VI. — DES FRUITS
284. — Le fruit est une partie qui succède à la fleur ; lorsqu'il est dans son état de perfection, il se détache de la plante et contient le principe d’une ou de plusieurs plantes semblables à celle qui l’a produit.
Le fruit est le dernier terme de la végétation annuelle et le premier terme d’une nouvelle vie. |
La nature se montre si libérale dans la production des fruits qu’on ne saurait méconnaître la double intention de veiller à la propagation des espèces parmi les végétaux et d'offrir une nourriture abondante à plusieurs genres d'animaux (1). Nous devons aux fruits nos farines, nos huiles, nos vins, nos aliments les plus sains et les plus conformes à la nature de l’homme, les remèdes les plus salutaires dans toutes les maladies qui dépendent de l’épaississement ou de l’âcreté de la bile. Les fléaux qui détruisent les fruits jettent la consternation dans une contrée. Nous avons vu des hommes assez fous pour accueillir les proclamations de la guerre avec des transports d’allégresse ; nous les avons toujours vus tristes pendant l'orage et les rugissements des tempêtes.
Je me trouvai, malgré moi, chef de la municipalité de Morlaàs à l’époque de la déclaration de guerre à l'Autriche (2). Il eut été bien dangereux de négliger cette proclamation, qui présageait tant de malheurs, et ma présence pouvant en imposer aux méchants, je ne pouvais pas me dispenser d'y paraître avec les marques de l’autorité. Aucun bon citoyen ne fut insulté "ni maltraité, mais nos énergumènes criaient de toutes leurs forces : « Vive la guerre! » O tempora ! O mores !
On distingue dans le fruit trois parties, savoir : le péricarpe, la semence et le réceptacle. Nous ferons connaître la structure et les modifications de ces différentes parties dans les trois paragraphes suivants : |
direct avec l’air et la lumière, On cite quelques observations de pistils convertis en androcées. La forme initiale, c’est l’ovule, et suivant le mode d'évolution il reste ovule ou devient étamine, puis pétale, sépale et même feuille. La production des fleurs doubles ou pleines ne serait que l’exagération de cette marche.
1. — Cette théorie des causes finales n’a plus beaucoup d’adeptes. Les animaux vivent parce qu'ils trouvent dans le règne végétal une nourriture suffisante ; mais que les végétaux aient été faits pour la nourriture des animaux, c’est une hypothèse qui paraît difficile à soutenir. On serait plutôt porté à croire que chaque être est fait pour lui-même et vit comme il peut.
2. — Il s'agit ici de la déclaration de guerre à l’empereur François Il, décrétée. par l'Assemblée législative le 20 Avril 1792.
19 LesPéhicarpe:
285. — Le péricarpe est une enveloppe dans laquelle les semences sont renfermées. Il est formé par l'ovaire grossi après la fécondation. On en compte dix espèces qui sont : la capsule, la silique, la gousse, le follicule, la drupe, la pomme, la baie, le cône, la noix ete gland (1).
286.— La capsule est un péricarpe composé d’un certain nombre de pièces appelées valves ou panneaux, qui s'ouvrent d’une manière déterminée pour laisser tomber les graines contenues dans une ou plusieurs loges séparées. Le péricarpe de l’œillet est une capsule.
287. — La silique est un péricarpe bivalve, ou à deux panneaux réunis par les bords, ordinairement séparés par une cloison, dans lequel les semences sont attachées, des deux côtés, au point de réunion des deux panneaux, appelé suture. Le péricarpe du chou:est une silique.
288. — La gousse ou légume est un péricarpe bivalve dans lequel les semences sont attachées sur l’un des deux bords seulement ; les battants de la gousse sont connus sous le nom de cosses. Les semences portent ici le nom de fèves. Le péricarpe du pois est une gousse. 4
289. — Le follicule est un péricarpe univalve, c'est-à-dire d’une seule pièce, qui s'ouvre longitudinalement d’un seul côté, lorsque les semences sont mûres. Le péricarpe de la pervenche est un follicule. La coque se distingue du follicule en ce qu’il y en a ordinairement deux ou trois ou plusieurs attachées autour d’un axe commun, dont elles se séparent en s’ouvrant avec élasticité, suivant leur longueur, du côté de l’axe du fruit.
290. — La drupe ou la prunette, ou le fruit à noyau, est un péricarpe composé d’une enveloppe charnue sans division, contenant une boîte osseuse qui renferme une semence huileuse connue sous le nom d'amande. Cette petite boîte, formée de deux pièces étroitement unies par les bords, porte le nom de noyau. La prune et la cerise sont des drupes.
291. — La pomme, ou le fruit à pépins, est un péricarpe composé d'une enveloppe charnue sans division, contenant des semences renfermées dans des capsules. Les semences de la pomme portent le nom de pépins. La poire et la citrouille sont des pommes.
292. — La baie est un péricarpe composé d’une pulpe succulente sans division, au milieu de laquelle sont nichées une ou plusieurs semences. Les grains de raisin sont des baies. Lorsque les semences ont une enveloppe osseuse d’une seule pièce et que l’amande y est attachée intérieurement par un petit cordon ombilical, la baie est nommée antre et les noyaux prennent le nom d'osselets. La nèfle en fournit un exemple.
1, — On remarquera que l’achaine ne figure pas dans cette énumération. L'auteur l’a considéré comme un fruit à péricarpe nul.
me OT — - COURS DE BOTANIQUE
293. — Le cône est un péricarpe composé d'écailles dures ou coriaces, couchées en recouvrement les unes sur les autres, attachées sur un axe commun, sous chacune desquelles les semences sont nichées. Les fruits du pin et du sapin sont des cônes.
294. — La noix est une semence couverte d'une enveloppe osseuse, comme dans le noisetier ; mais comme la noix du noyer est aussi recouverte d’une enveloppe extérieure un peu charnue, qu'on nomme brou, on peut la regarder comme une drupe, dont le noyau est composé de deux pièces qu'on nomme écailles et dont l’amande est divisée en quatre lobes sinueux séparés par une cloison qu’on nomme zest.
205. — Le gland est une semence couverte d’une enveloppe coriace dont la base est enchâssée dans un calice dur et concave qu’on nomme cupule. Telles sont les semences du chêne.
296. — On considère en général dans le fruit le nombre des péricarpes, les loges, les valves, les cloisons, la figure, l'ouverture et la situation.
a) LE NOMBRE.
297. — Le péricarpe est nul lorsque les semences sont dépourvues d'enveloppes, comme dans le thym. On le nomme unicapsulaire lorsque le fruit est formé par une seule capsule, comme dans la lychnide ; bicapsulaire lorsqu’il est formé par deux capsules, comme dans la pivoine; tricapsulaire, quadricapsulaire, quinquecapsulaire, multicapsulaire, suivant qu'il est formé par trois, quatre, cinq ou plusieurs capsules.
b) Les LocGes.
298. — On nomme loges les cavités intérieures d’un péricarpe. dans lesquelles les semences sont cachées. Le péricarpe est uniloculaire lorsqu'il ne renferme qu’une seule cavité, comme dans la primevère ; biloculaire lorsqu'il est divisé en deux loges, comme dans la jusquiame ; triloculaire lorsqu'il est divisé en trois loges, comme dans le lis; quadriloculaire lorsqu'il est divisé en quatre loges, comme dans le fusain ; quinqueloculaire lorsqu'il est divisé en cinq loges, comme dans la pyrole; multiloculaire lorsqu'il est divisé en plusieurs loges, comme dans le nénuphar. On compte souvent les semences contenues dans chaque loge : le péricarpe ou les loges sont monospermes lorsqu'on n'y trouve qu'une semence ; dispermes lorsqu'il y en a deux; trispermes lorsqu'on en compte trois; tétraspermes, pentaspermes, polyspermes suivant qu'il s’en trouve quatre, cinq ou plusieurs. Il faut observer qu’on ne trouve pas toujours dans un péricarpe ou dans ses différentes loges le nombre déterminé des semences, parce qu'il y en a souvent quelques-unes d’avortées.
c) LEs VALVES.
209. — Si l’on considère les valves, c’est-à-dire les différentes pièces qui forment l'enceinte d’un péricarpe, on nomme bivalve celui qui est formé de
deux pièces, comme dans la chélidoine ; trivalve celui qui est composé de trois pièces, comme dans la violette ; quadrivalve, quinquevalve, multivalve celui qui est composé de quatre, cinq ou plusieurs valves.
d) Les CLoisoxs.
300. — Si l'on a égard aux cloisons, c'est-à-dire aux membranes plus ou moins épaisses qui divisent le fruit en loges séparées, on dit que les cloisons sont parallèles lorsqu'elles sont placées dans le même sens que les valves : opposées ou transversales lorsqu'elles sont placées dans un sens contraire aux valves. La cloison est parallèle aux valves dans le chou ; elle est opposée aux valves dans le tabouret. Les cloisons sont quelquefois formées par les rebords rentrants des valves.
e) LA FIGURE.
301. — Si l'on considère la figure du péricarpe, on le nomme turbiné lorsqu'il a la forme d'une toupie ou d'une poire renversée ; globuleux lorsqu’il est arrondi comme une boule; ovale lorsqu'il a la forme d’un œuf; cylindrique, anguleux, triquètre où à trois faces ; trigone, tétragone, pentagone, c'est-à-dire à trois, quatre ou cinq angles ; membraneux lorsque les enveloppes sont minces et souples : enflé lorsque l’air y occupe plus d'espace que les semences, comme dans le baguenaudier; articulé, noueux ou toruleux lorsqu'il est interrompu par des étranglements et par des renflements, comme dans le radis.
f) L'OUVERTURE.
302. — Le péricarpe est quelquefois entier et indivisible, comme dans le noisetier ; quelquefois il s'ouvre au sommet par des trous, comme dans le pavot, ou en plusieurs dents, comme dans l’œillet. On compte dans ce dernier cas le nombre des dents : il y en a quatre dans l’œillet, cinq dans la morgeline, six dans la sabline, dix dans le ceraiste, etc. Quelquefois il s'ouvre par le côté, comme dans la surelle; quelquefois par la base, comme dans le troscart ; quelquefois avec élasticité en lançant avec force les semences, comme dans la balsamine ; quelquefois enfin le péricarpe s'ouvre horizontalement au milieu, comme un porte-savonnette : le mouron en fournit un exemple.
- g) LA SITUATION.
303. — Si l'on considère la situation d'un péricarpe, on le nomme supérieur lorsqu'il est placé au-dessus du réceptacle ; inférieur lorsqu'il est placé tout à fait au-dessous; moyen ou semi-inférieur lorsqu'une moitié s'élève au-dessus et que l’autre moitié descend au-dessous du réceptacle.
20 La Semence.
__ 304. —. La semence, ou la graine, contient le rudiment d’une nouvelle plante. On regarde les semences comme les œufs des végétaux ; pour germer et pour devenir des plantes semblables à celles qui les ont produites, elles n'ont besoin que d’être reçues dans le sein de la terre ou des corps terrestres avec. des circonstances favorables à leur germination. On y distingue difiérentes parties dont les unes sont placées intérieurement et les autres extérieurement. Les parties intérieures sont la plantule, les cotylédons et le périsperme ; les parties extérieures sont la cicatrice, les enveloppes, l'aigrette et les ailes.
305. — La plantule, ou l'embryon, est le rudiment de la nouvelle plante. Cette partie est située à la base ou au sommet d’une semence. On peut l'observer facilement entre les deux lobes d’une fève, après l'avoir tenue dans l’eau chaude pendant quelque temps. On y distingue: 1° la radicule, ou la partie simple, qui descend dans la terre et s’y attache en formant la racine ; 2° la plumule, qui s'élève au-dessus du terrain et qui produit les feuilles séminales.
306. — Les cotylédons, ou les lobes, sont des corps spongieux, ordinairement au nombre de deux, entre lesquels la plantule est nichée. Ils sont appliqués l’un sur l’autre et réunis en un point commun. On nomme acotylédones les plantes dont les semences n’ont point de cotylédons, comme les cryptogames ; monocotylédones celles dont les semences n'ont qu'un seul cotylédon, comme les graminées ; dicotylédones celles dont les semences ont deux cotylédons, comme dans le plus grand nombre. Cette différence dans le nombre des cotylédons coupe le règne végétal en trois grandes divisions, sur lesquelles Jussieu a fondé sa méthode.
307. — Le périsperme est cette partie d’une semence qui enveloppe immédiatement la plantule, sans adhérence, et qui ressemble ordinairement au blanc de l'œuf par sa couleur et par sa consistance. Le périsperme est farineux dans les graminées, corné dans le café, ligneux dans les ombellifères. Il ne faut pas confondre le périsperme avec un autre corps placé entre cette substance et l'embryon. Ce petit corps est adhérent à la plantule: Gaertner l’a comparé au jaune de l’œuf, ce qui lui a fait donner le nom de vitellus. L 23!
308..— La cicatrice, ou l’ombilic, est une petite ouverture extérieure accompagnée d’une petite callosité qui indique l'endroit par lequel la semence était attachée au placenta. Ce ai
309. — Les semences sont enveloppées d’un certain nombre de membranes, qui se rompent et s’en séparent pendant la germination. On distingue ces membranes en enveloppes propres et enveloppes accessoires. Chaque semence est ordinairement pourvue de deux enveloppes propres : une intérieure, immédiatement appliquée sur la semence, l’autre extérieure, testacée,
coriace ou charnue, dont la couleur est plus foncée que celle de la semence. Dans un grand nombre de plantes, ces tuniques sont encore enveloppées d’une robe accessoire qui les couvre en partie et qui peut être séparée avec facilité. C’est cette enveloppe accessoire qui porte le nom d’arille.
310. — L’'aigrette est une espèce de plumet ou de panache qui couronne certaines semences, comme celles du pissenlit. On la nomme capillaire, simple ou pileuse, lorsqu'elle est formée par des poils simples, comme dans
la laitue ; plumeuse lorsqu'elle est formée par des poils garnis d’autres poils
sur les côtés, en barbes de plume, comme dans la scorsonère; paléacée lorsqu'elle est formée par des paillettes, comme dans le bident ; sessile lorsque les poils sont immédiatement insérés au sommet de la semence, comme dans l’épervière piloselle ; stipitée ou pédiculée lorsque les poils sont insérés au sommet d’une petite tige en forme de pédoncule, comme dans le pissenlit ; aristée lorsqu'elle est formée par des filets raides, comme dans la tagète ; marginée lorsqu'elle est formée par une petite bordure membraneuse, comme dans le buphthalme; nulle lorsque les semences n'ont point d’aigrette, comme dans la lampsane.
311. — Les ailes sont des membranes latérales dont certaines semences sont pourvues, comme dans le bouleau. Les ailes et les aigrettes facilitent la dissémination des graines.
312. — Les semences diffèrent entre elles par le nombre, par la figure, par la substance, par la grandeur et par leurs accessoires. Si l’on considère le nombre, on compte celles qui sont contenues dans le fruit ou portées sur le réceptacle. Si l’on a égard à la figure, elles sont réniformes, cordiformes, ovales, globuleuses, striées en long ou en travers, etc. Les semences, considérées dans leur substance, sont osseuses, comme dans la noisette; cartilagineuses comme dans le housset (1); farineuses, comme dans le froment. Considérées dans leur grandeur, elles sont grandes ou petites. Considérées dans leurs accessoires, elles sont couronnées ou aigrettées, lorsqu'elles sont surmontées par une couronne ou une aigrette; ailées lorsqu'elles ont des ailes; échinées lorsqu'elles sont garnies de pointes ; nues lorsqu'elles ne sont point renfermées dans un péricarpe.
3° Le Réceptacle (2).
313. — Le réceptacle est la base à laquelle sont attachées les parties de la fructification ; on le divise en réceptacle propre et réceptacle commun.