LIX — PRÉFACE
distinctions qu’on a essayé d'établir entre les formes campanulée, infundibuliforme, rosacée, rotacée et autres sont trop imprécises pour servir de base à une détermination.
Le nombre des pétales ou des divisions de la corolle correspond au nombre des étamines dont il est l’égal ou le sous-multiple, rarement le multiple. En effet, le pétale est fait pour protéger l’étamine : le plus simple est qu'il y ait un pétale par étamine, mais deux pétales peuvent s'unir pour protéger une étamine, comme dans le lilas, ou un pétale peut suffire à la protection de deux étamines, comme dans les caryophyllées, même de plusieurs étamines, voire d’un grand nombre, comme dans le pavot.
Le premier fait à constater quand on observe les étamines est leur cohabitation avec le pistil. On a déjà vu que certaines plantes diclines ont une inflorescence double, l’une pour les fleurs mâles, l’autre pour les fleurs femelles ; mais il y a aussi des plantes diclines qui ont la même inflorescence pour les fleurs des deux sexes. Alors c’est seulement en ouvrant la fleur qu’on voit si elle est hermaphrodite ou unisexuelle. Ce caractère semble avoir de l'importance, car les conditions d’existence sont sensiblement différentes pour deux plantes dont l’une trouve en elle-même tout ce qu’il faut pour la reproduction, tandis que l’autre doit attendre, pour la perpétuation de l'espèce, le concours du vent, des insectes ou d’une circonstance quelconque propre à favoriser le transport du pollen de la fleur mâle sur le stigmate de la fleur femelle. En fait le caractère n’a pas la portée qu’on pourrait croire. Les plantes vraiment diclines ont l’inflorescence double ; celles qui sont diclines avec une seule inflorescence sont organisées comme des fleurs hermaphrodites, sauf que les étamines manquent dans les fleurs femelles et le pistil dans les fleurs mâles, par l'effet d’un avortement.
C’est le lieu d'insertion des étamines qui est le caractère principal à observer : elles sont insérées sur le thalamus, sur le calice, sur la corolle ou sur l’ovaire.
Les étamines fournissent d’autres caractères, en dehors de leur lieu d'insertion. Elles peuvent être soudées ou libres. Si elles sont soudées, ce peut être par les filets ou par les anthères ; dans ce dernier cas elles forment un tube à travers lequel passe le style. C’est un caractère commun à toutes les composées et qui les distingue d’autres plantes, comme les dipsacées, qui ont aussi l’inflorescence en capitule, mais les anthères libres.
Quand les étamines sont libres, elles peuvent être égales entr'elles ou inégales. Deux cas sont notables. Les crucifères ont six étamines, dont quatre plus grandes que les deux autres. Elles ont déjà été distinguées par leurs quatre pétales en croix ; elles le seront encore par leur fruit qui est une silique. C’est donc une famille nettement délimitée. 11 y a quatre étamines, dont deux plus grandes que les deux autres, chez les labiées et les scrofulariées. Il y a heureusement d’autres caractères pour reconnaître les plantes de ces familles ; car la différence de longueur des étamines est souvent difficile à voir.
Enfin quand les étamines sont libres et égales, elle peuvent être en nombre fixe, indéfini ou variable. Les étamines en nombre indéfini sont des multiples de quatre ou de cinq, comme les étamines au nombre de huit, de dix ou de vingt. Huit ou deux sont le multiple ou le sous-multiple de quatre, et six est le multiple de trois.
Il ne reste donc que trois chiffres : 3, 4 et 5. Le nombre 3 est presque exclusivement réservé aux monocotylédones ; les nombres 4 et 5 appartiennent aux dicotylédones. Il y a des cas où le nombre des étamines varie entre 4 et 5 ; on peut croire que le nombre normal est 4 et que c'est par une exception généralisée qu'il arrive souvent à 5. Il y a des cas où la fleur est certainement construite sur le type 4. Le lilas, par exemple, a quatre sépales, quatre pétales, deux étamines, deux loges à l'ovaire. L'épilobe a quatre sépales, quatre pétales, huit étamines, quatre stigmates.
Le nombre des étamines est généralement en concordance avec le nombre des loges de l’ovaire. Normalement une étamine semble nécessaire et suffisante pour une loge ovarienne. Mais la nature n’est pas avare de matière fécondante : elle en fournit toujours plus qu'il n’en faut parce qu’il doit nécessairement s’en perdre. Aussi est-il fréquent de rencontrer-deux, quatre et même un plus grand nombre d’étamines pour une seule loge, tandis qu’il est très rare que le nombre des étamines soit inférieur à celui des loges. Mais il arrive quelquefois que les deux chiffres ne concordent pas : dans les campanulées, par exemple, on trouve cinq étamines pour trois loges ; dans les composées cinq étamines pour deux stigmates aboutissant à un seul ovule,
Le pistil est la partie la plus interne et la plus précieuse de la plante : tous les autres organes ont pour objet de le protéger, de le féconder, de l'amener à maturité. On y distingue trois parties : l'ovaire, le style et le stigmate. L'ovaire est infère ou supère et les ovaires infères ont plus de tendance à varier que les ovaires supères : le nombre des loges, des styles, des graines y est moins constant. Les plantes qui ont l'ovaire infère semblent n'avoir pas pu ou n'avoir pas voulu faire sortir complètement leur fruit : la maturation s'opère sans que l'ovaire soit sorti du calice qui l'enveloppe. La formation du fruit y est plus lente, ce qui peut être considéré comme un signe de supériorité d'organisation ; la rapidité de la reproduction est généralement l’attribut des êtres les plus rudimentaires. Si l’on voulait pousser plus loin cette observation, on serait amené à penser que dans les ovaires supères eux-mêmes les carpelles soudés, notamment les baies, représentent un degré d'organisation plus élevé que les carpelles libres, indépendants les uns des autres.
Les divisions du style ou, si le style manque et s’il est unique, le nombre des stigmates indique souvent le nombre des loges, ou plutôt, ce qui est essentiel, le nombre des placentas, mais c'est un signe qui est parfois en défaut ; néanmoins il est intéressant comme vestige de la constitution de la fleur à une époque antérieure. Par exemple, la division du style dans la plupart des composées donne à penser qu'originairement le fruit des plantes de cette famille se composait de deux achaines, comme celui des ombellifères, dont elle est voisine à plusieurs égards. C’est par un avortement devenu constant que le fruit s’est trouvé réduit à un seul achaine.
Il semble qu'aucune plante, parmi les phanérogames, ne doit avoir normalement l'ovaire unique ; chez presque toutes on rencontre quelque rudiment d’organe attestant qu'à une époque antérieure de l'existence du genre il y avait au moins deux ovaires réunis pour former le pistil.
Chez les dicotylédones, le type normal paraît résulter de la réunion de deux ovaires, souvent subdivisés en quatre loges auxquelles s'en ajoute une cinquième par division de l’une des quatre premières. Il y a presque toujours quatre ou cinq pièces au calice et à la corolle et soit quatre ou cinq étamines, soit un multiple ou un sous-multiple