IX. — DES COULEURS
344. — Les couleurs ne sont pas moins sujettes aux variations, suivant les différentes modifications de la lumière, les différentes espèces de gaz ou de vapeurs aqueuses, acides, ammoniacales, répandues dans l'atmosphère. (On peut causer une agréable surprise en faisant brûler du soufre sous le
1. — C’est l'effet inverse qui se produit actuellement : les anciennes mesures ne nous sont plus familières. On trouvera à la fin du volume, en cas de besoin, le rapport des anciennes mesures avec le système métrique.
vent qui emporte la vapeur vers les fleurs d’un parterre. Le gaz acide sulfureux détruit complètement toutes les couleurs et les change en blanc pâle.)
Linné a montré une très grande répugnance à se servir des caractères qui dérivent de la couleur ; mais il faut convenir qu'il a porté beaucoup trop loin cette réserve et que dans un très grand nombre de plantes les couleurs sont assez constantes pour mériter d'être citées ; il yen a même un grand nombre, comme les champignons, dont il serait impossible de distinguer les nombreuses espèces sans employer les caractères établis sur la différence des couleurs.
345. — Il manque à la botanique un tableau de la coloration, tel que le professeur Werner l’a introduit dans la minéralogie. (Principes de Minéralogie d’après les leçons du professeur Werner, p. 4 et suiv.) Il serait facile de l'appliquer à la botanique, en l’associant aux caractères usités dans cette science, à peu près de la manière suivante :
346. — Le blanc aurait sous lui le blanc de neige, le blanc de lait, le blanc d'argent, le blanc d’étain. On nomme blanchâtre une partie qui n’est pas tout à fait blanche ; on dit qu’elle est d’un blanc sale, rougeätre, jaunâtre ou verdâtre lorsque la couleur blanche qui en forme le fond est obscure ou légèrement teinte en rouge, en jaune ou en vert. La couleur blanche indique une saveur douce. |
347. — Le gris offre plusieurs nuances dont les principales sont le gris de plomb, le gris bleuâtre, le gris de perle, le gris de fumée, le gris de cendre, le gris d’acier, le gris jaunâtre.
348. — Le noir, couleur ordinaire des racines, souvent des semences, très rarement du péricarpe et de la corolle, s'offre sous les modifications suivantes : noir grisâtre, noir brunâtre, noir parfait, noir bleuâtre, noir pourpré. La couleur noire annonce une saveur ingrate et souvent même des qualités vénéneuses.
349. — Le bleu, couleur qui se montre assez souvent dans la corolle, comprend le bleu d’indigo, le bleu de Prusse, le bleu d'azur, le bleu violet, le bleu de ciel.
350. — Le vert, couleur propre des feuilles, des jeunes rameaux, du calice, et très rare dans la corolle, se distingue en vert-de-gris, vert céladon, vert de montagne, vert de poireau, vert de pomme, vert de pré, vert d'olive, vert foncé ou noirâtre, vert glauque ou vert de mer. Cette dernière couleur s'offre souvent dans les feuilles des végétaux ; c’est un vert blanchâtre, avec une teinte bleuâtre très légère ; les feuilles de l’œillet des fleuristes sont d'un vert glauque. La couleur verte est un signe de crudité. |
351. — Le jaune, couleur ordinaire des anthères et des corolles des fleurs d'automne et des semi-flosculeuses, se distingue en jaune de soufre, jaune de safran, jaune de paille, jaune de citron, jaune d'or, jaune d’ochre, jaune orangé. La couleur jaune indique une saveur amère.
352. — Le rouge, couleur ordinaire des fleurs d'été et des fruits acides, comprend plusieurs nuances dont les principales sont le rouge aurore, le
rouge de brique, le rouge écarlate, le rouge de sang, le rouge cramoisi, le rouge de chair, le rouge rose, le rouge cerise, le rouge brunâtre, le rouge ponceau. La couleur rouge annonce une saveur acide.
353. — Le violet ne se trouve pas ordinairement pur, mais il est très souvent mêlé avec le rouge et il en résulte une couleur mixte connue sous le nom de pourpre, qu'on nomme purpurine lorsque la nuance est légère et pourpre noirâtre lorsqu'elle est très foncée.
‘354. — On nomme foncée une couleur obscure qui semble superbe dans le noir ; claire ou vive une couleur bien distincte et qui frappe la vue avec force ; pâle ou triste une couleur obscure, sans force et sans éclat. 3
355. — Si l’on considère le nombre et le dessin des couleurs, on dit que différentes parties des végétaux sont bigarrées lorsqu'elles offrent un mélange des diverses couleurs ; maculées ou tachées lorsque, sur un fond de quelque couleur que ce soit, il y a des taches de différentes couleurs ; tachetées lorsque les taches sont petites et très nombreuses ; pointillées lorsqu'elles ressemblent à des points ; rubanées lorsque les différentes couleurs sont disposées par petites bandes ou raies parallèles ; veinées lorsque les couleurs forment des lignes ramifiées ; striées en couleur lorsque les lignes sont à peu près parallèles.