‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 22 sur 1213 · LXI — PRÉFACE · texte numérisé non relu

LXI — PRÉFACE

de quatre ou cinq étamines. Quelquefois les ovaires sont distincts ; plus souvent ils sont réunis en une capsule dont les cloisons peuvent manquer, mais alors il reste soit les quatre ou cinq styles, soit un seul style avec quatre ou cinq stigmates, D’autres fois, au contraire, les quatre ou cinq loges subsistent, mais il n’y a plus qu’un style et qu’un stigmate. Enfin il arrive, comme dans les primulacées, que l'ovaire est à une seule loge, avec un seul style et un seul stigmate, mais le type 5 se manifeste encore par la déhiscence du fruit en cinq valves.

Le type 4 est nettement indiqué dans les crucifères, dont le fruit comporte deux loges dans chacune desquelles les ovules sont rangés sur deux lignes, ce qui représente quatre placentas. Il devrait y avoir quatre ou huit étamines ; il n’y en a qui six, mais quatre sont plus grandes que les deux autres : l’irrégularité est le signe d’un avortement partiel.

Les papilionacées offrent le cas le plus remarquable d’un ovaire unique ne conservant aucune trace du type 5, auquel elles devraient cependant appartenir en raison du nombre des sépales, des pétales et des étamines. Il n’y a qu'un style, le stigmate n’est pas divisé ; la séparation de la gousse en deux valves rappellerait le type 4. Mais aussi la fleur est complètement irrégulière : le calice est souvent bilabié snles cinq pièces de la corolle affectent trois formes différentes.

On sait que les pièces florales sont disposées autour de l'axe, non pas en cercles, mais en spirales. Ce sont des verticilles imparfaits, mais la spirale est si serrée qu’on s’y trompe. Les loges de l'ovaire, qui sont elles-mêmes des feuilles transformées, doivent donc être aussi disposées en spirale autour de l’axe. En effet, l’ovaire n'offre pas une section exactement géométrique et le même sort n’échoit pas à toutes ses loges. Il y en a qui contiennent plus d’ovules que les autres ; quelques-unes même avortent complètement, et dans l’intérieur d’une loge tous les ovules ne réussissent pas également. C’est ainsi que chez le marronnier, sur six ovules que contient l’ovaire en trois loges, un seul arrive à son plein développement.

L’irrégularité de la spire peut expliquer pourquoi les dicotylédones, dont le type normal doit être 4, c'est-à-dire un multiple des deux cotylédones, ont souvent cinq loges à l’ovaire : le tour de spire n'étant pas rempli par les quatre loges quand la spire n’est pas serrée, la quatrième se dédouble pour remplir le vide.

Le type normal des monocotylédones résulte de la réunion de trois ovaires en une capsule de trois loges, qui peuvent se subdiviser, ou se contracter en une seule.

Le nombre des loges de l’ovaire est souvent variable dans un genre et même dans une espèce, surtout chez les arbres, dont toute la fleur est moins fixe que celle des herbes. En effet chaque fleur, vivant en partie aux dépens de l'arbre tout entier, a moins besoin d’avoir ses organes au complet ; le nombre des étamines s'accroît parce que leur action fécondante doit être dispersée, à raison de la diclinie, mais l'appareil femelle se contracte, l’ovaire n'utilise qu’une partie de ses loges et dans chaque loge le nombre des ovules tend à l’unité.

Cependant le nombre des loges de l'ovaire, surtout dans les herbes, est assez fixe pour offrir souvent un moyen de détermination quand on le rapproche du nombre des étamines ou des divisions du calice. Les combinaisons 2-4, 2-5, 3-5, 5-5 sont assez caractéristiques pour suppléer d’autres indications.

Le nombre des ovules, quand il dépasse 2, offre moins de certitude. Linné attachait

une grande importance au nombre des styles. Ce qui est essentiel, c’est le nombre des placentas, parce qu'il indique le nombre des unités qui se sont associées pour former la plante. Le nombre des styles ne fournit qu’une présomption : il peut y avoir plusieurs placentas avec un seul style.

La pluralité de chacun des organes dont sé compose une plante conduit à penser que chaque plante est le résultat de l'association de plusieurs éléments végétaux, qui trouvent leur avantage à vivre en commun plutôt qu’isolément. Une plante qui possède un ovaire à cinq loges et cinq étamines a plus de chances d’assurer sa reproduction que cinq plantes qui n'auraient chacune qu’un ovaire et une étamine : en effet, si une étamine vient à manquer, les quatre qui restent peuvent suffire à la fécondation des cinq loges de l'ovaire, et si une loge de l'ovaire avorte, les quatre autres mènent à bien leurs semences, tandis que dans l’autre cas l’insuccès de l’étamine ou de l'ovaire unique détruit toute chance de perpétuation.

Quel paraît être le nombre normal des unités dont se compose un groupement végétal ? |

On connaît une algue, Pediastrum granulatum, qui évolue d’une façon suggestive : dans une cellule il y a seize petits corps motiles groupés sans ordre apparent. Peu à peu ces corps s’assemblent dans un seul plan suivant une disposition régulière : l’un d’eux se fixe au centre, cinq se groupent autour de lui et les dix autres occupent la périphérie. Ils forment ainsi un être collectif qui vit un certain temps, finit par se dissocier, et chacune des seize cellules redevenues libres forme dans son sein seize nouveaux globules qui recommencent l’évolution.

Si les seize cellules, au lieu de se séparer pour vivre indépendantes, restaient associées dahs une vie commune, elles pourraient prendre un autre mode de développement qui assurerait à la collectivité une existence plus complexe et plus durable : les unes pousseraient des racines dans le sol pendant que les autres s'épanouiraient en feuilles dans l'air, les organes arriveraient à se différencier et, par adaptation aux conditions ambiantes, se consacreraient aux diverses fonctions physiologiques du végétal commun.

On peut rechercher dans la fleur les traces de cette division initiale en seize, considérée comme base de l’organisation végétale. Dans le type des dicotylédones, une cellule au centre, c’est l’axe ; cinq cellules autour de l'axe, ce sont les cinq placentas portant les graines. Quant aux dix cellules de la périphérie, elles se partagent en deux verticilles : le plus intérieur, alternant avec les carpelles, forme les cinq étamines, fournissant par dédoublement les étamines supplémentaires et les pétales ou lobes de la corolle qui ne sont que des étamines épanouies ; le verticille le plus extérieur donne les cinq sépales du calice. Dans le type des monocotylédones, le groupement se fait par 3 ou multiple de 3 : une cellule au centre formant axe ; trois cellules autour, ce sont les placentas de l'ovaire à trois loges, six autres formant les étamines et les six dernières le périanthe.

Ces deux groupements : 1 + 5 + 5 + 5 — 16 et 1 + 3 + 6 + 6 — 16 sont les plus simples. Mais il y a d'autres façons de grouper seize cellules. Il peut exister deux cellules au centre, formant un axe double avec quatre placentas, cinq étamines et cinq sépales : 2 + 4 + 5 + 5 = 16, les solanées par exemple, ou encore 2 + 4 + 6 + 4 — 16, les crucifères. Il peut aussi ne pas y avoir de cellule d’axe ;

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