LVI — PRÉFACE
qu’on les considère comme formant une périanthe unique, et la question se pose alors si c’est un calice ou une corolle. Il paraîtrait rationnel de la considérer comme une corolle quand elle tombe avec les étamines, comme un calice quand elle persiste autour du fruit. Mais ces six pièces florales peuvent aussi être considérées comme deux verticilles de trois pièces, dont l’intérieur serait la corolle et l'extérieur le calice. Cette disposition est quelquefois évidente, comme chez Tradescantia, où il y a trois pièces extérieures vertes qui représentent exactement le calice et trois intérieures colorées, en tout semblables à une corolle. Ce cas est exceptionnel, mais il n’est pas rare que trois des six pièces soient différentes des trois autres par quelque détail de structure, de position ou de couleur. Et si l’on considère que la formation des monocotylédones comporte généralement trois loges à l'ovaire et quelquefois trois étamines, il paraîtra tout naturel que la corolle et le calice soient également composés chacun de trois pièces. Cette division en dichlamydées et monochlamydées n'est d’ailleurs pas à conserver pour les monocotylédones, dont la classification repose sur d’autres bases.
Il semble plausible de considérer le calice comme un prolongement de l'écorce. C’est l'enveloppe la plus extérieure de la fleur, comme l'écorce est le cylindre le plus extérieur de la tige. La corolle et les étamines, qui sont des productions fugaces, doivent plutôt être formées par le cambium, au moment où la sève acquiert sa plus grande vitalité, et dans cette répartition des rôles, celui de la moëlle serait d'assurer la subsistance des ovules.
Les botanistes les plus récents sont enclins à sacrifier le rôle de la moëlle : il est cependant probable qu’une production très délicate, située au centre du cylindre végétal, entourée par conséquent de toute la protection possible, doit être appelée à remplir une fonction essentielle dans la vie végétale. En vain objecte-t-on que dans les vieilles tiges la moëlle se dessèche et peut même disparaître sans que la plante s’en porte plus mal. Cela est vrai du tronc, qui ne fait plus office que de support. Mais dans les rameaux de l’année la moëlle remplit toujours le cylindre, elle le gonfle même et elle afflue avec force vers l’extrémité du pédoncule ou du réceptacle qui supporte les fleurs. Une section longitudinale dans l’axe d’une fleur montre bien la communication intime établie entre la moëlle et l’intérieur du pistil, et le vide qui se creuse, à la fin de la saison, au dessous du réceptacle, est un argument de plus en faveur de l’utilisation de la moëlle par le pistil.
I n’y a pas de caractères importants à tirer des particularités que peut offrir le calice. Sa couleur, sa forme, sa disposition peuvent être utilisées pour la distinction des espèces dans un genre, mais ne sauraient servir à une grande coupe.
Ce qui est à retenir, c’est le nombre des divisions du calice, parce qu’on y pourrait voir une indication du type numérique de la fleur. On sait, en effet, que les monocotylédones sont presqu’invariablement construites sur le type 3, tandis que les dicotylédones appartiennent soit au type 4, soit au type 5. Mais pour que cette indication ait une valeur, il faut qu’elle concorde avec celle que fournira la construction de l'ovaire, et lorsqu'il y a discordance, c’est plutôt le type de l'ovaire qui devra être considéré. Cependant il n’est pas inutile de jeter un premier coup d'œil sur les divisions du calice ; il y a des cas où cela suffira pour mettre sur la voie. Quand on trouvera, par exemple, un calice en deux pièces, et caduc, on pourra dire presqu’à coup sûr qu'on est en présence d’une papavéracée. Par contre, on pourra rencontrer
des calices à quatre et à cinq divisions dans une même famille, comme celle des scrofulariées, voire dans un même genre, comme Veronica. Le type numérique du calice est encore à retenir pour le cas où il est en désaccord permanent avec celui de l'ovaire. Il n’est pas rare, par exemple, de rencontrer la combinaison du calice à cinq divisions avec l'ovaire à deux loges, chez les solanées par exemple.
La corolle a l'inconvénient d’être fugace ; elle dure à peine quelques jours : quand c'est à elle qu’on s'adresse pour la détermination d’une plante, on reste au dépourvu pendant la plus grande partie de la saison. Mais elle est très apparente : c’est elle qui frappe tout de suite le regard et pour le simple curieux elle constitue toute la fleur. Pendant le temps où on peut l’observer elle offre des caractères d’une haute valeur.
La distinction fondamentale à faire entre les plantes d’après leur corolle est celle qui résulte de la connexion des pétales. La corolle est dialypétale ou monopétale, on dit aujourd’hui gamopétale.
Ce caractère en entraîne généralement plusieurs autres. La corolle gamopétale porte souvent les étamines qui, par conséquent, tombent avec elle. Quand la corolle est dialypétale, les étamines peuvent tomber en même temps que les pétales ou peu après, mais il arrive aussi qu'après la chute des pétales les étamines, au lieu de se détacher à leur tour, se dessèchent sur place, comme dans Spirée.
Quand la corolle est gamopétale, le nombre des étamines est toujours limité, en rapport simple ou double avec les divisions de la corolle, ou d’un chiffre moindre. Les étamines en grand nombre se trouvent toujours avec une corolle dialypétale.
La transition de la corolle au calice, des étamines aux pétales, est parfois graduelle. L'exemple de Nymphæa est classique : en effeuillant la fleur on constate tous les états intermédiaires. Ces transformations ne s’observent guère que chez les plantes dialypétales, celles qui se prêtent le mieux à la formation de fleurs doubles ou pleines, qu’il serait plus juste d'appeler vides puisqu'elles n’ont pas de graines.
La gamopétalie rassemble, dans les herbes à feuilles opposées, les labiées et les gentianées, les valérianées et les rubiacées ; dans les herbes à feuilles alternes, les composées, les solanées et les borraginées, les scrofulariées, daturacées et primulacées.
La dialypétalie rassemble, dans les herbes à feuilles opposées, les caryophyllées, géraniacées, hypéricées, cistacées ; dans les herbes à feuilles alternes, les renonculacées, papavéracées, malvacées, les ombellifères, puis les crucifères et les légumineuses.
Les principales irrégularités de la corolle sont la forme labiée, personée, papilionacée, éperonnée. Chacune correspond à peu près à une grande famille. La forme labiée, avec un fruit formé de quatre achaines, appartient à la famille des labiées ; la forme personée, qui s’en rapproche, mais qui accompagne une capsule à deux loges, est propre aux scrofulariées. La forme papilionacée accompagne le légume. Quant à la forme éperonnée, on la rencontre principalement dans la famille des renonculacées, et aussi chez les violacées et les balsaminées qui n'en sont pas très éloignées.
La corolle régulière est à quatre ou cinq divisions dans les dicotylédones ; à trois ou un multiple de trois dans les monocotylédones. La corolle à quatre pétales, quand elle accompagne des étamines tétradynames et une silique, caractérise la famille des crucifères. La corolle à cinq pétales ou à cinq divisions est la forme la plus fréquente des fleurs de dicotylédones. Elle ne suffit donc pas à caractériser une famille et les