‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 17 sur 1213 · XVI — ‘ PRÉFACE · texte numérisé non relu

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est tiré de son inflorescence. On divise ensuite les phanérogames en monocotylédones et dicotylédones, d’après un caractère tiré de la graine. Puis on distingue les monochlamydées des dichlamydées suivant l'existence d’une ou de deux enveloppes florales. C’est le mode d’insertion des étamines qui fournit la distinction des caliciflores, thalamiflores et corolliflores. On recherche ensuite, sans que rien indique pourquoi, si l'ovaire est supère ou infère, puis on constate, sans ordre et comme au hasard, le nombre des étamines ou des loges ovariennes, l’adhérence des filets des anthères, la nature du fruit. Il n’est presque tenu aucun compte de la foliation ni de l’inflorescence. On s'attache surtout à l’examen de la fleur. Or la fleur est précisément ce qu'il y a de plus fugace dans la plante. Le fruit reste attaché à la tige pendant tout le temps qui lui est nécessaire pour mûrir ; la feuille persiste plus longtemps encore ; la corolle et les étamines, dont le rôle se réduit à la fécondation qui s'opère en un instant, ne durent que l’espace d’un matin : une fois leur fonction remplie, elles se dessèchent et tombent, en laissant tout au plus une cicatrice à leurs points d’attache. Il arrive ainsi que le botaniste habitué à déterminer les plantes d’après la corolle ou les étamines reste perplexe devant un rameau chargé de feuilles et de fruits sans fleurs.

Il semble qu’il doit y avoir un ordre logique et nécessaire, dans lequel il convient d'examiner les caractères de la plante pour arriver à la déterminer. Il serait à désirer que cet ordre se rapprochât autant que possible des groupements naturels, et il n’est peut-être pas impossible d'obtenir cette conformité par un choix judicieux des caractères à utiliser, en employant une méthode, sinon tout à fait naturelle, ce qui est peut-être une chimère, du moins logique.

Il y a deux méthodes logiques pour observer les caractères des plantes : de haut en bas, c’est-à-dire de l’intérieur à l'extérieur, et de bas en haut, c’est-à-dire de l’extérieur à l’intérieur.

Si l’on suivait rigoureusement la première de ces deux méthodes, il faudrait commencer par les caractères tirés de la graine, constater la présence et le nombre des cotylédons, l'existence de l’albumen, le nombre des placentas et la nature du fruit, puis examiner la situation de l’ovaire relativement au calice, l’unité ou la dualité de l'enveloppe florale, le mode d’insertion des étamines, la soudure ou l'indépendance des pétales, la conformation du calice, l’inflorescence et la foliation, et terminer par la tige. C’est de cet ordre qu’on se rapproche le plus dans les méthodes en usage, puisqu'on commence par la division en acotylédones, monocotylédones et dicotylédones, et qu’on n'attache qu’une importance négligeable à l’inflorescence, à la foliation, à la constitution de la tige. Mais entre les deux points extrêmes de la course on n'observe aucun ordre dans l’examen des caractères intermédiaires.

Ce serait une méthode logique, qui pourrait avoir ses avantages. Encore faudrait-il la suivre. Elle aurait un inconvénient pratique : pour aller chercher la graine au centre de la fleur, il faut détruire la fleur ; quand on veut observer ensuite les autres organes, on ne les retrouve pas intacts. |

La méthode inverse, non moins logique, est plus élégante. Elle est, d’ailleurs, conforme à l’ordre d'apparition des organes, et si l’on veut, devançant le cours naturel de la végétation, disséquer une plante de: façon à en connaître, le même jour, à peu

près tous les organes, on peut enlever successivement chaque pièce florale sans toucher à la suivante et arriver ainsi, proprement, au centre de la fleur.

Quand une plante sort de terre, on voit d’abord une feuille, puis la tige et la disposition des feuilles sur la tige. D'après ces premiers caractères, on doit pouvoir indiquer à quel embranchement du règne végétal appartient la plante. Pour en savoir davantage, il faut attendre la floraison.

Sans doute un forestier peut dire, en voyant une petite pousse émergeant de terre, quel arbre ce sera plus tard, mais en le disant il fait œuvre de métier et non de botanique ; de même un herboriste reconnaît une graine à première vue, à sa forme, à sa couleur ou à sa consistance, parce qu’il a l'habitude de manipuler certaines graines dont la vente est courante. Un botaniste ne voudrait pas déterminer une plante au moven de ce grossier empirisme.

Quand”la floraison commence, on voit d'abord se dessiner l’inflorescence avant que les fleurs s'ouvrent. Au moment où la fleur s’épanouit, on constate s’il y a un calice et une corolle, si les pièces de la corolle sont libres ou soudées ; puis la corolle tombe ou reste, elle porte les étamines, ou bien les étamines sont insérées soit sur le calice, soit sur un thalamus ; elles tombent à leur tour ou se flétrissent, et l’on se trouve en présence du pistil, supère ou infère, dont on observe d’abord le style ou les styles avec leurs stigmates ; enfin on coupe l'ovaire transversalement pour y observer le nombre des loges, le nombre et la disposition des placentas, l'insertion des ovules. Plus tard on constatera la nature du fruit,

C'est dans ce même ordre qu’il faut examiner les organes d’une plante en la disséquant, pour en acquérir une connaissance méthodique.

Si l’on pouvait arriver à faire concorder la classification avec l’ordre d’apparition des végétaux sur la terre, on serait aussi près que possible de la classification naturelle. La paléobotanique est encore loin d'offrir des données suffisantes pour établir cet ordre d’une façon rigoureuse et il reste beaucoup de place pour les conjectures. De ce qu’on ne trouve dans le terrain infrajurassique que des fougères, des cycadées et des conifères on ne peut pas conclure qu'il n’y avait pas alors d’autres plantes ; tout ce qu’on peut dire, c'est que ce sont les seules qui se soient conservées ; il a pu y en avoir d’autres qui n’ont pas laissé leurs traces. Celles dont on retrouve l’empreinte sont, en effet, des plantes scarieuses et coriaces, plutôt des arbres que des herbes, parce qu’ils sont plus résistants. On trouve des maisons en pierre du temps de Périclès, on ne trouve pas de maisons en bois. Ce n’est pas qu'il n’y en avait pas, mais elles n’ont pas résisté.

Cependant, en combinant les données positives avec l'induction logique, on peut regarder comme plausible que les algues ont été les premières manifestations de la vie végétale, puisque la terre a été d'abord couverte par les eaux. Les premières algues ont pu naître de cette écume de la mer, presque gélatineuse, qu’on observe sur les plages au moment où le flot se retire. C’est d’ailleurs la tradition. Le nom d’Aphrodite indique qu’elle est née de l’écume de la mer, et Vénus, c’est la vie. Quand la terre a commencé à se découvrir, les algues abandonnées par la mer sur le rivage ont dû s'adapter au genre de vie que leur imposaient les circonstances et, les unes conservant la forme sphérique et la chlorophylle, les autres se seront allongées en mycélium pour aller chercher plus loin ce qui leur manquait sur place. De cette symbiose de

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l'algue et du champignon sont nés les lichens ; ceux qui ont trouvé à vivre sur des matières en décomposition ont pu se passer des cellules à chlorophylle et sont devenus des champignons. Ce n'est pas seulement le lichen, c'est toute la série des végétaux qui a pu naître de la symbiose de l’algue et du champignon, pendant que le champignon réduit à lui-même ne pouvait s'élever beaucoup dans la série des êtres, à moins qu’il ait été la forme initiale de la vie animale.

Dans un végétal, le champignon, c’est-à-dire le mycélium, représente le vaisseau, par suite la fibre, le système axile ; l’algue, de nature utriculaire, emprunte à l’air et à la iumière les autres éléments nécessaires à la vie et constitue le parenchyme, les cotylédons, tout le système appendiculaire,

Il est probable qu'alors diverses combinaisons ont dû se produire, tous les végétaux ne descendant pas l’un de l’autre, mais descendant d’une origine commune. Sur les terrains abandonnés par les eaux les mousses ont pu se développer les premières parce qu’elles empruntaient leur principal aliment à l'atmosphère alors surchargée d’humidité. D'autre part, après avoir passé par des formes dont la trace s’est perdue, sont venues les fougères, les conifères, les cupulifères et les autres dicotylédones.

Dans les terrains devenus très secs, où l’eau ne provenait que de pluies intermittentes, ont évolué les plantes grasses qui font des réserves d’eau pour parer aux périodes de sécheresse. La forme rayonnée de leur fleur rappelle la régularité des cristaux propres à la vie minérale et atteste leur ancienneté.

Enfin les monocotylédones, qui s’éloignent le plus du type radié, ont dû venir les dernières, à commencer par les cypéracées et les graminées qui ont préparé la nourriture de l’homme, pour aboutir aux orchidées qui, étant les plus asymétriques des plantes, les plus éloignées du type radié, sont probablement les dernières venues parmi les végétaux. |

Il serait à désirer qu'en adoptant l’une ou l’autre des deux méthodes logiques on arrivât aux mêmes groupements, et l’on devrait atteindre ce résultat si l’on connaissait assez bien les véritables caractères qui doivent servir à la détermination des plantes. Quand on étudie une feuille, une étamine, une graine, on y observe une foule de particularités : le génie du botaniste est de discerner parmi toutes ces particularités celle qui doit être retenue comme caractéristique. La science botanique est loin d’avoir dit son dernier mot à cet égard : des caractères qui nous paraissent aujourd’hui de premier ordre pourront être un jour rélégués à un plan plus éloigné, tandis que d’autres, que nous ne soupçonnons pas, prendront une valeur prépondérante.

Les deux méthodes ne sont pas faites pour se contrarier mais pour se compléter et l’on peut constater dès à présent que leurs résultats, sans être tout à fait conformes, respectent, au moins dans les grandes lignes, la plupart des rapprochements naturels. Pour ne citer que quelques exemples, choisis parmi les groupes principaux, soit qu’on aborde l’examen par le parenchyme foliaire, soit qu’on débute par la fructification, les algues, les mousses et les fougères resteront voisines comme étant constituées en thalle ou en fronde ou comme étant cryptogames. Qu'on prenne le classement par un bout où par l’autre, les ombellifères seront toujours côte à côte avec les rubiacées, les hédéracées, les circéacées d’une part, avec les valérianées, les dipsacées et les composées d’autre part. Par contre, les siliqueuses et les légumineuses, si différentes par la

fleur, se rapprochent par l'inflorescence et par le fruit. La famille des rosacées doit être démembrée, la plupart de ses genres offrant d’étroites analogies avec les renonculacées.

Je voudrais maintenant essayer de tracer les grandes lignes d’une classification botanique reposant sur la méthode logique qui procède du dehors au dedans.

On verra d'abord si la plante observée contient ou nom de la chlorophylle. L'absence de chlorophylle permet d'isoler les champignons d'une part, les épipnytes d'autre part.

Les champignons, bien qu'on ait l'habitude de les comprendre dans la botanique, ne sont pas de véritables plantes. La forme naturelle du végétal est la cellule sphérique, qui offre la surface la plus favorable à l'absorption des gaz par osmose ; la forme naturelle du champignon est la cellule allongée en vaisseau pour le transport de l'aliment liquide puisé dans le substratum hospitalier : les seules cellules qu'on y trouve sont les spores destinées à la reproduction, tout le reste est en mycélium, c'est-à-dire en cellules prolongées en tube.

Quant aux épiphytes, il semble que, n'ayant pas de chlorophylle, elles devraient aussi être exclues de la botanique, mais sauf la chlorophylle elles ont les autres caractères du végétal ; elles sont pourvues de tige, de fleurs et de fruits. Le trait commun entre les épiphytes et le champignon, c'est le parasitisme.

Les champignons et les épiphytes ainsi mis à part, la division des plantes à chlorophylle en grands groupes se fait d'après la constitution générale du corps de la plante.

C'est en effet par des caractères appartenant aux organes de nutrition qu'il convient de fixer les grandes divisions du règne végétal. En zoologie aussi les premières coupes sont déterminées par des caractères appartenant soit aux organes de nutrition, soit aux organes de mouvement, les organes de reproduction ne viennent qu’'ensuite.

Toute plante est constituée en thalle, en fronde ou en tige feuillée. Il ne faut pas s'attendre à trouver ici une définition du thalle, de la fronde et de la tige feuillée. On ne définit que ce qui n'existe pas, comme le triangle ou la sphère, qui sont des abstractions mathématiques ; on ne peut que décrire ce qui existe, de façon à donner une idée générale de ce qu’il y a de commun dans les objets qu'on désigne sous le même nom.

Le thalle est une agglomération de cellules en filaments ou en lames composées d’une ou de plusieurs couches ; on n’y trouve ni fibres ni vaisseaux, mais parmi les cellules il peut y en avoir qui remplissent spécialement la fonction de reproduction.

La tige est un cylindre conique, plus ou moins subdivisé en rameaux de forme analogue, composé de cellules et de vaisseaux. Les feuilles sont également composées de cellules et de vaisseaux, mais au lieu d'être en forme de cylindre conique, elles affectent une forme plane, les vaisseaux divergeant et leurs intervalles étant remplis par les cellules. Elles sont disposées en spirale autour de l'axe de la tige, l'une des faces regardant la tige.

La fronde est intermédiaire entre le thalle et la tige feuillée. Elle affecte la forme soit de la tige soit des feuilles, mais elle n’en a pas les caractères. Il y a des frondes cellulaires, comme celle des mousses, et des frondes cellulo-vasculaires, comme celle

des fougères.

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