‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 23 sur 1213 · LXII — PRÉFACE · texte numérisé non relu

LXII — PRÉFACE

on a alors quatre placentas, huit étamines, quatre sépales : 4 + 8 + 4 — 16, les œnothéracées. On pourrait ainsi ramener à 16 les éléments de construction de chaque type floral et la plupart des dérogations qu’on rencontrerait trouveraient leur explication dans une anomalie de la fleur, mais il ne faut pas pousser trop loin une simple vue de l’esprit.

Les divisions de l’ovaire se retrouvent quelquefois dans le fruit et y sont même rendues plus apparentes par la déhiscence. Mais souvent, par suite d’avortements partiels, il y a dans le fruit moins de loges que dans l’ovaire, et moins de graines que d’ovules. Quant aux styles et aux stigmates, c’est à peine si l’on en retrouve quelquefois la trace dans le fruit.

Dès le xvi° siècle, Césalpin avait vu l’importance du fruit considéré comme élément de classification et il avait signalé les principaux caractères à tirer de la disposition et du nombre des graines, ainsi que de la constitution de la graine elle-même. En effet la ressemblance des fruits est un signe plus certain d’analogie générale que la ressemblance des fleurs. La fleur n’est qu’un accident passager, tandis que le fruit est le dernier résultat de tout l'effort physiologique ; la culture modifie à l'infini la variété des fleurs et n’altère pas sensiblement l’organisation des fruits ; enfin la fleur n’est qu’un moyen, le fruit est un effet. Les êtres qui se ressemblent quand ils ont atteint leur plein développement sont plus semblables que ceux qui se ressemblent seulement au début de leur évolution.

Le type primitif du fruit paraît être le verticille de follicules, tel qu’il existe dans la plupart des plantes grasses, qui par leur système foliaire sont les plus rapprochées des thallophytes. Un follicule est une feuille pliée suivant la nervure médiane et dont les bords rapprochés se sont soudés par une suture qui porte les graines ; par la déhiscence les deux bords se séparent et la feuille reprend son aspect, les graines restant attachées à l’un ou à l’autre des bords. Les follicules sont réunis en plus ou moins grand nombre pour former le fruit ; ce n’est que par avortement que le fruit peut se trouver réduit à un seul follicule.

Le légume diffère du follicule en ce que la déhiscence s’y opère à la fois suivant la nervure médiane de la feuille carpellaire et la ligne de jonction des bords de la feuille. C’est à cette ligne de jonction qu'adhère le placenta, qui se divise longitudinalement lors de la déhiscence en deux valves, de sorte que chaque valve emporte la moitié des graines. Le légume appartient à la famille des papilionacées, dont le fruit se compose d’un seul légume.

Le légume n’a qu’un placenta ; la silique en a deux ou quatre. Elle est caractérisée par le cadre auquel sont attachées les graines. Dans ce cadre est tendue une cloison membraneuse qui sépare le fruit en deux loges. La cloison peut manquer, mais non le cadre formé par les placentas suturaux. La silique est propre aux crucifères et à quelques genres voisins.

Dans les fruits à follicules, chaque follicule est indépendant des autres. La capsule est composée de deux ou plusieurs follicules étroitement unis. Il y a deux ou plusieurs loges et la déhiscence s'opère de diverses façons : la capsule s'ouvre par des valves qui emportent les placentas avec elles ou les laissent au milieu ; les valves peuvent emporter les cloisons, soit en les dédoublant, soit en les laissant réunies, elles peuvent aussi les laisser en place, Les valves sont repliées en dedans et soudées par leurs

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côtés, ou bien elles ne sont pas repliées et sont soudées par leurs bords, de sorte qu’en s'ouvrant elles emportent les placentas sans rien laisser au milieu. La déhiscence se fait quelquefois par une section transversale qui détache, pour ainsi dire, le couvercle. Il y a enfin des capsules indéhiscentes ; la dissémination se fait alors par des pores qui ouvrent passage aux semences.

La baie est une capsule dont le péricarpe devient pulpeux ; ses loges, dont on peut constater l'existence dans l'ovaire, ne sont plus apparentes dans le fruit mûr. Entre la capsule et la baie il n’y a guère qu’une différence de maturation. Le grain de raisin est une baie : la citronille aussi.

Dans la drupe l’épicarpe est membraneux, le mésocarpe charnu et l'endocarpe ligneux ou cartilagineux. Quand l’endocarpe est ligneux, c’est un noyau, qui peut contenir une ou deux amandes. Le noyau est quelquefois à deux loges. Le drupe peut être à un ou plusieurs noyaux. Quand l’endocarpe est cartilagineux, le fruit est divisé en loges dispermes ou polyspermes. Ainsi la pomme est une drupe : il y a un péricarpe charnu autour d’un endocarpe pierreux qui forme comme un noyau autour des pépins. Seulement c'est une drupe à plusieurs loges. La noix est une drupe à un seul noyau, dont l’amande est à quatre lobes.

Quand le péricarpe tout entier est ligneux, le fruit est une coque. La grenade est un fruit spécial, dont les loges sont superposées, au lieu d’être verticillées.

Tous ces fruits peuvent être polyspermes ou monospermes.

L'achaine est un fruit monosperme, dont le péricarpe, sec, ne s'ouvre pas, mais n’est pas adhérent à la graine ; quand le péricarpe indéhiscent adhère à la graine, c'est un caryopse. L'achaine dont les bords sont prolongés en aile membraneuse est une samare.

En principe les fruits polyspermes sont déhiscents : c’est une nécessité de la dissémination. Les fruits monospermes n’ont pas besoin de la déhiscence : le péricarpe pourrit sur le fruit en lui continuant sa protection jusqu’au moment où la graine germe.

Quand il y a un grand nombre de carpelles dans la même fleur, ils tendent à se séparer ; ainsi les renonculacées, les potentillées ont pour fruit un capitule d’achaines, les elleborées, les spirées ont pour fruit un groupe de follicules indépendants les uns des autres, et les malvacées un verticille d’achaines. Au contraire, quand il n'y a que deux, trois, cinq carpelles, ils sont presque toujours soudés en capsule ou en baie dont ils forment les loges.

Les familles qu’on regarde comme les plus naturelles sont celles où tous les genres ont le même fruit : les crucifères ont toutes une silique, les ombellifères un diachaine, les composées un achaine, les papilionacées un légume, les amygdalacées une drupe, les labiées et les borraginées un tétrachaine, les caryophyllées une capsule s'ouvrant par des valves, les solanées une baie à deux loges, les primulacées une capsule qui s'ouvre par des valves en laissant les placentas isolés au milieu, les liliacées une capsule à trois loges, les graminées un caryopse.

Enfin la graine offre des caractères utiles pour la classification : elle est monocotylédone ou dicotylédone, albuminée ou exalbuminée. L'embryon y est orthotrope ou anatrope ; la position respective du hile et du micropyle et le développement de l’arille offrent autant de traits distinctifs. A vrai dire, la graine contient en germe tous

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