V.— DES FLEURS
227. — Les fleurs sont des parties temporaires, qui ne se montrent dans les végétaux qu’en certaines saisons, qui ne se développent qu’à certaines heures du jour ou de la nuit, qui se font remarquer et qu’on distingue de toutes les autres par la délicatesse de leur structure, par l'élégance des formes et par la beauté des couleurs. Elles précèdent constamment les fruits, dont elles préparent la formation par des actes analogues à la fécondation des animaux.
Les fleurs sont donc les organes de la génération des plantes. Elles font l’ornement et les délices des campagnes. Elles sont très recherchées pour la décoration des autels, des jardins, des salons, pour la parure des époux et des personnes du sexe. Elles sont l’unique objet de l’art des fleuristes et la principale matière de l’art des parfumeurs. Les fleurs, savamment arrangées dans un parterre, marquent les heures et les mois avec l'exactitude des horloges et des calendriers. C'est au célèbre Linné que nous devons cette découverte, comme la plupart des faits qui rendent la botanique si aimable et si intéressante.
Les fleurs sont composées de quatre parties, savoir : le calice, la corolle, les étamines et les pistils (1). Les fonctions, la structure et les modifications de ces différentes parties seront détaillées dans les quatre paragraphes suivants. Les fleurs seront considérées, eu égard à leur sexe, à la suite des modifications du pistil ; elles seront examinées dans leur ensemble à la fin du chapitre des fruits.
1. — C’est dans cet ordre qu’il faut les étudier puisqu'elles se présentent ainsi à l'observateur, de dehors en dedans. Mais il est à remarquer que la corolle et les étamines vont ensemble, tandis que le calice accompagne le plus souvent le pistil, Le calice est l'enveloppe du pistil ; la corolle est l’enveloppe des étamines. Aussi la corolle tombe-t-elle, soit avant les étamines quand elles sont müres, soit en même temps : il n’y aurait aucune utilité à ce qu’elle persistât après la chute des étamines, Le calice, au contraire, survit à la corolle et aux étamines ; il reste pour protéger le pistil avec lequel il fait même corps, dans un grand nombre de cas, pendant toute la durée du fruit. Ses divisions surmontent alors le fruit, ce qui fait dire que le calice est supère et que l’ovaire est infère,
1° Le Calice.
228. — Le calice est la base ou l'enveloppe extérieure d’une fleur. Cette partie est comme le lit nuptial dans lequel se consomme l'acte de la fécondation. On compte sept différentes espèces de calice qui sont : le périanthe, la collerette, le chaton, la spathe, la bâle, la coiffe et la volva ou bourse.
229. — Le périanthe est un calice contigu aux autres parties de la fleur (1).
230. — La collerette est un calice éloigné des autres parties de la fleur, comme dans les plantes ombellifères. On nomme involucre ou collerette universelle quelques folioles qui se trouvent à la base de l’ombelle universelle ; involucelle ou collerette partielle celles qu'on voit à la base des ombelles partielles. On peut observer ces caractères dans les fleurs de carotte. (V. les détails relatifs aux ombelles dans le n° 316.)
231. — Le chaton est un filet commun, garni d’écailles qui tiennent lieu de calice dans toute son étendue. Les saules, le chêne, le châtaignier et la plupart des arbres portent leurs fleurs en chaton (2).
232. — La spathe est un calice membraneux qui s'ouvre longitudinalement, comme dans les narcisses. La spathe est uniflore lorsqu'elle ne renferme qu'une fleur ; biflore lorsqu'elle contient deux fleurs; multiflore lorsqu’elle contient un plus grand nombre de fleurs.
233. — La bâle ou glume est le calice des plantes graminées, composé ordinairement de deux écailles opposées dont l’une embrasse l’autre ; elles portent le nom de valves. On nomme bâle calicinale celle qui se trouve à la base des fleurs ; bâle florale celle qui enveloppe immédiatement les étamines ou les pistils. On nomme bâle univalve, bivalve, trivalve, multivalve celle qui est composée d'une, deux, trois ou plusieurs écailles ; valve extérieure celle qui est placée extérieurement par rapport à l'axe de l'épi ; valve inté-
1. — Le mot périanthe se prend maintenant dans un autre sens : on appelle ainsi l'enveloppe florale quand elle est unique. On a espéré tourner ainsi la difficulté qu'il y avait à décider si l'enveloppe unique est un calice ou une corolle. La solution dé cette question serait peut-être d'appeler corolle l'enveloppe unique qui tombe avant ou avec les étamines et d'appeler calice l'enveloppe unique qui demeure après la chute des étamines.
2. — Pour considérer les écailles du chaton comme les pièces d'un calice, il faut admettre que toutes les fleurs mâles réunies sur un axe commun forment une seule fleur. Encore serait-il plus exact de les considérer comme une corolle puisque les écailles n’accompagnent que des étamines : ce sont des pétales disposés d’une façon particulière. Dans les plantes diclines, le calice et la corolle sont séparés : la corolle est dans les fleurs mâles ; le calice dans les fleurs femelles. Il y a quelques fleurs unisexuelles, comme le lychnis dioïque, qui ont un calice et une corolle aussi bien pour les étamines que pour le pistil. Mais, dans ce cas, il est évident que la diclimie résulte de l’avortement, soit du pistil, soit des étamines. On peut supposer qu'à la longue la corolle des fleurs femelles disparaîtra comme inutile, ainsi que le calice des fleurs mâles.
rieure celle qui est la plus voisine de l'axe de l'épi ou de la panicule. On nomme enfin ariste un filet particulier qui termine souvent les valves ou qui s’insère sur leur dos ou sur leur base. Lorsque l'ariste manque dans les fleurs, elles sont nommées mutiques ; lorsqu'elles en sont pourvues, on les nomme aristées.
234. — La coiffe est le calice particulier des plantes de la famille des mousses. Elle est placée, en forme de bonnet ou de coqueluchon, au sommet de leurs urnes.
234 bis. — La volva, ou la bourse, est le calice des champignons. C'est une membrane qui enveloppe certaines espèces à leur naissance et qui se déchire au sommet pour leur donner passage. "a
235. — On considère dans les calices leur nombre, leur composition, les divisions, le sommet et les bords, la figure, les proportions, l'époque et la durée. |
a) LE NOMBRE.
236. — Si l'on a égard au nombre des calices, on dit calice nul lorsqu'il n'existe pas dans une fleur, comme dans la tulipe ; calice unique lorsqu'il ne s'en trouve qu'un seul, comme dans la plupart des fleurs ; calice double lorsqu'il y en a deux, comme dans la mauve.
b) LA ComposirTion.
237. — Si l’on considère la composition du calice, on nomme commun celui qui soutient plusieurs fleurs ; propre celui qui n'appartient qu’à une seule fleur ; monophylle celui qui est fait d’une seule pièce ; diphylle, triphylle, tétraphylle, pentaphylle, hexaphylle, décaphylle, polyphylle celui qui est composé de deux, trois, quatre, cinq, six, dix ou plusieurs pièces séparées jusqu'au réceptacle ;: imbriqué celui dont les différentes pièces sont couchées en recouvrement les unes sur les autres, comme dans les épervières ; squarreux celui dont les écailles sont recourbées en dehors, comme dans la conyze ; caliculé celui où la base du calice principal est environnée d’un certain nombre d'’écailles plus courtes et beaucoup plus petites que les autres, comme dans la crépide ; multiflore celui qui est commun à plusieurs fleurs, comme dans la scabieuse.
c) Les Divisions.
238. — Si l'on considère les divisions d’un calice monophylle, on nomme entier un calice sans division, comme celui du génipa ; bifide celui qui est divisé en deux parties, trifide en trois, quadrifide en quatre, quinquefide en cinq, sexfide en six, octofide en huit, décemfide en dix, duodécemfide en douze, multifide en plusieurs divisions, pourvu que ces différentes divisions s'arrêtent vers le milieu du calice ; car lorsqu'elles s'étendent jusqu'à la base on dit bipartite, tripartite, quadripartite, quinquepartite, multipartite, c'est-à-dire partagé jusqu’à la base en deux, trois, quatre, cinq ou plusieurs
FLORE DES BASSES-PYRÉNÉES k — 4 —
divisions. Lorsqu'elles s'étendent jusqu'au-dessous du réceptacle, le calice est polyphylle ; mais au-dessous de cette partie le calice paraîtra toujours monophylle puisqu'il est formé par l'épanouissement de l'écorce du pédoncule. On nomme égal un calice dont toutes les pièces ou leurs divisions sont égales ; inégal celui où les unes sont plus longues ou plus grandes que les autres.
d) LE SOMMET.
239. — Si l’on considère le sommet d’un calice, on dit qu'il est aigu lorsqu'il se termine par un angle aigu ; obtus lorsqu'il se termine par un segment de cercle ; tronqué lorsqu'il se termine par une ligne transversale.
e) Les Borps.
240. — Les bords latéraux du calice sont entiers lorsqu'il n’y a aucune division ; serretés lorsqu'ils sont dentés en scie, comme dans le cerisier ; ciliés lorsqu'ils sont garnis d'une rangée de poils ou de filets parallèles.
f) La FIGURE.
241. — Si l'on considère la figure du calice, on le nomme globuleux lorsqu'il a la forme d'une boule, comme celui de la cucubale behen ; en massue lorsqu'il est plus gros vers le sommet que vers la base; ventru lorsqu'il est plus gros au milieu que vers les extrémités ; ovale lorsqu'il est plus gros vers la base que vers le sommet ; droit lorsque le sommet regarde le ciel; réfléchi lorsque les folioles ou ses divisions sont rabattues sur le pédoncule.
g) LES PROPORTIONS.
242. — Si l’on considère les proportions du calice, comparé avec la corolle, il peut être plus long que la corolle, comme dans la sagine ; égal à la corolle, lorsqu'il n’est ni plus long ni plus court, comme dans la céraiste vulgaire ; plus court que la corolle, comme dans la plupart des fleurs.
h) L'ÉPOQUE.
243. — Le calice n’a pas toujours la même forme à différentes époques ; ce qui fait distinguer : le calice de la fleur, qui contient les étamines et le germe avant la formation du fruit, et le calice du fruit, qui contient le fruit pendant la maturation.