LIN — PRÉFACE
Il y aurait d’autres conclusions à tirer de la phyllotaxie : les feuilles ne sont pas seulement opposées, elles sont quelquefois décussées ou verticillées ; elles ne sont pas seulement alternes, elles décrivent autour de la tige une spire variable, et tous ces détails pourraient fournir des indications utiles, si l’on arrivait à découvrir le rapport qui existe certainement entre la disposition des feuilles et d’autres caractères de la plante, mais on passe cent fois à côté d’un fait sans en découvrir la loi jusqu’au jour où un homme de génie l’observe ou en a l'intuition.
Il serait difficile d'établir aujourd’hui qu’il y a un rapport constant entre le nombre des feuilles situées sur le trajet d’un tour de spire et le nombre des pièces dont se compose, soit la corolle, soit l’androcée, soit même le pistil, d'autant plus que le nombre des pièces n’est pas toujours un multiple du même chiffre pour les différents verticilles de la fleur. On sent cependant que le rapport doit exister : il reste à découvrir les causes qui en troublent la manifestation.
On sait que les organes de la plante se ramènent tous à la feuille diversement . groupée et modifiée. La tige est une réunion de pétioles prolongés ; les bractées, les sépales, les pétales sont des feuilles légèrement modifiées ; les étamines, les loges de l'ovaire sont des modifications plus profondes de la feuille ; les ovules eux-mêmes sont produits par les bords de la feuille.
Cette analogie peut aussi s’envisager en sens inverse, en sorte que les ovules seraient le point de départ, la forme initiale : en s’ouvrant, en s’épanouissant, en s’étalant plus ou moins, l’ovule formerait les étamines, les pétales, les feuilles, Il semble bien, en effet, que la forme primitive du végétal est sphérique : le végétal le plus simple est une cellule dont l'enveloppe, composée de plusieurs couches, s’exfolie pour former successivement ses organes de protection, l'embryon restant toujours au centre. Ce mode de constitution est apparent dans le bourgeon, qui est une sorte de graine différant de la graine proprement dite en ce qu’il n’est pas produit par le concours des deux sexes et en ce qu’il reste adhérent à la plante-mère. Le bourgeon est une spore qui reste parasite au lieu de se disséminer.
Il semble résulter de cette vue qu’on devrait retrouver la même disposition des parties et le même type numérique dans tous les différents organes d’une même plante. Par exemple, quand la feuille a des nervures palmées, l'inflorescence devrait être en cyme; aux nervures pennées correspondrait la grappe. Il devrait y avoir autant d’étamines dans l’androcée, autant d’ovules dans le pistil ou dans la loge d’ovaire qu’il y a de nervures dans le limbe d’une feuille. L'observation ne confirme pas cet aperçu théorique. Là aussi, là surtout, il est admissible qu’au cours du développement l'exception prévaut sur la règle.
Le rapport entre la foliation et l’inflorescence saute aux yeux chez certaines plantes. Quand on regarde, par exemple, un tamarix en fleur, la gradation entre la foliation et l’inflorescence est si insensible qu'on a peine à voir où finit la feuille, où commence la fleur. Mais il n’en est pas toujours ainsi : le plus souvent la disposition des fleurs ne rappelle nullement la disposition des feuilles.
Jusqu’à présent les botanistes ont apporté peu d'attention à l’inflorescence, qui est cependant un caractère de premier ordre, capable de fournir un excellent élément de classification. On ne s'entend pas sur la valeur des mots et le même terme sert à désigner des inflorescences différentes. Ainsi on a toujours dit : une grappe de raisin.
Or l’inflorescence de la vigne ne rentre pas dans la définition de la grappe. La distinction entre l’inflorescence définie et l’inflorescence indéfinie est précise et pratique mais ne suffit pas.
On sait que l'inflorescence est dite définie quand la fleur termine l'axe et qu’au dessous d’elle prennent naissañce une ou plusieurs autres fleurs ; l’inflorescence est dite indéfinie quand l’axe, portant les fleurs latéralement, continue sans autre limite que l'épuisement de la force végétative.
L'inflorescence définie se reconnaît au premier aspect par sa conformation divergente de bas en haut, tandis que l’inflorescence indéfinie est convergente de bas en haut. i
On peut désigner sous le nom de cyme l’inflorescence définie, et sous le nom de grappe l’inflorescence indéfinie, quand l’axe portant les fleurs est allongé. Il arrive que cet axe s’élargit en forme de disque sur lequel les fleurs sont disposées côte à côte : c’est un capitule. Ce réceptacle peut être plan. Si les bords du disque restent fixes et si la partie centrale continue à s’accroître, elle ne le peut qu’en se bombant et le réceptacle devient convexe. Si, au contraire, c’est la partie centrale qui demeure fixe, l'accroissement se continuant par les bords du disque, le réceptacle devient concave, comme chez le rosier ou le néflier ; il peut même arriver que, les bords se rejoignant entièrement, l’inflorescence tout entière soit incluse dans le réceptacle qui ne reste ouvert que sur un point au centre : c’est le cas de la figue. :
Cette disposition des fleurs sur un réceptacle plan, convexe ou concave, est un caractère commun à toute la vaste famille des composées et à celle des dipsacées ; il appartient, en outre, à quelques autres plantes ; elles méritent assurément d’être rapprochées des composées par ce trait qui leur donne avec elles une ressemblance frappante. La globulaire, l’armérie, la jasione offrent tout d’abord l'aspect de scabieuses.
Dans cette inflorescence le pédoncule est extrêmement réduit, au point de paraître le plus souvent nul. Si les pédoncules sont développés, mais partent tous d’un réceptable commun, ils forment une ombelle.
Dans le capitule et dans l’ombelle on croirait d’abord que l’inflorescence est divergente ; mais en examinant les fleurs on constate que ce sont celles de la circonférence qui s’épanouissent les premières : la floraison marche vers le centre qui représente le sommet de l’inflorescence.
Ces deux inflorescences, en capitule et en ombelle, permettent dès l’abord de ranger à part deux groupes très importants, les composées et les ombellifères, qui à eux seuls représentent plus du quart de la Flore française.
On peut considérer que l’inflorescence en cyme est l’inflorescence normale des dicotylédones, comme leur foliation normale est la foliation opposée, tandis que les monocotylédones, par cela même qu’elles n’ont qu'une feuille cotylédonaire, tendent à la foliation alterne et à l’inflorescence en grappe qui en est la suite.
Mais en fait beaucoup de dicotylédones, s’éloignant du type primitif qui est voisin de la forme radiée, évoluent vers le type irrégulier, c’est-à-dire vers la foliation alterne et l’inflorescence en grappe. En classant les plantes d’après leur inflorescence, on ne fait donc que tenir compte de leur développement plus ou moins avancé, et l’ordre dans lequel il convient de les classer paraît être le suivant : cyme, ombelle, capitule,
grappe.
— LV — PRÉFACE
L'ombelle, en effet, tient de la cyme : au lieu de deux ou trois pédoncules il y en a plusieurs qui partent du même point ; le capitule est une ombelle dont les pédoncules sont raccourcis au point de disparaître, de sorte que ce sont les fleurs ellesmêmes qui partent du réceptacle commun au lieu des pédoncules ; enfin la grappe est un capitule dont le réceptacle s’est allongé en cône. Le corymbe ressemble à l’ombelle parce que les fleurs y sont toutes au même niveau mais, les pédoncules étant espacés sur l'axe, il doit être considéré comme une sorte de grappe, d'autant plus que l’inflorescence qui commence en corymbe finit souvent en grappe franche. L’épi n’est qu’une grappe dont les pédoncules sont très courts ou à peu près nuls. Le cône est un épi très serré. Le chaton est un épi de fleurs mâles.
L'inflorescence en cyme rapproche notamment les caryophyllées, les gentianées, les caprifoliacées, les valérianées, qui ont les feuilles opposées, et les rosacées, les renonculacées, les papavéracées, les malvacées, les solanées, les borraginées, qui ont les feuilles alternes. Dans l’inflorescence en grappe se rencontrent notamment les crucifères et les papilionacées, qui ont les feuilles alternes.
Bien que l’inflorescence doive être logiquement examinée entre la foliation et la fleur, on trouvera souvent un avantage pratique à l’observer sur un pied défleuri, quand l’axe porte encore, sinon les fruits, au moins les pédoncules. Leur disposition ést alors plus apparente que lorsque les corolles et les étamines sont encore en place. Même quand les pédoncules sont tombés, on retrouve souvent leurs cicatrices, qui suffisent à indiquer les points d’attache.
Il y a enfin à tenir compte d’un mode d’inflorescence qui offre un intérêt tout particulier. C’est la diclinie. Le fait qu’une plante a ses fleurs mâles séparées des fleurs femelles constitue, en effet, un mode spécial d’inflorescence.
Il y à des plantes diclines dont les fleurs mâles ne sont pas disposées de la même façon que les fleurs femelles. Ce sont des plantes à inflorescence double. Ce caractère mérite d’être retenu. Quant aux plantes diclines qui ont la même inflorescence pour les fleurs mâles que pour les fleurs femelles, il n’y a pas lieu d’en faire ici une classe à part. Car au moment où l’on considère l’inflorescence, on n’a pas encore examiné la fleur et on ne sait pas si elle est unie ou bisexuelle. Mais la double inflorescence est un caractère qui se manifeste au moment où l’on examine la disposition des fleurs. Il permet d'isoler tout le groupe des amentacées et plusieurs genres voisins et fournit un caractère de plus pour la détermination des conifères.
Même quand la disposition des fleurs est la même, si les fleurs mâles sont sur un pied et les fleurs femelles sur un autre, c'est évidemment une inflorescence spéciale ; elle caractérise les plantes dioïques. Quand les fleurs mâles et les fleurs femelles sont sur le même pied, la plante est dite monoïque et l’on appelle polygames celles où le même pied porte des fleurs mâles, femelles et hermaphrodites ; il est difficile de former des groupes distincts répondant aux classes dans lesquelles Linné avait rangé les plantes monoïques, dioïques et polygames. On a dû renoncer à cette division, trop incertaine. Quand la diclinie n’est pas confirmée par la dualité de l’inflorescence, on peut la considérer comme un accident, suite d’avortement partiel.
Après avoir examiné l’inflorescence, on aborde l’examen de la fleur, Ici, par conséquent, on rentre dans le cadre des classifications en usage.
La première circonstance à observer, c’est le nombre des enveloppes florales. Il y en
FLORE DES BASSES-PYRÉNÉES ÿ mn LVÉ =
a le plus souvent deux ou une, d’où vient la distinction en dichlamydées et monochlamydées. Quand il y en a deux, la plus extérieure, habituellement verte, est le calice. L’intérieure, colorée, est la corolle.
Le calice peut manquer ou être multiple.
A mesure que la plante grandit, les feuilles deviennent plus petites et plus rapprochées ; elles se modifient aussi dans leur consistance, dans leur contour, dans leur couleur. Ces feuilles modifiées sont les bractées. Les parties du calice, les sépales, sont les bractées les plus rapprochées de la fleur, à qui elles servent d’enveloppe. Entre la feuille proprement dite et le sépale, il y a une gradation ; les bractées, en nombre variable, sont plus ou moins rapprochées du calice. Elles forment quelquefois à côté de lui comme un second calice, dans le fraisier par exemple. Ce calicule peut être à une certaine distance du calice, comme chez certaines malvacées, et se composer d’un nombre de bractées égal, supérieur ou inférieur au nombre des sépales. Dans les cas où il paraît ne pas exister de calice, comme dans l'anémone, il y a, à quelque distance de la fleur, un verticille de feuilles qui en tient lieu. On dirait un calice, mais éloigné de la corolle au lieu de lui être contigu. Dans la clématite, où il n'y a rien de semblable, on peut admettre que le groupe des deux feuilles opposées qui précèdent la corolle en est le calice. C’est une enveloppe dont le reste de la fleur s’est échappé. °
On réunit sous le nom de monochlamydées tout un groupe de plantes qui semblent n'avoir qu’une enveloppe florale, mais pour le plus grand nombre d’entr'elles il y a une explication toute simple. La plupart des dicotylédones monochlamydées sont des plantes diclines ; elles ont des fleurs mâles et des fleurs femelles. Chacune a une enveloppe et n’en a qu'une. Le calice est l'enveloppe du pistil ; la corolle est l’enveloppe des étamines. Dans la fleur hermaphrodite, qui porte à la fois le pistil et les étamines, le calice et la corolle sont réunis : ils forment une double enveloppe pour les deux organes de reproduction. La corolle tombe ordinairement avec les étamines ; elle ne servirait plus à rien quand les étamines ont accompli leur œuvre. Le calice reste, pour protéger le fruit, jusqu’à maturité. Quand les fleurs mâles sont distinctes des fleurs femelles, il faut bien que les deux enveloppes soient séparées : celle qui accompagne les étamines est une corolle, celle qui accompagne le pistil est un calice. I n’est donc pas tout à fait exact de dire que ces plantes sont monochlamydées ; elles sont dichlamydées comme les autres dicotylédones, mais les enveloppes sont séparées comme les sexes.
I arrive rarement qu’une fleur unisexuelle ait cependant un calice et une corolle, comme chez les cucurbitacées ou Lychnis dioïque. C’est qu’alors la plante n’est dioïque que par avortement d'un des deux appareils de reproduction.
Si l'on retranche des monochlamydées, d’une part les plantes diclines, dont plusieurs sont déjà mises à part à raison de leur inflorescence, d'autre part les plantes où le calice est remplacé par des appendices plus distants de la corolle, et celles où l'absence du calice est le résultat d’un avortement, il ne reste que très peu de dicotylédones qui soient vraiment monochlamydées.
Par contre, les monocotylédones sont presque toutes monochlamydées, c'est-à-dire que le pistil et les étamines sont entourés de pièces florales, généralement au nombre de six, qui sont le plus souvent semblables entre elles. C’est à cause de cette similitude
d'ébl i.