INTRODUCTION
1. — Tout ceequi existe a été créé ou engendré suivant les lois de la création ou formé par les organes ou par l'industrie des êtres vivants.
2. — Parmi les êtres créés les uns reçurent une existence inaltérable et permanente, comme les astres et les principes élémentaires ; les autres n’obtinrent qu'une existence passagère, avec la faculté de se reproduire ; ils se forment par l'union des principes élémentaires et se détruisent par leur séparation ; ils se multiplient par la génération.
3. — L'union et la séparation des principes, la formation et la destruction des êtres sont attribuées à un être fictif qui dirige les lois de la création. Cet être fictif est la nature, ainsi nommée, parce que les êtres lui doivent leur naissance.
4. — On se sert improprement du même terme pour exprimer plusieurs idées très différentes, comme l'assemblage de tous les êtres, l’ordre qui règne dans le système de l'univers, l'enchaînement des causes et des effets, les facultés des êtres vivants. Parlons plus exactement. i
5. — L'univers est l'ensemble des êtres. Le monde est l’ordre et l’arrangement de toutes les parties de l'univers. La nature est l’action des causes auxquelles les êtres doivent leur naissance. Dieu est l’auteur de l'univers et la source de tous les pouvoirs de la nature. Les hommes ont inventé les arts pour les besoins et les commodités de la vie.
6. — Les êtres se divisent en corps célestes et en corps terrestres.
7. — Les corps célestes sont le soleil et les étoiles, les planètes et leurs satellites, les comètes et généralement tous les corps lumineux qui se montrent sous la voûte céleste. L'astronomie a pour objet la connaissance des corps célestes.
8. — Les corps terrestres sont la terre et tout ce qu’elle renferme dans son sein, tout ce qui couvre sa surface. L'histoire naturelle a pour objet la connaissance des corps terrestres.
9. — La terre est cette partie de l’univers que nous habitons et autour de laquelle nous voyons tourner le soleil et les étoiles. L’astronome détermine sa figure et ses mouvements ; le géographe expose ses divisions et les différentes parties de son étendue ; le géologue examine sa structure et sa composition ; le naturaliste apprend à connaître ses productions.
10.— Il résulte des observations astronomiques et des voyages maritimes que la terre est ronde et aplatie aux pôles, ce qui lui a fait donner le nom de globe terrestre. Suivant Ptolémée et la plupart des astronomes de l'antiquité.
la terre est immobile au centre de l'univers; le soleil et les autres corps célestes font leurs différentes révolutions autour de la terre. Suivant Copernic et presque tous les astronomes modernes, le soleil occupe le centre de l'univers ; la terre fait un tour sur son axe en vingt-quatre heures et une révolution entière autour du soleil en 365 jours, 5 heures et 49 minutes. Ces mouvements règlent les jours et les années.
11. — On distingue sur le globe terrestre quatre points principaux appelés cardinaux, savoir : l’orient ou l’est, le couchant ou l'ouest, le septentrion ou le nord, le midi ou le sud. On suppose qu’une ligne droite traverse le globe terrestre du nord au sud: l'extrémité de cette ligne au nord#se nomme le pôle arctique ; l'extrémité du sud se nomme le pôle antarctique.
12. — La terre èst divisée en différentes parties par des cercles, dont les principaux sont l'équateur, le méridien, l'horizon, les deux tropiques et les deux cercles polaires. Les parties comprises entre ces différents cercles portent le nom de zones, qui sont au nombre de cinq, savoir : la zone torride entre les deux tropiques ; les deux zones tempérées entre le tropique et le cercle polaire de chaque côté, et les deux zones glaciales entre le cercle polaire et le pôle, l’une dans l'hémisphère septentrional et l'autre dans l'hémisphère méridional.
On nomme région ou climat une grande étendue de terre dans laquelle l'air est plus ou moins chaud ou plus ou moins froid, suivant sa latitude modifiée par sa plus ou moins grande élévation, par la position des chaînes de montagne au nord ou au sud, par des marais, par des lacs et par des rivières.
13. — On nomme latitude la distance d’un lieu à l'équateur. La distance d’un lieu au premier méridien se nomme longitude. Cette distance est estimée en degrés, conformément aux divisions du cercle en 360 parties égales appelées degrés.
14. — La structure de la terre ne peut être connue que par des observations faites à l'extérieur ou par l'examen des matières qui se trouvent dans l'intérieur ; mais comme il nous est impossible de pénétrer au-delà d’une très petite épaisseur, comparée au grand éloignement du centre, nous n'avons aucun moyen de savoir si l’intérieur de la terre est une masse de verre, un noyau magnétique, un globe de feu, un amas d’eau ou un espace creux et vide habité par des animaux. Ne nous arrêtons point à ces rêveries des auteurs systématiques, et dirigeons notre attention sur la surface de la terre et sur les couches extérieures qui peuvent être susceptibles d'observations (1).
1. — Il ne faut pas en effet s’attarder trop longtemps sur des hypothèses que les moyens actuellement à notre disposition ne permettent pas de vérifier. Le raisonnement par lequel on prétend établir que l’intérieur de la terre est une masse ignée ne repose pas sur une donnée suffisante. De ce que la température augmente d’un degré par 33 mètres quand on descend dans un puits, il ne suit pas nécessairement que cette progression continue à l'infini : cela peut être vrai pendant quelques kilo-
= re FE INTRODUCTION
15. — La surface de la terre nous offre des plaines et des montagnes, des vallons et des vallées, des gouffres et des volcans, des marais, des mers, des lacs et des rivières.
Une plaine est une grande étendue de terre sans aucune inclinaison sensible.
Une montagne est une masse considérable de terre ou de pierre très élevée au-dessus du terrain. Une suite de montagnes qui se touchent forme une chaîne plus ou moins étendue, comme la chaine des Pyrénées qui s'étend depuis Bayonne jusqu'à Perpignan.
On distingue les montagnes en primitives et secondaires. On nomme montagnes primitives celles dans lesquelles on ne trouve aucune trace de corps vivants et qui existaient avant le déluge. Les montagnes secondaires sont celles qui reposent immédiatement sur les montagnes primitives et qui furent formées par des dépôts pendant le séjour de la mer sur le continent.
Les principales preuves du séjour de la mer sur le continent sont : 10 l'histoire du déluge également attesté par les auteurs sacrés et par les auteurs profanes ; 2° des corps marins, comme des poissons, des coquillages et des coraux, trouvés à des distances très considérables de la mer, dans le sein de la terre et jusqu'au sommet des montagnes les plus élevées ; 3° la disposition des matières qui forment les montagnes par couches parallèles, horizontales ou plus ou moins inclinées.
On nomme vallée un espace compris entre deux montagnes. La chaîne des Pyrénées est coupée de distance en distance par des vallées, dont la direction est à peu près du nord au sud, sauf quelques exceptions. Les principales vallées des Basses-P yrénées sont celles d’Asson, d'Ossau, d’Aspe, de Baretous et de Baïgorry. f
Un gouffre est une excavation qui pénètre profondément dans les entrailles de la terre.
Un volcan est un gouffre, ordinairement situé dans les montagnes, qui vomit de temps en temps des tourbillons de flamme et de fumée avec des cendres et des torrents de matières liquéfiées. La bouche d’un volcan porte le nom de cratère. Il n'y a aucun volcan, ni aucun signe pouvant faire croire qu'il en ait jamais existé, dans les Pyrénées.
mètres et cesser de l’être au-delà. On n’en sait rien, puisque la profondeur à laquelle on peut descendre est une quantité négligeable au regard du rayon du globe terrestre. La question reste entière.
A défaut de données expérimentales on ne peut procéder que par induction et hypothèse qui semble le mieux concorder avec les autres faits connus est celle qui représente la terre comme une cellule vivante. L'écorce terrestre serait l'enveloppe; l'intérieur serait rempli par du protoplasme dont la température serait à peu près uniforme pour toute la. masse. Les êtres qui vivent à la surface sont des microbes, agents d’une fermentation nécessaire pour amener la maturité de la terre, et toute notre activité cérébrale peut être le moyen qu’emploie la nature pour produire la quantité de phosphate dont la cellule terrestre a besoin.
Un marais est une étendue de terre abreuvée d'une grande quantité d’eau qui n'a pas un écoulement facile.
La mer est une étendue considérable d'eau qui baigne plusieurs continents.
Un lac est une grande étendue d’eau qui ne tarit jamais et qui ne communique point immédiatement avec la mer.
Une rivière est une eau qui coule dans un lit ou dans un canal plus ou moins large et plus ou moins profond.
On nomme source l’origine d'une rivière ; embouchure, son entrée dans la mer ou dans un lac; confluent, l'endroit où deux rivières se joignent énsemble. Un fleuve est une rivière considérable qui porte ses eaux immédiatement dans la mer.
16. — Nous voyons tous les jours les terres et les pierres détachées de toutes les hauteurs, entraînées par les eaux dans les profondeurs ; nous voyons les embouchures de toutes les rivières encombrées par les débris du continent qui vont aboutir dans le vaste bassin des mers ; nous voyons en conséquence toutes les hauteurs s’abaisser, les plaines et le fond des mers s'élever avec une tendance au niveau qui amènera tôt ou tard une nouvelle irruption de la mer sur les terres et quelque révolution sur le globe terrestre (1).
17. — Les pierres plus ou moins arrondies qui se trouvent dans les lits et sur les bords des rivières sont des fragments détachés des montagnes et entraînés par les torrents ; leurs angles se sont émoussés en roulant ; ils sont connus sous le nom de cailloux roulés.
On trouve très fréquemment des cailloux roulés dispersés dans nos campagnes ou nichés dans la terre à des distances assez considérables du cours actuel des rivières. Ces caïlloux ont la même origine ; ils ont été transportés autrefois, ou par la rivière la plus voisine qui communique avec la chaîne actuelle des Pyrénées, ou par des rivières dont la source a été tarie par la destruction de quelque montagne, ou par la mer qui peut avoir déposé dans nos contrées les débris de quelques îles fracassées.
Les terres, les sables et les cailloux roulés, entraînés par les rivières, s’accumulent souvent de manière à former de petites montagnes ou des îles sur les bords ou au milieu du cours des rivières. Ces dépôts sont connus sous les noms d’alluvions ou d’atterrissements.
18. — Si nous pénétrons dans l'intérieur du globe terrestre, nous trouvons d'abord une première couche de terre propre à nourrir les végétaux, dont les racines y sont implantées et entrelacées. Nous voyons ensuite des masses
1. — La tendance au niveau est incontestable ; rien n'indique qu’elle doive amener une irruption violente de la mer sur les terres. Si les choses suivent leur cours normal, quand toutes les montagnes seront effritées et toutes les mers comblées, la terre sera uniformément recouverte d’une couche d'eau salée. Mais comme cet effet ne sé produira qu'à la longue, il est possible que l'homme se mette en garde contre ce nouveau déluge par des travaux de canalisation, de façon à conserver des bandes de terre ferme qu'il puisse habiter.