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XLIX — PRÉFACE

Le nom de thallophytes ne convient réellement qu’aux algues. Les champignons sont constitués par un mycelium ; les lichens sont composés de mycelium et de thalle, c’est-à-dire que l’algue et le champignon y vivent à l’état de symbiose, la cellule exerçant la fonction chlorophyllienne et le mycelium faisant office de vaisseaux. Le lichen est donc intermédiaire entre le champignon et l’algue. Les algues, qui apportent un immense contingent au monde végétal, sont composées uniquement de cellules ; car les algues filamenteuses elles-mêmes ne sont que des séries de cellules. Ce sont les plantes les plus simples ; il y en a qui sont constituées par une cellule unique. Dans d’autres, plus complexes, l’agglomération affecte quelquefois le contour d’une feuille, maïs la différence fondamentale entre le thalle et la feuille c'est que le thalle n’est composé que de cellules, tandis que la feuille contient aussi des vaisseaux et des fibres. En outre les feuilles sont disposées sur une tige ; il n’y a pas de tige dans un thalle. | |

La fronde se distingue du thalle par sa disposition symétrique autour d’un axe ; malgré cette apparence, elle n'est pas une tige feuillée, soit parce qu’elle ne contient pas de vaisseaux, soit parce que sa disposition n’est pas verticillée. Les végétaux constitués en fronde sont les mousses, les characées, les lycopodiacées, les équisétacées d’une part, les hépatiques, les fougères et les lemnacées d’autre part.

Les mousses, les characées, sont des plantes cellulaires, sans vaisseaux ; les Iycopodiacées et les équisétacées sont des plantes cellulo-vasculaires. Les unes et les autres ont une fronde qui présente l’aspect d’une tige feuillée, mais les parties qui ressemblent à des feuilles ne sont que des ramifications de la fronde principale : ce ne sont pas des expansions planes offrant comme les feuilles des nervures à intervalles remplis par le parenchyme, ce sont des rameaux en verticilles. Ce qui semble une tige dans les mousses n’est qu'un organe de soutien et ne sert pas à la nutrition de la plante, qui puise ses aliments dans l'humidité dont est chargé l’air ambiant.

Les hépatiques sont cellulaires et les fougères cellulo-vasculaires. Les unes et les autres ont une fronde qui diffère de celle des mousses en ce que, au lieu d’être composée de rameaux verticillés, elle représente des rameaux aplatis ; les parties qui ressemblent à des feuilles en diffèrent en ce que, au lieu d’être disposées en spirale autour de l’axe et de regarder cet axe par une de leurs faces, elles sont toutes tournées du même côté. La fronde des fougères, sauf chez les ophioglossées, commence par être enroulée en crosse.

Tous les végétaux dont il vient d’être question, constitués soit en thalle soit en fronde, c’est-à-dire les champignons, les lichens, les algues, les mousses, les characées, les lycopodiacées, les équisétacées, les hépatiques et les fougères sont acotylédonés et cryptogames.

Les épiphytes, qui figurent à côté des champignons à cause de leur défaut de chlorophylle, sont des phanérogames et ne sont constituées ni en thalle ni en fronde ; elles n'ont pas une tige feuillée puisqu'elles n’ont pas de chlorophylle, mais elles ont une tige fleurie.

Quant aux lemnacées, ce sont des plantes constituées en fronde et, comme leur

fronde figure des rameaux aplatis, elles peuvent trouver place à côté des hépatiques et des fougères, mais ce sont des phanérogames.

Toutes les autres plantes dont il sera question maintenant sont à la fois des plantes constituées en tige feuillée et des cotylédones phanérogames.

On peut y faire une première division suivant que les faisceaux libéro-ligneux sont concentriques autour de la moëlle ou épars dans la moëlle, ce qui correspond à la division en dicotylédones et monocotylédones. Mais au lieu qu’il est presque impossible, dans une foule de cas, de reconnaître les cotylédons, il est très facile de constater, par la section transversale de la tige ou d’un rameau, la disposition des faisceaux dans la moëlle ou autour de la moëlle.

Il y a lieu de faire encore une grande coupe dans les dicotylédones en séparant les herbes des arbres. Cette distinction est très ancienne ; c’est, en effet, une des premières qui $e présentent à la vue. Les botanistes modernes affectent cependant de n’en pas tenir compte. Si la différence consistait seulement dans l’aspect extérieur de la tige, on comprendrait que ce caractère pût être négligé ; mais la tige herbacée est annuelle ou bisannuelle, la tige ligneuse dure un grand nombre d'années, ce qui constitue une différence considérable et crée une démarcation très nette entre les deux sortes de tige.

On objecte que deux plantes peuvent être très semblables par leur fleur et leur fruit et que la différence de constitution de la tige n'autorise pas à les séparer. On pourrait dire aussi bien qu’un arbre ne doit pas être séparé des autres arbres pour être classé avec des herbes, à cause d’une ressemblance de la fleur ou du fruit. Au surplus, la définition de l'arbre, de l'arbrisseau, de l’arbuste est assez incertaine et la distinction en plantes vivaces et plantes annuelles n'offre qu'une base instable : beaucoup de plantes perdent leur tige tous les ans en conservant leur racine et n’en sont pas moins des herbes. Il faut d’ailleurs recourir le moins possible aux caractères de la racine ; on doit être en mesure de reconnaître une plante sans la déraciner. Ce qui est à retenir, c'est le caractère ligneux ou herbacé de la tige, qui renseigne l’observateur, au premier coup d’œil, sur la longévité de la plante.

Il est vrai que ce caractère n’est pas constant. Telle plante, comme le ricin, qui est herbacée dans un pays, est ligneuse dans un autre. Cela n'a pas grand inconvénient : le ricin sera classé avec les herbes dans les pays où il est herbacé, avec les arbres dans les pays où il est ligneux. On ne serait embarrassé que pour établir une Flore universelle offrant le moyen de déterminer toutes les plantes dans quelque pays qu'on se trouve, ce qui est une entreprise encore lointaine, et même alors il ne serait pas fort gênant que le ricin figurât d'une part dans les arbres, d'autre part dans les herbes. Il suffirait de prévenir le lecteur que la somme de tous les genres énumérés dans la Flore n’en donne pas le nombre exact, Cette observation est, d’ailleurs, applicable à plusieurs autres caractères : un genre peut être mentionné plusieurs fois dans une nomenclature, par exemple dans les feuilles opposées et dans les feuilles alternes, dans les cymes et dans les grappes, dans les capsules et dans les baies sans qu'il en résulte aucun dommage.

Après la division des dicotylédones en arbres et herbes, sous cette réserve que le mot arbres désigne les plantes à tige ligneuse, on arrive à l'examen des feuilles.

Le thalle et la fronde sont les ébauches de la feuille. Dans les algues, le thalle est formé de cellules à chlorophylle ; il peut se faire des échanges entre les cellules contiguës, mais il n’y a pas de vaisseaux. La fronde se rapproche davantage de la feuille.

NÉ PRÉFACE

Chez les mousses, il n’y a pas non plus de vaisseaux, mais il y a une nervure, souvent rudimentaire, formée de cellules plus allongées et plus serrées que les autres, formant un axe à droite et à gauche duquel les autres cellules sont disposées avec une certaine symétrie. Enfin chez les fougères ce sont presque des feuilles : à l’origine de la fronde naît une nervure qui, le plus souvent, se divise en deux nervures se subdivisant elles-mêmes par dichotomie.

Les cotylédones phanérogames ont de vraies feuilles, c’est-à-dire des organes composés de parenchyme cellulaire et de faisceaux vasculaires ; ces organes sont généralement aplatis en limbe et se rétrécissent en pétiole : c’est le prolongement de tous les pétioles qui constitue la tige. Les feuilles sont disposées en spirale plus ou moins serrée autour de la tige. Il y a d’ailleurs des différences d'organisation entre les feuilles des divers groupes de phanérogames.

Ainsi les conifères ont des feuilles qui paraissent fines comme des aiguilles ; c’est qu’en réalité chaque feuille est composée de ce qui paraît un faisceau de feuilles ; elle est donc à plusieurs nervures partant d’un même point et divergeant de telle sorte qu’elles ne sont pas reliées entr'elles par un parenchyme commun. Chaque nervure, avec le peu de parenchyme qui y adhère, fait ainsi l’effet d’une feuille.

Chez les plantes grasses, au contraire, le parenchyme a pris un développement tel que les nervures sont comme noyées dans la feuille. On peut donc faire une section spéciale des plantes dont la feuille a un limbe contracté, et une autre section des plantes qui ont, au contraire, un limbe charnu dans le parenchyme duquel les nervures sont incluses.

Les plantes grasses, qui ne sont pas des cryptogames, ont souvent des feuilles qui rappellent les frondes ; elles sont même presque voisines des thallophytes par la constitution de leur appareil foliaire. Cette analogie est surtout apparente chez Cactus, dont la tige est composée d’articles qui sont comme des thalles apposés bout à bout. Les feuilles y sont réduites à l’état d’épines, leur rôle étant rempli par la tige, et les fleurs naissent directement de la tige comme les organes de reproduction naissent du thalle ou de la fronde dans les cryptogames.

On aura plus d’une fois occasion de remarquer que la série des végétaux n’est pas continue. Telle plante qui appartient à un groupe par quelques-uns de ses organes appartient par d’autres organes à un groupe différent. Les conifères, par exemple, si différentes des plantes grasses puisque leurs feuilles, loin d’être charnues, sont réduites au contraire à la plus extrême aridité, ont dans leur port une analogie frappante, non plus avec les thallophytes, comme les plantes grasses, mais avec les fougères, qui sont aussi des acotylédones.

Il semble donc que dans une classification rationnelle les conifères doivent trouver place en tête des dicotylédones ligneuses, et les plantes grasses en tête des dicotylédones herbacées, tout de suite après les acotylédones.

Les autres dicotylédones ont des feuilles dont le limbe offre plusieurs nervures principales partant du pétiole, ou une seule nervure principale ramifiée en nervures secondaires qui se ramifient elles-mêmes et s’anastomosent entr’elles.

Les feuilles des monocotylédones ont plusieurs nervures suivant une direction presque parallèle et finissant par aboutir à un point commun : ces nervures sont reliées entr'elles, sans anastomose, par un parenchyme continu. Il est probable que

FLORE DES BASSES-PYRÉNÉES — Lil.—

les feuilles des monocotylédones ne sont pas des feuilles complètes, mais des pétioles élargis dont le limbe ne s’est pas développé. La couche externe de la tige se fend dans le sens de la longueur et, à partir d’un entrenœud, s'étale plus ou moins en prenant l'apparence d’une feuille, mais ce n’est qu’une exfoliation de la tige. Par conséquent les vaisseaux et les fibres y sont parallèles comme dans les tiges et les pétioles. Le limbe ne s’est pas développé, précisément parce que le pétiole s’est élargi, comme dans Cactus les feuilles restent à l’état rudimentaire parce que la tige a pris une nature foliacée.

Le parallélisme ou l'anastomose des nervures fournit un moyen pratique de distinguer à première vue les monocotylédones des dicotylédones. Ce moyen n’est pas infaillible : quelques monocotylédones, Arum, Tamus, Paris, ont des nervures anastomosées ; mais il confirme le caractère déjà fourni par la disposition des faisceaux dans la moëlle. A

Un autre caractère est à tirer de la disposition des feuilles sur la tige. L’alternité des feuilles est la règle chez les monocotylédones. A vrai dire, les feuilles y sont plutôt des cylindres caulinaires emboîtés les uns dans les autres, le plus extérieur se fendant d’un côté pour laisser sortir le plus intérieur, qui se fend à son tour sur la face opposée. Dans les cas exceptionnels où les feuilles paraissent opposées, on peut croire qu’elles sont seulement presqu’en face l’une de l’autre, les tours de spire étant très rapprochés.

Normalement toutes les dicotylédones devraient avoir les feuilles opposées, comme les deux cotylédons sont vis-à-vis l’un de l’autre. Mais chez beaucoup de dicotylédones cette disposition se modifie au cours du développement de la tige; quelquefois les premières paires de feuilles sont opposées et les autres alternes, souvent toutes les feuilles sont alternes. Cela provient sans doute de ce que la tige ne pousse pas droit : elle pousse en spirale et subit, pour suivre le soleil, une torsion qui entraîne parfois les feuilles au delà de leur point d'attache primitif. Quoi qu’il en soit, ce caractère ne peut servir à reconnaître les dicotylédones, puisqu'il n’est pas constant, il est même plutôt exceptionnel ; c’est l'infraction à la règle qui est devenue le cas le plus fréquent. On n’en a d’ailleurs pas besoin, puisque les dicotylédones sont déjà suffisamment distinguées des monocotylédones par la disposition des faisceaux dans la tige et par la nervation des feuilles, mais le caractère peut être retenu pour établir dans les dicotylédones soit ligneuses, soit herbacées, une grande division en dicotylédones à feuilles opposées et à feuilles alternes.

I est vrai que des familles voisines, comme les borraginées et les labiées, se trouvent ainsi éloignées l’une de l’autre ; quelques genres seront même distraits de leur famille, dans les composées par exemple, et il peut arriver que dans un genre une espèce ait les feuilles opposées et une autre les feuilles alternes.

Mais il en est ainsi de tous les caractères : des plantes qui se ressemblent par l’un diffèrent par l’autre. Il faut choisir, et l'opposition des feuilles a le double avantage d’être un caractère très apparent et de se manifester dès le début de l’évolution.

En tenant compte de l'opposition des feuilles on groupera sous la même rubrique, notamment : les caryophyllées, les hypéricinées, acérinées, æsculacées, les cornuacées, caprifoliacées, rubiacées, valérianées, et les asclépiacées, nériacées, oléacées, gentianées, labiées, qui ne sont pas sans présenter par ailleurs certaines analogies.

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