont dans le même cas : elles sont constituées pour en avoir huit ou dix. Or les treize premières classes de Linné ne tiennent compte que du nombre des étamines, sauf la douzième et la treizième où est mentionné leur mode d'insertion. L'icosandrie com prenait les plantes à vingt étamines insérées sur le calice et la polyandrie les plantes à plus de vingt étamines insérées sur le réceptacle. Linné avait donc entrevu la distinction dont Jussieu devait faire la base de sa méthode. Bien qu'elles prévoient tous les nombres d’étamines possibles, les treize premières classes ne comprennent pas toutes les plantes. Linné en a distrait, pour en faire des classes spéciales, les plantes dont les étamines se distinguent par certains caractères : les crucifères, qui ont six étamines dont quatre plus grandes que les deux autres, forment la tétradynamie ; la didynamie contient les plantes à quatre étamines dont deux plus grandes que les autres, elle est subdivisée en deux groupes : la gymnospermie, comprenant les labiées, dont le fruit est composé de quatre graines nues, et l’angiospermie, comprenant les scrofulariées, dont le fruit est une capsule. Les trois classes suivantes reposent sur la connexion des étamines en un, deux ou plusieurs faisceaux. Le monadelphisme caractérise surtout les malvacées ; les papilionacées sont monadelphes ou diadelphes suivant que la dixième étamine est soudée aux neuf autres ou reste libre, mais ce caractère est si peu sûr que Linné lui-même a placé toutes les papilionacées dans la diadelphie, qui s’en compose à peu près exclusivement. La polyadelphie ne contient guère que le millepertuis et le citronnier. La syngénésie comprend les plantes à étamines soudées par les anthères. C'est le vaste groupe des composées, que Jussieu, à raison du même caractère, désigne sous le nom de synanthérées. Quant à la gynandrie, comprenant les plantes à étamines insérées sur le pistil, elle se confondrait avec les mono-épigynées et les épistaminées de Jussieu. Elle n’a pas été maintenue par Gmelin. Elle avait, d’ailleurs, le tort de rassembler sous une même rubrique des monocotylédones et des dicotylédones, ce qui est un reproche à étendre à plusieurs autres classes de Linné. Les plantes diclines ont été divisées en trois

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