‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 16 sur 1213 · XLII — PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII — PRÉFACE

classes : la monœcie, la diœcie et la polygamie, mais leur circonscription est si difficile à limiter que les continuateurs de Linné ont dû renoncer à cette division. La diclinie forme une des quinze classes de Jussieu. Enfin la vingt-quatrième classe, comprenant les plantes sans étamines ni pistils visibles, la cryptogamie, correspond à l'embranchement des acotylédones, c'est-à-dire aux immenses groupes des champignons, des algues, des lichens, des mousses et des fougères. C'est dire qu’elle est prodigieusement démesurée.

Dans la classification de Linné comme dans celle de Tournefort ce sont les grandes sections qui font défaut. Il n’y a aucun lien entre la première et la seconde classe, entre la troisième et la quatrième. On trouve côte à côte dans la même classe des plantes qui n’ont rien de commun que le nombre des étamines. D'autre part, chez beaucoup de plantes, le nombre des étamines n’est pas constant ; quand on observe, par exemple, une fleur d’Æsculus, on risque de la chercher vainement dans trois ou quatre classes avant de tomber sur l’heptandrie. Par contre, la subdivision des classes d’après le nombre des styles est généralement bonne, bien qu’il faille s'attacher plutôt au nombre des placentas qu'à celui des styles quand les deux ne concordent pas.

Lamarck, dans la Flore française qu’il a publiée en 1778, donne un tableau analytique qui offre déjà une excellente division initiale : il met d’un côté les plantes à fleurs distinctes et de l’autre les plantes à fleurs indistinctes. C'est la division en phanérogames et cryptogames, qui se justifie en outre par tant d’autres caractères. Il divise ensuite les phanérogames en fleurs conjointes et fleurs disjointes. C’est la première fois qu’on fait figurer, et avec raison, presqu’en tête de la classification, un caractère tiré de l’inflorescence. Dans les fleurs disjointes il distingue les fleurs monoïques et dioïques des fleurs hermaphrodites, ce qui est encore un caractère tiré de l'inflorescence. On sait, d’ailleurs, quel botaniste a été Lamarck.

La méthode naturelle, ainsi qu’on appelle celle de Jussieu, a réalisé de grands progrès sur les systèmes qui l'avaient précédée. Peut-être n'a-t-elle pas donné tout ce qu’on pouvait attendre d'elle. Elle place au premier rang un caractère qu'il est très difficile de vérifier. La division en acotylédones, monocotylédones et dicotylédones est bonne en soi, mais c’est parce qu’il y a entre les plantes de ces trois groupes beaucoup d’autres différences que celle du nombre des cotylédons. Si un botaniste voulait trouver le nom d’une plante d’après la méthode de Jussieu, il devrait commencer par rechercher si la plante a deux cotylédons, un seul ou pas du tout. Le plus malin y échouerait neuf fois sur dix. Une foule de plantes ont les graines si petites que le micrographe le plus habile dans les procédés techniques aurait besoin de beaucoup de temps pour répondfe à cette question. Et tout le monde rirait du savant qui, pour nommer une plante, devrait attendre la germination de la graine et le développement éventuel d’un ou de deux cotylédons. Une classification doit reposer sur des caractères apparents, d'autant plus apparents qu’on est plus au début de l'examen.

On ne serait guère moins empêché de continuer la recherche quand on aurait à décider si les étamines sont hypogynes, périgynes ou épigynes. S'il y a des cas où c'est facile, il y en a beaucoup d’autres où l'expérience la plus consommée n’y suffit pas.

Le lieu d'insertion des étamines, qui a fourni à Jussieu ses principales divisions,

est un caractère qui n'est pas sans valeur et qui doit être conservé, à condition qu'il vienne à sa place, Mais il semble excessif de le prendre pour base de la division en grands embranchements. C’est en effet un caractère fugace puisqu'il estemprunté à un organe qui est non seulement annuel, même chez les plantes vivaces, mais le plus souvent éphémère. Sa nature transitoire ne permet de lui attribuer qu’un rôle secondaire. Au surplus l’hypogynie et la périgynie ont dû être confondues et la distinction qui subsiste est celle des plantes dont les étamines sont insérées sur le thalamus, et par conséquent indépendantes du calice, et des plantes dont les étamines sont insérées autour de l'ovaire ou sur l'ovaire lui-même. Ce sont les thalamiflores et les caliciflores, auxquelles il faut ajouter, pour avoir la nomenclature complète, les corolliflores, dont la corolle monopétale porte les étamines.

En suivant la méthode de Jussieu on est donc exposé à se tromper dès le début de l'examen ; on risque de s'engager à fond dans la mauvaise voie et quand on s’aperçoit qu'on a fait fausse route on a perdu beaucoup de temps.

Aussi les ouvrages qui se recommandent de la méthode naturelle ont-ils soin cependant d'employer une clef dichotomique, plus ou moins semblable à celle de Lamarck, dans laquelle il est fait complètement abstraction de la méthode naturelle.

La méthode naturelle, telle qu'elle est établie maintenant, avec les modifications qu'y a apportées notamment de Candolle, loin d'aider le botaniste à acquérir la connaissance des plantes, suppose chez lui une science complète, préalablement acquise. Quand on connaît bien toutes les plantes, on constate que la meilleure manière de les classer est donnée par la méthode naturelle, qui tient compte dans la mesure pos-

sible des affinités et des rapprochements de toutes sortes. Mais il faut avoir commencé

par connaître les plantes et pour arriver à cette connaissance on a dû recourir à une

autre méthode, C'est pourquoi il y a dans toutes les Flores une clef dichotomique, pas naturelle du tout, qui permet au botaniste de trouver le nom de la plante qu’il a sous les yeux. Pour qu’une méthode fut tout à fait bonne, il faudrait que la clef dichotomique se confondit avec la classification naturelle, ce qui est pratiquement impossible.

Au surplus, on peut se demander s'il y a vraiment une méthode naturelle. On appelle ainsi celle dans laquelle sont rapprochés les genres qui offrent entre eux le plus de ressemblance. Sans doute les plantes qui se ressemblent par la plupart de leurs caractères forment des groupes naturels, et c'est ainsi que se forment les genres. Car les familles qui paraissent les plus naturelles ne sont, en réalité, que de grands genres. La famille des ombellifères, par exemple, est plutôt un genre, et les prétendus genres dont elle se compose ne sont que des espèces, qu’on à souvent beaucoup de peine à distinguer les unes des autres. Mais quand on se trouve en présence d’une plante qui ressemble à un genre par un de ses caractères et à un genre différent par un autre caractère, c'est par un choix arbitraire qu'on la classe plutôt dans un genre que dans l’autre. C’est cet arbitraire qui est le vice des classifications en usage.

On commence par une division en végétaux cellulaires et vasculaires. On isole ainsi comme végétaux cellulaires les champignons, les algues, les mousses ; mais les fougères sont des végétaux vasculaires. Pour les faire rentrer dans la classe des acotylédones, dont on ne saurait les séparer, il faut constater leur caractère cryptogamique : le premier caractère était emprunté à la constitution du tissu de la plante ; le second

Page 1