‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 61 sur 1213 · I. — DES ACTES DE LA VÉGÉTATION · texte numérisé non relu

I. — DES ACTES DE LA VÉGÉTATION

363. — La végétation, observée dans ses périodes annuelles, offre plusieurs actes successifs, dont les principaux sont la germination, la feuillaison, la floraison, la fécondation, la maturation et la dissémination.

364. — La germination est le premier développement de la plantule dans la semence. Le principe vital y résidait en repos ; la chaleur et l'humidité lui donnent le mouvement. L'eau, réduite en vapeur par le calorique, pénètre les cotylédons, qui se gonflent et qui fournissent la première nourriture à la plantule, comme le blanc et le jaune d’un œuf la fournissent au fœtus pendant l’incubation. L'enveloppe de la semence crève ; la radicule descend dans la terre, s'y attache et commence à en extraire sa nourriture : alors la plumule s'élève, les feuilles radicales se développent et portent dans leur aisselle les rudiments de la nouvelle plante.

365. — Bientôt après, la tige monte et s'étend ; les feuilles se développent et précèdent ordinairement (1) les fleurs. Dans les plantes vivaces, les feuilles se renouvellent chaque année à des époques fixes : c'est ce qu’on nomme frondescence. Dans les arbres et dans les arbrisseaux gemmifères le renou-

1. — Je me suis souvent demandé s’il y a des exceptions à cette règle. Il est vrai que chez certaines plantes on voit paraître les fleurs avant les feuilles, par exemple chez l'arbre de Judée et chez le crocus. Mais toutes les plantes sur lesquelles j’ai eu occasion de constater le fait sont des arbres ou des bulbes. Sont-ce les feuilles qui sont en retard en ne paraissant qu'après les fleurs, ou bien sont-ce les fleurs qui ne paraissent qu’au printemps quand elles auraient dû paraître à l’automne précédent ? L'hiver est survenu avant qu’elles soient sorties et elles ont attendu le retour de la belle saison pour se montrer, L'arbre dont les fleurs semblent précéder les feuilles ne fleurit pas la première année de son existence; il a donc toujours eu des feuilles avant d’avoir des fleurs. Chaque année il a au printemps des feuilles qui sont la production normale de l’année et auxquelles correspondront les fleurs de l’année suivante, et il a des fleurs qui correspondent aux feuilles de l’année précédente. Quant aux bulbes, on sait qu’elles contiennent les rudiments, non seulement de la fleur qui va éclore, mais des fleurs qui se succèderont les deux ou trois années suivantes. Il est donc admissible que les fleurs de crocus qu’on voit paraître à l’automne soient en retard sur les feuilles du printemps précédent au lieu d’être en avance sur les feuilles du printemps suivant. Je ne connais pas d'exemple de plante annuelle qui montre ses fleurs avant ses feuilles.

vellement s'opère par l'ouverture des boutons, dans lesquels les feuilles sont diversement pliées ou roulées. Linné donne à cette disposition des feuilles dans leurs boutons le nom de foliation, dont il distingue plusieurs espèces. Il nomme :

366. — Involutées les feuilles dont les bords latéraux sont roulés en dedans, comme dans le poirier.

367. — Révolutées celles dont les bords latéraux sont roulés en dehors, comme dans le romarin.

368. — Obvolutées celles dont les bords sont compris alternement entre les bords de la feuille opposée, comme dans l’œillet.

369. — Convolutées celles où l’un des bords d'une feuille, tournée en cornet, embrasse le bord de l’autre côté de la même feuille, comme dans les graminées.

370. — Imbriquées celles qui se recouvrent parallèlement, de manière que

les deux bords d’une feuille aboutissent aux deux bords de la feuille opposée, comme dans le laurier.

371. — Chevauchantes celles dont les deux bords sont pliés parallèlement, de manière que les feuilles intérieures sont embrassées par les extérieures, comme dans l'iris.

372. — Condupliquées, ou pliées en deux, celles dont les deux bords latéraux sont pliés l’un sur l’autre parallèlement, comme dans le cerisier. 373. — Plissées celles qui sont pliées plusieurs fois longitudinalement sur

elles-mêmes, comme dans la vigne.

374. — Réclinées celles qui sont repliées en bas vers le pétiole, comme dans l’anémone.

375. — Circinales ou roulées en crosse celles qui sont roulées comme les cheveux sous les papillottes, de manière que le sommet de la feuille occupe le centre de la spirale, comme dans les fougères. Pour observer ces différentes dispositions des feuilles, il faut les examiner à la sortie de leurs boutons.

376. — La floraison est l'époque ou le moment auxquels les enveloppes des fleurs s'ouvrent en s'épanouissant et laissent à découvert les étamines et les pistils. C’est alors qu’un botaniste peut savoir promptement, dans les quatre parties du monde, si une plante qu'il voit pour la première fois est connue ou ne l’est pas ; connaître son nom dans le premier cas ; lui en donner un dans le second et porter un jugement sur ses propriétés alimentaires et médicinales, ses qualités utiles ou nuisibles, par ses rapports avec les plantes connues.

377. — Les époques de la floraison sont différentes suivant les différentes espèces. Quoique la température puisse avancer ou retarder la floraison jusqu'à un certain point, elle ne s'éloigne jamais beaucoup des époques que la nature a fixées pour chaque espèce. Il yen a un plus ou moins grand nombre pour chaque mois et pour toutes les heures du jour. C’est ce qui donna à Linné l'idée d’un calendrier et d'une horloge de Flore, qui ne sont autre chose que deux parterres divisés en douze compartiments. Les plantes sont distribuées

— 79 — | COURS DE BOTANIQUE dans le premier suivant les époques de leur floraison, mois par mois ; elles sont groupées dans le second, suivant l'instant de l'épanouissement des fleurs, heure par heure.

378. — L'époque de la floraison est la plus convenable pour cueillir les* plantes médicinales à l'exception des racines, qu'on doit cueillir avant la sortie de la tige. Elle indique aux cultivateurs le moment favorable pour les travaux de la culture. Les fleuristes sont ordinairement très instruits dans cette partie et les fleurs se succèdent dans leurs parterres sans interruption pendant toute l’année. |

379. — La fécondation est la vivification du germe par la poussière fécondante. Cet acte s'exécute par la rupture élastique des anthères, par la chute de la poussière fécondante sur les stigmates et son introduction dans le germe par le moyen du style.

380. — L’analogie de la fécondation des plantes avec l'acte de la génération des animaux, l'existence des deux sexes dans les végétaux, leur concours pour l’acte de la fécondation et la nécessité de cet acte important pour la reproduction des espèces sont prouvés par les phénomènes les plus curieux et par les expériences les plus satisfaisantes.

381. — On voit dans l’épine-vinette les étamines s'approcher successivement du pistil et s'en éloigner dans le même ordre après avoir répandu leur poussière fécondante. Lorsque le pistil est plus long que les étamines, il est ordinairement recourbé pour s'adapter à la situation des anthères ; la fleur est même alors plus ou moins penchée afin que la poussière fécondante puisse tomber sur le stigmate. Dans les plantes monoïques ou dioïques les fleurs précèdent ordinairement les feuilles, afin que ces dernières ne soient pas un

obstacle à la fécondation. On peut voir dans un très grand détail les phénomènes de l'irritabilité des organes sexuels en consultant un mémoire du citoyen Desfontaines inséré dans le Dictionnaire de Botanique de la Nouvelle Encyclopédie.

382. — Si quelque accident, des insectes, des gelées, des pluies détruisent les étamines ou les pistils, s'ils empêchent l’effusion de la poussière fécondante ou sa réception sur les stigmates, le germe ne se change point en fruit. La perte de nos récoltes par les gelées et par les pluies du printemps, si fréquentes dans nos climats, n’atteste que trop la nécessité de la fécondation.

383. — Si l’on coupe adroitement les étamines d’une tulipe isolée, avant la rupture des anthères, la plante demeurera stérile. 384. — Si l’on fait tomber sur le pistil d’une fleur la poussière fécondante

des étamines d’une plante congénère, on obtiendra des individus qui tiendront de l’une et de l’autre et qui seront de véritables mulets. Ces plantes bâtardes ont la propriété de se reproduire et sont connues sous le nom de plantes hybrides. L'abâtardissement des blés, des légumes, des fleurs, si connu des cultivateurs, des jardiniers et des fleuristes, est dû en grande partie au mélange des poussières fécondantes des plantes indigènes.

385. — On est généralement persuadé que les graines des choux-fleurs

récoltées dans nos jardins ne produisent que des choux communs ; ce qui paraît très vraisemblable, parce qu'on les laisse croître au milieu de toutes les variétés du chou potager, dont la culture est si générale. Mais si l’on ‘avait le soin d'isoler les pieds choisis pour monter en graine et de les placer à l'abri des vents qui peuvent y porter les poussières fécondantes des autres choux, nous ne doutons pas qu'on en obtiendrait des graines aussi bien conditionnées que celles qu'on fait venir à grand prix de Paris, où le climat est peut-être moins favorable que le nôtre à la culture de cette variété (1).

386. — La caprification du figuier, dont Pline connaissait les détails sans en connaître le secret (Hist. nat., lib. XV, cap. 19) et dont la pratique existe encore dans les iles de l'archipel, n'est autre chose que le transport de la poussière fécondante du figuier mâle ou sauvage sur les pistils du figuier femelle, placé quelquefois à des distances très considérables. Ce transport s'effectue naturellement par une espèce de mouche qui fréquente les arbres fruitiers (Musca grossificationis. Syst. nat., éd, XIII, p. 2855), qui vole du figuier mâle au figuier femelle, chargée de la poussière fécondante des étamines, et qu'on transporte sur les figuiers domestiques pour en faire grossir les fruits par une fécondation artificielle.

387. — La maturation est le perfectionnement du fruit, depuis l'instant de la fécondation jusqu’à sa chute spontanée. Immédiatement après la fécondation, l'ovaire commence à grossir ; on dit alors que le fruit est noué. Lorsque la végétation est arrivée au dernier terme de sa période annuelle, il se détache de la plante-mère : on dit alors qu'il est mûr. Entre ces deux termes il y a un intervalle plus ou moins long, suivant les différentes espèces, pendant lequel le fruit éprouve des changements successifs dans les formes, dans les couleurs, dans les saveurs et dans la consistance.

388. — Il faut bien se garder de confondre la maturation des fruits avec

leur altération ou, si l'on veut, leur amélioration dans les cabinets et dans les fruiteries. La maturation est un acte de la végétation, qui ne peut s'exercer ni sur un fruit séparé de la plante, ni dans une plante privée de la vie ou de l'intégrité de ses organes essentiels. La perfection des semences est le résultat et le dernier terme de cet acte important. La chute du fruit est le signe ordinaire de la maturité ; mais le fruit n’est pas toujours propre à être mangé dans cet état, et les semences renfermées dans un péricarpe ne peuvent en

1. — Il est possible que la nature du sol y soit aussi pour quelque chose. On remarquera d’ailleurs que les graines envoyées de Paris ou d’autres centres de production ont généralement été obtenues à grand renfort d’amendement et d'engrais ; il leur faudrait un sol aussi favorable pour conserver leurs qualités. Quand elles sont semées dans un sol de qualité moyenne et à peu près abandonnées à elles-mêmes ou imparfaitement fumées, elles ne tardent pas à dégénérer. Les plantes ne sont d’ailleurs pas seules à éprouver cet effet : on a beau faire saillir une vache du pays par un taureau Durham, dès la seconde ou troisième génération, le type local a repris le dessus.

sortir que par l'ouverture ou par la destruction des enveloppes. C'est alors que les causes physiques tendent à opérer ces changements. Certains fruits se colorent agréablement; se ramollissent et offrent une nourriture délicate et saine dans les premiers degrés d’altération. Quelques autres, comme les nèfles, ne sont manducables que dans un état de pourriture avancée ; mais la fermentation, qui paraît l'agent naturel de cette décomposition, n’a lieu que dans les fruits qui sont parvenus au dernier point de maturité : ceux qui tombent ou qui sont cueillis avant cette époque se flétrissent et conservent leur crudité.

389. — La dissémination est la dispersion des plantes autour de la plantemère, et souvent à des distances très considérables. Les unes volent dans les airs, à la faveur de leurs ailes ou de leurs aigrettes ; les autres reçoivent une impulsion par l'ouverture élastique de leurs capsules ; les autres s’attachent, par leurs pointes crochues, sur le poil ou sur la laine des animaux, qui s’en débarrassent ensuite par des secousses ; les autres sont entrainées par les torrents et déposées sur les rivages ; les oiseaux avalent des baies entières dont ils digèrent la pulpe, et ils vont déposer les semences mêlées avec leurs excréments sur les arbres, sur les murs et sur les montagnes. C’est ainsi que la terre se couvre de la multitude innombrable des semences que chaque espèce produit annuellement. (La fertilité de certaines plantes est prodigieuse : une seule tige de maïs produit jusqu’à 2.000 semences ; un pied d’hélianthe jusqu’à 4.000 ; un pied de pavot jusqu'à 32.000 ; un pied de tabac jusqu'à 40.000.) C’est ainsi que la nature travaille à la propagation et à la multiplication des espèces.

390. — Et cependant la génération des plantes par les semences n'est pas l'unique moyen de reproduction naturelle ni de multiplication artificielle. La plupart des plantes portent dans leurs racines, dans leurs tiges, quelquesunes même dans leurs feuilles, une multitude de germes propres à jeter des racines et à devenir autant de nouvelles plantes. Nous avons déjà parlé des tubercules et des caïeux ; les racines poussent encore souvent autour de la tige principale des jets nombreux, nommés vives-racines ou plantes enracinées, qui n'ont besoin que d’être transplantés pour devenir bientôt des plantes fécondes et vigoureuses. Il y a dans un grand nombre de plantes, comme dans le fraisier, des tiges particulières, différentes des véritables tiges et qui sont uniquement destinées à multiplier les plantes en rampant sur la surface des terrains et en jetant des racines de distance en distance. Les tiges dont nous venons de parler sont connues sous le nom de drageons ou rejets traçants. Les jets provenant des tiges couchées ont donné la première idée des marcottes et des boutures, comme l'union de deux branches qui se touchent dans les forêts a vraisemblablement donné la première idée de la greffe. |

391. — Les marcottes sont des branches auxquelles on fait prendre racine en leur faisant toucher la terre sans les séparer de leur tige. Cette opération s'exécute de deux manières : la première consiste à coucher doucement une

branche choisie en lui faisant faire un coude que l’on enfonce dans la terre ; la seconde consiste à faire passer dans un mannequin ou dans un vase fait de deux pièces une branche d'arbre trop élevée pour pouvoir être coudée sur le terrain. On remplit ce vase de terre et on l’assujettit avec un lien. Lorsque la branche a poussé des racines assez fortes pour pouvoir vivre de sa propre sève, on la coupe dans le voisinage du tronc et on place la nouvelle plante dans l'endroit qu’on lui a destiné. On pratique souvent la première de ces opérations sur la vigne, soit pour la renouveler, soit pour garnir des places vides : c'est ce qu'on nomme provigner ou faire des provins.

392. — Les boutures sont des branches garnies de boutons, qu'on sépare du tronc et qu'on enfonce dans la terre pour leur faire prendre racine. Quelques plantes prennent si facilement de bouture qu'il suffit de les aiguiser et de les planter sans précaution. Quelques autres, plus difficiles, ont besoin d'être préparées par des ligatures ou par des entailles. Les racines viennent des mamelons nombreux dont la surface de l'écorce est parsemée et qui seraient devenus des boutons dans la suite si les branches choisies pour les marcottes et pour les boutures n'avaient pas été séparées de la plantemère (1).

393. — On nomme greffe une branche, ou les rudiments d'une branche, qu’on prend sur un arbre dont on veut multiplier ou perfectionner l'espèce et qu'on insère sur un autre arbre propre à lui communiquer la vie, sans altérer et souvent même en augmentant ses bonnes qualités. L'arbre qui fournit la greffe se nomme franc ; celui sur lequel on greffe se nomme sauvageon. On greffe de plusieurs manières, qui peuvent se réduire à trois, savoir : en fente, en couronne et en écusson.

394. — Pour greffer en fente, on choisit un rameau bien sain sur lequel on prend une longueur de deux ou trois boutons bien conditionnés. Après en avoir retranché l'excédent, on taille la partie inférieure en forme de coin, en coupant nettement l'écorce sur les deux bords. On ménage à l'origine du coin une petite retraite de chaque côté. Après avoir ainsi préparé la greffe, on scie horizontalement le tronc ou une grosse branche du sauvageon et on unit avec une serpette les hachures faites par la scie. On fend ensuite le

1. — La reproduction par bouture est très différente de la reproduction par graine. Une branche séparée d’un arbre et plantée dans la terre se fabrique des racines et apprend à puiser directement sa nourriture dans le sol au lieu de la puiser par l'intermédiaire du tronc, mais ce n’est toujours qu’une branche ; elle continue à végéter, elle n’est pas renouvelée comme la plante qui vient de graine. Il en résulte qu’on ne peut pas indéfiniment prendre des boutures sur des boutures ; les dernières. finissent par s’atrophier, comme sur un arbre les branches ne se subdivisent pas à l'infini. Il y a une limite. Si l’on pouvait suivre la destinée de boutures tirées les unes des autres, on s’apercevrait sans doute que leur durée ne dépasse pas celle de l'arbre d’origine. Toutes les boutures provenant d’un arbre continuent, bien que séparées de lui, à partager son sort. C’est le même arbre, dispersé, mais unique.

à maté

tronc, en appuyant le tranchant de la serpette juste au milieu du tronc ou de la branche coupée et en frappant plusieurs petits coups avec un maillet. Après avoir retiré la serpette, on écarte les deux lèvres de la fente avec un petit coin de bois dur, qu’on enfonce au milieu ; on fait entrer le coin de la greffe dans la fente, vers la circonférence, en faisant appuyer les retraites sur le bois et en faisant correspondre l'écorce de la greffe avec l'écorce du sauvageon, aussi justement qu'il est possible. Après avoir retiré le coin de secours, on enveloppe le tout avec de l'argile en pâte, qu’on couvre d’étoupe ou d’un morceau de linge assujetti avec du fil.

395. — Pour greffer en couronne, on prépare plusieurs greffes et on scie le sauvageon comme pour greffer en fente ; mais la partie inférieure des greftes ne doit être taillée que d’un côté, sur la longueur d’un pouce, avec un cran ou une petite retraite du côté de l’entaille. Après avoir scié le tronc du sauvageon, en prenant la précaution de l'adoucir avec la serpette, on enfonce de distance en distance, entre l'écorce et l’aubier, un petit coin de bois dur pour préparer la place de chaque greffe. On place les greffes de manière que le bois de l’entaille soit appliqué sur l’aubier et que l'écorce soit couverte par l'écorce du tronc avec toute la justesse possible, le cran appuyant sur la circonférence de l’aubier. Lorsque les greffes sont arrangées, on couvre la troncature et on enveloppe la circonférence avec de l’argile en pâte, des linges ou de la mousse, et on assujettit l’appareil avec des liens d’écorce ou des brins d’osier.

396. — Pour greffer en écusson, on taille en carré long, sur un rameau bien sain et de l’année précédente une petite pièce d’écorce portant un bouton au milieu. Cette petite pièce doit avoir douze ou quinze lignes de longueur sur trois ou quatre de largeur. On la détache du rameau et on taille la partie inférieure en angle aigu, ce qui lui donne la forme d’un écusson, dont elle porte le nom. On prépare ensuite sur l'écorce du sauvageon, soit sur le tronc, soit sur une branche choisie, deux incisions en forme de T ; on soulève les deux bords de l'écorce sous l’incision transversale et on introduit l’écusson dans l'intérieur en l’appliquant contre l’aubier. On le couvre avec les deux bords de l'écorce soulevée et on l’assujettit avec des brins d’écorce d’osier, en laissant le bouton libre au milieu. On ne retranche la tête du sauvageon, à cinq ou six lignes au-dessus de la greffe, que lorsqu'on est sûr du succès de l'opération.

On préfère la greffe en écusson pour les arbres fruitiers, parce qu’elle est plus sûre et que, si l'opération ne réussit pas, on conserve le sauvageon, qui périt presque toujours dans les greffes en fente.

On greffe en couronne les arbres dont on veut conserver le tronc. Cette méthode est en usage pour nos châtaigniers, mais elle manque souvent par un trop grand nombre de greffes. On devrait se contenter d’en placer cinq ou six sur un tronc de six pouces de diamètre ; l'opération réussirait presque toujours, les greffes ne seraient point gênées dans leur accroissement et deux ou trois seraient suffisantes pour former une très belle tête.

Quelle que soit la méthode qu’on préfère, le succès de l'opération dépend du contact des deux aubiers, de la justesse et de la solidité de l'appareil qui assujettit les greffes. Bientôt la sève du sauvageon, forcée de pénétrer dans les vaisseaux de la greffe, fait ouvrir les boutons qu'elle porte : la tige s'élève, les feuilles se développent,

Miratur que novas frondes el non sua poma.

C'est par la greffe que nos poires ont perdu leur âpreté, les pommes leur acidité. C’est par la greffe que les pêches ont acquis un plus grand volume et que plusieurs fruits, insupportables dans l’état sauvage, sont devenus des aliments très agréables et très recherchés. Mais gardons-nous de murmurer contre la nature agreste : elle nous donne aussi les fraises, et ceux qui les

ont goûtées dans nos montagnes dédaignent avec raison les fraises cultivées.

On croit assez généralement que les Egyptiens, les Juifs et les Grecs ont ignoré l’art de greffer, dont leurs auteurs n’ont point parlé ; mais il est bien difficile de croire que le poirier et le pommier, qu’on voit figurer dans les jardins d’Eden et d’Alcinoüs, eussent porté les beaux fruits dont Homère et l’auteur de la Genèse ont parlé avec tant d'éloges, si la greffe n'avait concouru avec le climat et le sol pour les perfectionner.

Il. — DES PRODUITS DE LA VÉGÉTATION

397. — Les végétaux sont des machines inimitables, dont les organes préparent un grand nombre de matières qu'on chercherait en vain dans la nature ailleurs que dans leur tissu ; on peut les en extraire par des procédés simples et mécaniques qui n'en altèrent point la nature. Ces différentes matières sont les produits de la vie végétale comme le sang, la bile et la graisse sont les résultats de la vie animale. Les unes forment la base des solides ; les autres constituent différentes liqueurs propres à la nutrition des parties, et quelques autres peuvent être regardées comme excrémentitielles. Voici le tableau de ces différentes substances, au nombre de seize, suivant la Philosophie chimique de Fourcroy :

1° L'extractif, ou l'extrait ; matière sèche, brune, un peu déliquescente, dissoluble dans l’eau, obtenue des sucs végétaux épaissis, des infusions, des décoctions évaporées, donnant à la distillation un acide, un peu d'ammoniaque, de l'huile, etc. ;

2° Le muqueux ou le mucilage ; substance gluante, visqueuse, fade, donnant beaucoup d'acide pyromuqueux à la distillation, dissoluble dans l’eau froide et chaude, n'absorbant point l'oxygène atmosphérique, se séchant et devenant cassante sous la forme de gomme, existant dans les racines, les jeunes tiges, les feuilles, sortant par expression des écorces des arbres, collant leurs fibres les unes aux autres : Ÿ

mot

Page 1