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CLASSE XIV

DIDYNAMIE‘®

Tableau méthodique des genres.

GYMNOSPERMIE

A). Calices subquinquéfides.

GLÉCHOME, glechoma. Anthères réunies deux à deux, chaque paire formant une croix.

HYSOPE, hyssopus. Filaments écartés, droits. Corolle ringente ; la lèvre inférieure tripartite, subcrénelée.

MENTHE, mentha. Filaments écartés, droits. Divisions de la corolle à peu près égales.

LAVANDE, lavandula. Corolle renvervée. Tube cylindrique, plus long que le calice.

CRAPAUDINE, sideritis. Stigmate inférieur plus court, engaînant l’autre.

GERMANDRÉÉE, teucrium. Lèvre supérieure de la corolle presque nulle, mais une fente à sa place.

BUGLE, ajuga. Lèvre supérieure de la corolle plus courte que les étamines.

AGRIPAUME, leonurus. Lèvre supérieure de la corolle plane, droite, sans divisions. Etamines plus longues que l'entrée.

1. — La didynamie pourrait être une subdivision de la tétrandrie. C’est cependant avec raison que Linné en a fait une classe spéciale ; car elle se distingue des autres plantes à quatre étamines par des caractères très tranchés. Ce n’est pas la différence de longueur des deux groupes d’étamines qui est le caractère différentiel le plus certain, car cette différence est quelquefois si faible qu’il serait permis de s’y tromper s’il n’y avait que ce caractère pour diriger la détermination de la plante. La corolle labiée

GALEOBDOLON, galeobdolon. Lèvre supérieure de la corolle voûtée, sans divisions ; l’inférieure divisée en trois lobes acuminés.

BÉTOINE, betonica. Lèvre supérieure de la corolle plane, ascendante. Tube cylindrique, courbé. Etamines à la hauteur de l'entrée.

LAMIER, lamium. Lèvre inférieure de la corolle accompagnée d’une dent sétacée de chaque côté.

GALEOPSIS, galeopsis. Lèvre inférieure de la corolle relevée en deux petites dents sur la surface supérieure.

EPIAIRE, stachys. Lèvre inférieure de la corolle ayant ses deux bords réfléchis. Etamines défleuries inclinées vers les deux côtés.

SARRIETTE, satureia. Corolle bilabiée, dont les lobes sont à peu près égaux. Etamines écartées.

BALLOTE, ballota. Calice à dix stries. Lèvre supérieure de la corolle voûtée.

MARRUBE, marrubium. Calice à dix stries. Levre supérieure de la corolle droite.

* Verveine officinale. (Voir dans la diandrie.)

offre un caractère plus constant, commun à toutes les plantes de la didynamie, sauf la menthe où l’on ne s’aviserait peut-être pas de trouver la forme labiée si on ne la cherchait.

La classe est divisée en deux sections : la gymnospermie et l’angiospermie ; et il faut reconnaître que la gymnospermie est un groupement plus naturel et plus parfait que l’angiospermie. Les plantes qui la composent s’y ressemblent même à ce point qu’on a parfois quelque embarras à se décider. C’est, presque en totalité, la grande famille des labiées, dont on a détaché seulement le lycope, le romarin et la sauge, parce qu’ils n’ont que deux étamines ; encore le lycope a-t-il, sinon quatre anthères, au moins quatre filaments. Toutes les labiées ont les feuilles opposées et un fruit composé de quatre achaines. On pourrait à première vue confondre le fruit des labiées avec celui des borraginées, mais les borraginées ont toujours les feuilles alternes, ce qui écarte toute hésitation. La gymnospermie, comprenant toutes les labiées et rien d’autre, est donc une classe très naturelle.

On n’en saurait dire autant de la seconde section de la didynamie : l'angiospermie. Elle contient la famille des scrofulariées, qui en forme le principal effectif. On pourrait y rattacher la véronique, qui fait partie de la diandrie, mais qui par ses autres caractères se rapproche beaucoup des scrofulariées. Les caractères communs à toutes les scrofulariées sont la forme de la corolle, qui est personée, ce qui est une façon un peu particulière d’être labiée, et la nature du fruit, qui est une capsule biloculaire. Mais pour les autres caractères les scrofulariées sont assez dissemblables. Les feuilles sont quelquefois opposées, souvent alternes ; la forme de la corolle est variable, le nombre des étamines fertiles incertain. L’acanthe se distingue des scrofulariées par sa corolle unilabiée.

Enfin l’angiospermie comprend l’orobanche et la lathrée, qui sont des plantes parasites, et le gattilier, dont le fruit est une drupe. On pourrait en rapprocher la verveine, qui est restée dans la tétrandrie.

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B). Calices bilabiés.

TOQUE, scutellaria. Calice fructifère ferme.

THYM, thymus. Entrée du calice fermée par des poils.

BASILIC, ocymum. Corolle renversée, nue à la base. Deux filaments extérieurs garnis d’un petit prolongement à la base.

BRUNELLE, brunella. Tous les filaments fourchus au sommet.

ORIGAN, origanum. Bractées enveloppant les calices comme les écailles d'un cône.

DRACOCEPHALE, dracocephalum. Entrée de la corolle enflée.

CLINOPODE, clinopodium. Folioles sétacées en forme de collerettes à la base des calices.

THYMBRÉE, thymbra. Calice caréné sur les deux côtés par une arête ciliée. Style semibifide. Lèvres de la corolle planes.

MELISSE, melissa. Calice anguleux, scarieux. Lèvre supérieure ascendante.

ANGIOSPERMIE

à A). Calices brfides.

OROBANCHE, orobanche. Capsule uniloculaire. Corolle à peu près égale, quadrifide. Glande sur la base du germe.

ACANTHE, acanthus. Capsule biloculaire. Corolle unilabiée, trifide. Anthères

velues.

B). Calices quadrifides.

LATHRÉE, lathræa. Capsule uniloculaire. Corolle personée. Une glande sous le germe.

BARTSIE, bartsia. Capsule biloculaire. Corolle personée. Calice coloré.

EUPHRAISE, euphrasia. Capsule biloculaire. Corolle personée. Anthères inférieures épineuses d’un côté.

COCRÈTE, rhinanthus. Capsule biloculaire. Corolle personée. Calice com primé.

MÉLAMPYRE, melampyrum. Capsule biloculaire. Semences binées, gibbeuses. Corolle personée. |

C). Calices quinquéfides.

SCROFULAIRE, scrophularia. Capsule biloculaire. Corolle renversée. Lèvre avec un segment intermédiaire interne.

SIBTHORPIE, sibthorpia. Capsule biloculaire. Corolle en roue. Étamines rapprochées de deux en deux.

DIGITALE, digitalis. Capsule biloculaire. Corolle campaniforme. Ven en dessous. Étamines inclinées.

BIGNONE, bignonia. Capsule biloculaire. Corolle campaniforme. Semences ailées, imbriquées. Rudiment d’un cinquième filament.

ERINE, erinus. Capsule biloculaire. Corolle bilabiée, Lèvre supérieure courte et réfléchie.

MUFLIER, antirrhinum. Capsule biloculaire. Corolle personée, éperonnée et gibbeuse à la base.

PÉDICULAIRE, pedicularis. Capsule biloculaire. Semences arillées. Corolle personée.

GATTILIER, vitex. Drupe monosperme. Osselet à quatre loges. Corolle ringente. Lèvre supérieure trifide.

DIDYNAMIE GYMNOSPERMIE (PLANTES LABIÉES)

Observations generales. — Les plantes de la didynamie gymnospermie offrent un si grand nombre de caractères communs qu'elles se trouvent réunies en un seul groupe dans toutes les méthodes, formant une classe entière dans Tournefort, le premier ordre de la didynamie dans Linné et la famille des labiées dans les ouvrages des botanistes français.

Les principaux caractères de la famille des labiées sont : 1° Une tige quadrangulaire, simple ou branchue ; 2° Les feuilles opposées ; 3° Le calice tubuleux, découpé en cinq divisions égales ou disposées en deux lèvres ; 4° La corolle monopétale, irrégulière, bilabiée ; 5° Quatre étamines ordinairement didynames ; 6° Un style terminé par un stigmate ordinairement bifide ; 7° Quatre semences nues au fond du calice persistant (1).

Linné a exclu de la didynamie gymnospermie trois genres qui, à raison du

1, — On pourrait ajouter un huitième caractère, tiré de l’inflorescence. La forme la plus générale de l’inflorescence des labiées offre l'aspect d’un épi interrompu. Les fleurs ne sont pas verticillées autour de la tige ; elles sont axillaires, mais comme elles sont très ramassées dans l’aisselle de chacune des deux feuilles opposées, les deux groupes denses ont l'air d’être réunis en un seul.

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nombre des étamines, ont été placés dans la diandrie monogynie. Ces trois genres, qui par leurs autres caractères appartiennent à la famille des labiées, sont le lycope, la sauge et le romarin.

La plupart des plantes labiées contiennent dans leur tissu différentes substances, fixes ou volatiles, qui affectent vivement les organes du goût et de l’odorat ; les unes, agissant promptement sur le système nerveux, excitent ou suspendent momentanément l’action des parties soumises à l'influence des nerfs, et lés autres, se fixant dans le tissu des solides ou se combinant avec les fluides, changent leurs dispositions vicieuses et les préservent de la putréfaction pendant la vie et après la mort. Ces différentes substances sont l'arôme, l'huile volatile, le camphre et le principe amer. Comme chacun de ces principes a une action particulière et déterminée sur nos organes et que cette action peut être favorisée ou contrariée par des combinaisons binaires ou ternaires, il ne suffit pas de connaitre les plantes dans lesquelles l'odeur ou la saveur indiquent la dominance de ces principes, il faut encore savoir extraire les uns, exclure les autres par des procédés chimiques, ou maintenir leur union naturelle en employant les plantes entières. C’est ainsi qu'on procède pour l’'embaumement des corps.

J'entrevois ici le sujet d’un chapitre important sur une des parties de la médecine les moins avancées. L’utilité des substances odorantes est si solidement établie, les plantes labiées sont si généralement employées qu'elles méritent d'occuper un rang distingué dans les livres de matière médicale. Cependant la médecine moderne en a produit quelques-uns dans lesquels elles ne sont pas mentionnées. Il ne m'appartient pas de réparer cette omission, mais je hasarderai quelques observations qui pourront être utiles aux jeunes médecins :

i° Les chimistes modernes ont adopté le mot grec %owwx pour désigner une sorte de gaz qui s'exhale des substances odorantes et qui fait une impression plus ou moins vive sur l'organe de l’odorat. On trouve des substances odorantes dans les trois règnes de la nature et c’est mal à propos que quelques auteurs ont regardé l’arôme comme un produit de la végétation. Car, si l'on peut admettre cette origine dans les odeurs souvent fétides et quelquefois très agréables de différentes espèces d'animaux, dans les exhalaisons des pierres argileuses exposées à l'humidité de l’haleine, dans l'odeur bitumineuse du marbre noir soumis au frottement, il est bien difficile de la reconnaître dans les exhalaisons odorantes des pierres siliceuses frappées ou brisées sous le marteau, dans les émanations vénéneuses du plomb, du cuivre, de l'arsenic, etc. Quelle que soit son origine, l’arôme se dégage continuellement des substances odorantes en forme de gaz tenant en dissolution d’autres principes, et ces principes le modifient de tant de différentes manières qu’il n'y a peut-être pas deux odeurs exactement semblables. Bayle cite l'exemple d’un chien qui suivit la trace de son maître absent sur une ligne atmosphérique de cent lieues et qui alla le reconnaître à Paris au milieu de la foule, ce qui prouve non seulement la ténuité du principe de l'odeur, mais encore

son union à des principes étrangers qui caractérisent les espèces et jusqu'aux individus de la même espèce.

On peut cependant rapporter toutes les odeurs à un certain nombre de classes en prenant pour type l'odeur d'une substance connue qui fait une vive impression sur l'odorat. Ainsi le musc, qui est une substance animale, sera le type des odeurs ambrosiaques qui, bien que plus générales dans le règne animal, se dégagent aussi d’un grand nombre de plantes de différentes familles. L’ail sera le type des odeurs alliacées, plus générales dans le règne végétal, mais se trouvant aussi dans quelques animaux, comme dans le crapaud, et dans quelques minéraux, comme dans l’arsenic. L’odeur de la rose se rencontre dans quelques insectes du genre de l’ichneumon et surtout dans les émanations du capricorne vert (cerambix moscatus), dont un seul individu suffit pour embaumer une vaste prairie. Enfin la lavande peut être le type des odeurs lavandulacées, qui se dégagent d’un grand nombre de plantes labiées (Voir le tableau des odeurs dans nos Principes élémentaires de botanique : n% 356, 357 et 358. Voir aussi la grande Physiologie de Haller, t. V, p. 262.).

L'arôme des végétaux, désigné par Boerhaave sous le nom d'esprit recteur, réside plus abondamment et quelquefois même exclusivement dans certaines parties, comme dans la racine et dans les semences des plantes ombellifères, dans l'écorce des lauriers et des fruits succulents, dans la corolle des liliacées, dans les boutons des peupliers, dans les feuilles et dans les calices des plantes labiées. On ne connaît aucun moyen de l'isoler et de l'obtenir pur et sans mélange, mais on le fixe dans l'eau par la distillation, dans les huiles grasses par une simple infusion, et il se conserve assez longtemps dans les plantes convenablement desséchées. Les eaux distillées, les huiles aromatiques et les plantes sèches pulvérisées sont très utiles pour remplacer les plantes fraîches dans les saisons et dans les lieux où elles sont rares et peu actives. Elles sont d’une grande ressource dans les pharmacies et les parfumeurs en préparent une infinité de liqueurs, de pommades et de sachets pour les usages de la toilette.

En examinant attentivement ce qui se passe dans nos organes exposés aux émanations des corps odorants, nous observerons que certaines odeurs, qu'on nomme aromatiques, affectent agréablement les organes de l'odorat et du goût, raniment l’action languissante du cœur et du système musculaire ; que les odeurs ambrosiaques, souvent agréables à l'odorat et désagréables au goût, diminuent l'action des parties soumises à l'influence des nerfs moteurs; qu'enfin les odeurs puantes ou fétides, également désagréables au goût et à l'odorat, déterminent sur ces organes une action répulsive ou expulsive du système nerveux, qui diminue ou suspend le jeu des autres parties, même lorsqu'elles sont raidies par des spasmes ou agitées par des convulsions.

Il résulte de ces observations que les substances odorantes agissent en général sur les solides comme excitantes et comme sédatives ou antispasmodiques. Or, comme leur action, très prompte et assez durable, peut être

ROUES DIDYNAMIE — GYMNOSPERMIE

dirigée immédiatement sur différents systèmes de nerfs, elles offrent à la médecine des remèdes prompts et salutaires dans un grand nombre de maladies.

Ainsi les odeurs aromatiques, agissant presque immédiatement sur le cerveau lorsqu'elles sont aspirées par le nez ou retenues dans la bouche, excitent vivement les nerfs du système cérébral, réveillent la sensibilité, raniment l’action languissante du cœur et des artères, et c’est pour cela qu’on les emploie avec succès sous le nom de remèdes céphaliques dans les maladies soporeuses, comme dans l’apoplexie et dans la paralysie ; sous le nom de cardiaques dans la syncope et dans l’asphyxie. La famille des labiées fournit à la médecine un grand nombre de plantes céphaliques, parmi lesquelles on distingue la sauge officinale, la bétoine et la mélisse.

Le principe aromatique, entrant avec l'air atmosphérique dans les poumons, excite le système pectoral du grand nerf sympathique, augmente la sécrétion du mucus, facilite son expulsion et favorise l'absorption. Les remèdes employés pour remplir ces différentes vues sont connus sous le nom de remèdes pectoraux. La famille des labiées vient encore ici au secours de la médecine, et c'est avec raison que l’hysope, le romarin et le gléchome ou lierre terrestre ont acquis une grande réputation dans le traitement de l'asthme humoral et des catarrhes chroniques.

Enfin le système abdominal du grand nerf sympathique étant immédiatement accessible aux odeurs sur toute la surface muqueuse de l'estomac et des intestins, de la matrice et des voies urinaires et spermatiques, on peut remédier promptement et facilement à plusieurs affections des viscères du basventre.

1° L’estomac et les intestins cédant souvent à l'expansion de différentes espèces de gaz qui se dégagent des aliments mal choisis ou imparfaitement digérés, il en résulte des gonflements et des constrictions qui causent des coliques douloureuses, des spasmes, des convulsions ou des anxiétés plus incommodes que la douleur. On se propose alors d’exciter les membranes presque paralysées des portions distendues, qui en réagissant sur le gaz incarcéré le force à vaincre les obstacles et à se procurer une issue par haut ou par bas. On prescrit dans cet objet des infusions aromatiques en boisson, en lavement ou en fomentation, des huiles aromatisées en liniment. Ces remèdes sont connus sous le nom de carminatifs. Les semences d’anis parmi les ombellifères, les fleurs de camomille parmi les corymbifères, les menthes parmi les labiées occupent le premier rang dans la liste des remèdes carminatifs. |

2° La matrice est quelquefois engourdie et peu sensible. Les vaisseaux excréteurs et absorbants sont obstrués et la surface est abreuvée d’humeurs muqueuses ou séreuses. Les règles sont irrégulières ou supprimées, ou décolorées. Il convient alors d’exciter le système nerveux de cet organe, pour accélérer le cours du sang dans les vaisseaux sanguins et dans les vaisseaux lymphatiques, pour ranimer le ton des fibres musculaires. On rétablit ainsi

les règles supprimées dans la cachexie et dans les päles couleurs. Les remèdes qui sont prescrits dans cet objet portent le nom d'emménagogues ; parmi eux le marrube blanc, de la famille des labiées, paraît avoir une action particulière et déterminée sur la matrice.

3° Les parties de la génération n'ont pas toujours le degré de vigueur et de sensibilité sans lequel l'union des deux sexes n’a pas toute la perfection nécessaire à la fécondation. Le système nerveux de ces organes a besoin d'être excité par des remèdes qu'on nomme aphrodisiaques. La famille des labiées nous offre dans ce cas, outre le marrube blanc, toutes les espèces aromatiques âcres, surtout le thym, la sarriette et le basilic, utilement employés à titre d'assaisonnement. Je ne parle point ici de la faiblesse qui est l'effet inévitable de l’âge ou des excès, contre laquelle la médecine est ellemême impuissante.

4° Les racines odorantes de l’ache et du persil augmentent si sensiblement la sécrétion des urines, l’arôme de l’asperge et de la térébenthine parcourt si rapidement les voies du système urinaire qu'on pourrait regarder les nerfs de ce système comme les conducteurs du principe odorant. On expliquerait ainsi d’une manière satisfaisante la promptitude avec laquelle ce principe se fixe dans les urines et s’en dégage avec une odeur de violette pour peu qu'on ait pris de la térébenthine et avec une odeur fétide immédiatement après qu'on a mangé des asperges. Quoique nous n'ayons pas encore des observations prouvant une action particulière et déterminée des plantes labiées sur le système urinaire, leur action immédiate sur le système gastrique suffit pour accélérer le mouvement du sang artériel vers les reins et augmenter ainsi la sécrétion des urines. C’est donc avec raison que les plantes odorantes de cette famille sont comprises dans la classe des remèdes diurétiques.

Enfin l'application des substances aromatiques sur différentes parties de la surface dermoïde est d'un très grand usage en médecine. Il en résulte une excitation plus ou moins profonde des systèmes vasculaires et du tissu cellulaire, capable de résoudre les tumeurs séreuses en augmentant la température et en favorisant l'absorption. Les particules odorantes pénétrant en même temps la matière des concrétions lymphatiques, laïiteuses ou rhumatiques, facilite leur absorption en rompant la force d'agrégation. L’arôme pouvant parvenir jusqu'aux muscles, on peut avoir l'espoir de ranimer et de rétablir leurs mouvements dans la faiblesse et dans la paralysie. Toutes les plantes labiées âcres et aromatiques sont employées utilement à l'intérieur pour remplir ces différentes indications. On préfère généralement la sauge et le romarin.

L'huile volatile, toujours unie au principe aromatique, est renfermée dans une infinité de petites vésicules visibles sur la surface des feuilles et des calices des plantes labiées, Il serait difficile de l'en extraire par expression, comme on la retire du cédrat, du citron et de la bergamote. On procède donc par la distillation des plantes, qu'on met dans un alambic de cuivre avec de l'eau, L'huile volatile, raréfiée par la chaleur de l’eau bouillante, monte avec

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elle et on la trouve dans le récipient à la surface de l’eau. L'huile volatile ne faisant que traverser l’eau sans s’y fixer, il est évident qu'elle ne doit point se trouver dans les infusions aqueuses des plantes aromatiques, sauf quelques petits filets saisis à la surface et condensés par la fraîcheur de l'air.

Les propriétés médicinales de l'huile volatile sont à peu près les mêmes que celles de l’arôme, mais à un plus haut degré. Elles excitent plus vivement l’action des parties soumises à l'influence des nerfs. Elles sont plus rarement calmantes. Elles passent pour antiseptiques et elles arrêtent souvent les progrès de la carie des os. Mais comme ce principe ne se volatilise qu'a 80° et ne se trouve point dans les émanations spontanées de l’arôme, on ne peut sans un très grand danger le diriger sur les poumons qu’à la faveur de l'air atmosphérique en le chargeant de la vapeur des plantes aromatiques plongées dans l’eau bouillante ou exposées à une chaleur de 80°. Ce moyen peut être d’un grand secours pour ranimer promptement l’action des poumons dans l’asphyxie, pour rétablir l’'expectoration supprimée dans l’asthme muqueux et dans les catarrhes suffocants ; mais il pourrait être extrêmement nuisible si la suppression de l’expectoration était l'effet d’une cause irritante ou de l’état inflammatoire de la membrane muqueuse.

Le système cérébral peut être excité par l'introduction dans les narines de la poudre ou du suc non dépuré des plantes aromatiques qui contiennent une grande quantité d'huile volatile âcre. Pour exciter vivement les organes soumis à l'influence du grand nerf sympathique, on peut ajouter différentes huiles aux remèdes qu’on se propose de diriger sur la surface nerveuse de l'estomac et des intestins, si l’on n'aime mieux employer la décoction des plantes aromatiques dans le vin, qui contient l'huile volatile soluble dans l'alcool. Mais comme le principe aromatique s’est évaporé en tout ou en partie pendant l’ébullition, il est facile de le rétablir par l'addition de la plante fraiche, qu'on laisse infuser dans la décoction vineuse pendant quelque temps. On peut introduire ces mêmes décoctions dans la matrice et dans la vessie par le moyen des injections. Les fumigations aromatiques sont très utiles dans quelques maladies de la matrice.

Le camphre, ordinairement uni à l'huile volatile, se manifeste par l'odeur

et se montre souvent sous la forme de petites lames ou de petits filets

dans un grand nombre de plantes labiées et plus particulièrement dans le romarin, la sauge, la lavande, le thym et la marjolaine. L'odeur particulière de ce principe, sa saveur âcre et amarescente, sa volatilité et son inflammabilité annoncent une substance capable d'agir puissamment sur les propriétés vitales du système nerveux ; l'usage qu'on fait du camphre et des plantes qui en contiennent pour l'embaumement des corps prouve un mode d’action capable de s'opposer à la putréfaction des substances animales privées de la vie. C'est donc avec raison qu'on regarde unanimement le camphre comme un excellent remède antiseptique et qu’on en fait un si grand usage dans le traitement de la gangrène, des fièvres adynamiques des hôpitaux et des prisons et dans les maladies charbonneuses des bestiaux. Comme

j'ai eu plusieurs occasions d'observer la marche de ces deux dernières maladies dans nos campagnes, j'entrerai ici dans quelques détails qui me paraissent propres à confirmer ou à établir des vérités utiles en médecine et importantes dans l’économie rurale.

La maladie connue aujourd'hui sous le nom de fièvre adynamique ataxique des camps, des hôpitaux et des prisons s’est toujours manifestée à la suite des grandes armées ; les poètes et les historiens l'ont souvent signalée depuis le siège de Troie jusqu’à nos jours. On l'entrevoit dans les premières pages de l'Iliade d'Homère (voÿcov vi oroutûv Docs zuxhy Ghéxovro dé Axoi.). On l'aperçoit dans la grande armée de Xerxès marchant à grandes journées vers l'Hellespont (Hédorote. Uranie, liv. VIIL). On la reconnait dans la description de la fameuse peste d'Athènes par Thucydide (Histoire de la guerre du Péloponèse, liv. IL). Tite-Live nous la montre chez les Romains sous le règne de Tullus Hostilius (Tite-Live. Dec. I, lib. 1.). On la trouve dans les plaines de la Thessalie moissonnant l’armée de César qui est menacée d’une destruction complète (Plutarque. Vie de César.). Nos guerres avec l'Espagne ont infecté les hôpitaux et les prisons sur toutes les lignes de communication, d’où elle se répand dans nos campagnes par le retour des soldats et des prisonniers dans leurs familles.

Cette maladie, rarement simple, est presque toujours compliquée avec les épidémies régnantes. Je l'ai vue pendant l'hiver accompagnée de la rougeur des yeux et des parties intérieures de la bouche, d’une toux plus ou moins incommode avec une respiration difficile et autres signes d’une inflammation locale. Vers le commencement du printemps, les symptômes inflammatoires disparaissent peu à peu et la fièvre adynamique marche avec les signes d'un catarrhe nasal, guttural ou pulmonaire dont le siège est indiqué par trois symptômes, savoir : l'éternuement, l'enrouement et la toux. Enfin pendant l'été on observe plus fréquemment des évacuations de bile jaune, verte ou noire par le vomissement ou par les selles, avec des symptômes dysentériques, le hoquet, la puanteur de l’haleine et autres signes caractéristiques des maladies automnales.

Tels sont les principaux symptômes dépendant des maladies qui règnent conjointement avec la fièvre des hôpitaux et des prisons, et le judicieux Thucydide ne les a point oubliés dans la description de la prétendue peste d'Athènes. Cet historien, si exact et d'autant plus digne de foi qu'il fut luiméme atteint de cette maladie, a pu en observer toutes les phases, puisqu'elle se renouvela plusieurs fois dans la ville et dans les armées depuis sa première apparition dans le Pirée, au commencement de la seconde année de la guerre du Péloponèse. Or il est facile de reconnaitre dans les autres détails de sa description les phénomènes les plus caractéristiques de la fièvre des hôpitaux et des prisons. Tels sont : 1° Une fièvre plus ou moins ardente à l'intérieur, sans augmentation de chaleur à la peau et sans grande altération dans les traits ni dans la couleur de la face ; 2° Une faiblesse très remarquable, qui retient les malades au lit dès le premier jour de la maladie ; 3° Un délire, ordi-

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nairement tranquille, moins prononcé pendant le jour que pendant la nuit, accompagné d'agitation et d’insomnie, quelquefois frénétique, annonçant une

. mort prochaine ; 4 Une tendance à la gangrène et à la dissolution putride,

indiquée par des taches noires ou livides, par la fétidité de l’'haleine et de la matière des excretions ; 3° La terminaison de la maladie, ou par une mort inopinée vers le septième ou le neuvième jour, les malades conservant encore un peu de vigueur, T1 JUVAUEGS, ou par une crise heureuse plus ou moins sensible vers la fin du troisième septenaire, jamais plus tôt et souvent plus tard ; 6° L'inutilité de tous les remèdes connus, tant pour en arrêter le cours que pour en modérer les symptômes ; 7° L’extinction des causes prédisposantes dans les corps qui ont surmonté la maladie et qui en sont à l'abri dans la suite ; 8° La communication de la maladie aux personnes de tout âge et de tout sexe exposées à toucher les malades, les morts ou les convalescents, ou à respirer l'air chargé de miasmes qui s'en dégagent, ce qui cause souvent la destruction de familles entières, la mort des médecins qui donnent leurs soins aux malades et celle des personnes qui se dévouent à leur service ; 9° Enfin la mort inévitable des enfants dans le sein de leur mère ; toutes les femmes grosses que j'ai eu occasion de voir atteintes de cette maladie ont accouché d’un enfant mort ou fait une fausse couche.

Ce tableau fidèle de la fièvre des hôpitaux et des prisons, telle que je l’ai observée pendant quinze ans dans nos villes et dans nos campagnes, comprend à peu près tous les phénomènes mentionnés par Thucydide dans sa description de la peste d'Athènes. Si à cette conformité nous ajoutons encore le poids des circonstances qui précédèrent et qui accompagnèerent la première irruption des Lacédémoniens dans l’Attique, il ne nous restera plus que quelques doutes à éclaircir pour être pleinement convaincus de l'identité de ces deux maladies.

1° La promptitude de la mort et l'apparition des bubons et des pustules charbonneuses sont les deux principaux signes caractéristiques de la véritable peste. Or les malades, que la peste enlève quelquefois subitement, et très souvent le second ou le troisième jour, ne succombaient que le septième dans la maladie décrite par Thucydide. Quant aux bubons et aux pustules charbonneuses, on ne trouve dans cet auteur, si exact et si éclairé, aucune expression qui désigne clairement des tumeurs de cette nature. Les petites phlyctènes, dont le corps était couvert en forme d'inflorescence, é£4vbixoc, se rapportent textuellement aux éruptions miliaires qui se montrent si souvent dans la fièvre des hôpitaux et des prisons. Car le mot grec phlyctène, dérivé de CPUIGEE exprime le jeu des boules qui sautillent à la surface de l’eau bouillante, et l'adjectif wuxocç, joint à l'idée d’efflorescence, exclut la forme des bubons et des pustules charbonneuses. D'ailleurs il ne paraît pas que la maladie, qui régna presque sans interruption pendant trois ans à Athènes et dans les villes populeuses de l’Attique, fût aussi meurtrière que la peste : car les opérations militaires ne furent jamais interrompues et les Athéniens ne perdirent que 4.000 hommes d'infanterie et 300 hommes de cavalerie. La

véritable peste aurait détruit toute l'armée et peut-être même toute la population de l’Attique en beaucoup moins de temps.

2° La gangrène ne se montre pas ordinairement dans la fièvre des hôpitaux et des prisons avec des circonstances aussi graves que dans la peste d’Athènes ; mais j'ai vu souvent des esquarres gangréneuses très étendues en largeur et en profondeur, dont la cure, aussi longue que difficile, ne s’est effectuée que par la destruction des chairs correspondantes et par des cicatrices adhérentes à la surface des os. Ainsi la chûte des pieds et des mains et des parties de la génération, qui fut la suite de la gangrène chez plusieurs individus échappés au danger de la peste, ne prouve que l'intensité d’une maladie causée par les circonstances de la guerre et aggravée par la privation des soins chirurgicaux dans une ville qu'agitaient les préparatifs d’une flotte de cent vaisseaux et qu'encombraient les troupes des alliés et tous les habitants de l’Attique, la plupart sans asile, entassés dans les temples, dans les rues et dans les places publiques, mourant comme des troupeaux de brebis (horse Ta rodoura Evnoxov. Thucydide, lib. IL.), au milieu des cadavres abandonnés sans sépulture (70)11GY 2ripwv yryvouévov, ibid.).

3° Nous lisons dans Thucydide que les malades, tourmentés par une chaleur brûlante à l'intérieur, se plongeaient dans l’eau froide avec plaisir et que plusieurs d’entr'eux se précipitèrent même dans les puits, ne pouvant supporter la soif qui les dévorait. Quoique la soif ne soit pas un symptôme remarquable dans la fièvre des hôpitaux et des prisons, elle est souvent très prononcée avec les autres signes d'une chaleur interne lorsqu'elle est compliquée de l’inflammation des voies alimentaires et aériennes. Le délire est ordinairement frénétique dans ces complications ; les malades font alors des efforts continuels pour sortir du lit et de la maison : j'en ai vu plusieurs qui se seraient jetés dans l’eau s'ils avaient eu la liberté et je pourrais en nommer quelques-uns qui se sont précipités par les fenêtres.

4° Enfin Thucydide trace pour ainsi dire l'itinéraire de cette maladie qui, disait-on, se manifesta premièrement en Éthiopie, d'où elle se répandit en Égypte, dans la Lybie et dans presque tous les états du roi de Perse. Mais ces différentes contrées n'avaient-elles pas été pendant longtemps le théâtre des guerres les plus meurtrières ?

Je consulte Hérodote et je vois partout les principales sources des miasmes générateurs de la fièvre des camps ; en Égypte la putréfaction des cadavres amoncelés après la bataille sanglante qui en assura la conquête à Cambyse (Hérod., lib. II, n° 12) ; en Éthiopie l'usage des viandes pour toute nourriture, la coutume de décharner les cadavres pour représenter la figure des hommes sur un enduit de plâtre ; les suites de l’extravagante expédition de Cambyse dans ce pays aride, où son armée fut réduite à désigner par le sort le dixième des soldats pour la nourriture des autres (Ibid., n° 23 et 24) ; dans la Lybie la destruction entière d’une armée de 30.000 hommes envoyée par Cambyse pour brüler lé temple de Jupiter Ammon (ibid., n° 25); à Babylone les horreurs d'un long siège pendant lequel les habitants étranglèrent

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impitoyablement la plupart des femmes pour diminuer la consommation ; en Perse la levée, le rassemblement et la marche des troupes pour la formation des grandes armées destinées successivement à la conquête de l'Égypte, de l'Assyrie, de la Scythie et de la Grèce.

Je crois pouvoir conclure de ces observations que la maladie décrite par Thucydide n'avait pas les caractères essentiels de la véritable peste, qu’elle fut la suite des circonstances de la guerre du Péloponèse et qu'elle ne différait point de celle qui se montre partout à la suite des grandes armées et que nous connaissons sous le nom de fièvre des camps, des hôpitaux et des prisons. Cette discussion, étrangère au principal objet de cet article, m'a fait perdre de vue le camphre et les plantes qui le contiennent. Quelques observations sur le traitement de la maladie les remettront bientôt sous les yeux du lecteur.

La fièvre des hôpitaux et de tous les lieux où les hommes sont réunis en grand nombre dans un petit espace est l'effet de l'irritation des vaisseaux sanguins tendant à expulser les miasmes délétères, qui y sont introduits, soit par le contact des morts et des malades, soit par la respiration de l'air infecté par les émanations de leurs corps ou de leurs parties ulcérées ou gangrénées. Lorsque ces miasmes ne peuvent être ni décomposés ni expulsés par les forces vitales, ils assimilent à leur nature cadavéreuse les différentes parties sur lesquelles ils sont fixés : la mort est la suite de leur accumulation dans les aqrganes vitaux ; la gangrène se manifeste dans les parties éloignées. Cette théorie ne paraîtra pas invraisemblable si l'on considère que l'insertion du pus variolique produit la petite vérole, que la piqüre d'une aiguille qui a traversé des chairs gangrénées inocule la gangrène.

Il résulte de cet aperçu pathologique que le plan médical doit être fondé sur les bases suivantes : 1° Conduire le malade à la fin du troisième septenaire en observant les règles d’une prudente expectative et en faisant une sage application des préceptes de l'hygiène; 2° Exciter les forces vitales languissantes par l'usage mesuré des cordiaux ; 3° Augmenter la force de cohésion par l’action des toniques et des antiseptiques ; 4° Prévenir l'accumulation des miasmes délétères dans les organes vitaux par des sinapismes et des vésicatoires ambulants ; 5° Enfin simplifier la maladie par un traitement approprié aux maladies coexistantes.

Le camphre est généralement recommandé comme antiseptique dans la fièvre des hôpitaux et des prisons ; et si l'expérience confirmait la double propriété qu’on lui suppose de calmer l'excitation du cerveau et d'irriter en même temps les fibres musculaires il remplirait tout seul les indications les plus urgentes dans une maladie caractérisée par le délire et la prostration des forces. Mais ce remède, très désagréable au goût, fatigue l'estomac à un tel point qu’il est difficile d’en continuer l'usage pendant quelque temps. Comme, dans plusieurs plantes labiées, le camphre est uni à l’huile volatile, à l'extrait amer et à différentes modifications de l’arôme, j'ai cru que l'usage des plantes de cette famille pourrait être utile sous plusieurs rapports et, pour réunir

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tous leurs principes dans une base tonique, je fais préparer d'un côte une forte teinture de quinquina dans l'eau aromatisée par l'addition de quelques feuilles de menthe ou de quelques espèces de germandrée, de l’autre une légère décoction de feuilles de romarin ou d'épis fleuris de lavande dans une égale quantité de bon vin rouge. On mêle les deux liqueurs et j'en prescris deux onces à prendre de trois en trois heures. Les malades prennent ce remède sans répugnance. Le pouls m'a paru se soutenir ou se ranimer et j'ai observé que la transpiration, si utile dans cette maladie, en était sensiblement augmentée. Lorsque l'excitation du cerveau, l'agitation et l’insomnie l’exigent, j'ajoute à chaque dose quelques gouttes de laudanum liquide de Sydenham.

Les plantes labiées, aromatiques et camphrées, ne sont pas moins utiles dans les maladies charbonneuses des bestiaux, et la culture de la sauge et du romarin dans nos cantons ruraux a principalement pour objet le traitement vulgaire du louvet, qui fait périr tous les ans un grand nombre de bœufs et de vaches. Je ne doute pas que l'accumulation du fumier dans nos étables, presque hermétiquement fermées et construites en vue d’exclure la lumière, en soit la principale cause. Cette maladie pestilentielle est éminemment contagieuse et l'homme est exposé à en recevoir le germe de différentes manières.

J'ai observé en différents temps quatre modes de communication avec des circonstances qui m'ont paru dignes d’être rapportées.

1. Un cordonnier de Morlaas eut l’imprudence d'écorcher une vache morte du louvet dans un village voisin et d'emporter le cuir saignant sur son bras nu. Cinq ou six jours après, je trouvai la main et l’avant-bras, tumeéfiés et couverts de phlyctèenes et de pustules charbonneuses ; mais un chirurgien ayant déjà fait des scarifications très profondes sur les pustules, la gangrène fit des progrès rapides, malgré l'usage du camphre, du vin et du quinquina. La tuméfaction s’étendit jusqu'aux muscles pectoraux et le malade mourut tranquillement le douzième jour.

2. Un marchand de bestiaux de la même ville osa introduire son bras droit dans le rectum d’un bœuf, qui mourut le lendemain avec les signes d’une maladie pestilentielle. Appelé à son secours le troisième jour, les pustules charbonneuses, les phlyctènes et la tuméfaction du bras droit, la mort de l'animal et l’imprudence du malade m'éclairèrent bientôt sur la nature et sur le danger de la maladie. Persuadé que les scarifications avaient été nuisibles dans le premier cas, soit par l'accès de l'air extérieur, soit par le transport des miasmes pestilentiels dans les parties situées au dessous de la peau, éclairé en même temps par le mécanisme de l'absorption, je me bornai à faire couler par une petite ouverture toute la sérosité contenue dans les vessies et je la remplaçai par un mélange d'esprit de vin, de camphre et d'huile essentielle de lavande. Des linges trempés dans une forte décoction de quinquina avec les plantes camphrées furent appliquées sur la surface gangrénée. Le malade prit de deux en deux heures trois onces d'une décoction vineuse de

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quinquina, de feuilles de sauge et de romarin. Quelques signes de sensibilité et d’irritabilité se manifesterent en peu de temps. Les liqueurs toniques, spiritueuses et camphrées, étaient assez promptement absorbées. Le lendemain la gangrène parut bornée à la circonscription des pustules charbonneuses ; l'enflure n'avait fait que peu de progrès vers l'épaule. Je continuai le même traitement. Deux ou trois jours après, la suppuration s’annonça par de bons signes précurseurs. Je ne négligeai rien pour la favoriser et pour faciliter la chûte des escarres. La suppuration fut abondante et putrilagineuse dans le premier temps, mais le pus devenant tous les jours plus blanc et plus épais, elle diminua sensiblement avec une tendance à la guérison, qui eut lieu dans l’espace d’un mois.

3. Un jeune homme de Limendous, travaillant dans la cour au milieu de l'été, se sent vivement piqué par une mouche sur la joue gauche. (La plupart des insectes qui tourmentent les bestiaux pendant l'été appartiennent à l’ordre des diptères, dont la bouche est armée d’une trompe très aiguë chez quelques-uns et disposée de manière à percer la peau et à pomper le sang des animaux dont ils se nourrissent. Parmi ces insectes il y en a plusieurs qui se jettent indifféremment sur l’homme et sur les bestiaux : tels sont le stomonis calcitrans, le tabanus pluvialis, le cousin et les deux mouches les plus communes, musca domestica, musca tan, etc.) Il est vraisemblable que l'insecte dont le jeune homme sentit si vivement la piqüre était ou le stomonis calcitrans ou le tabanus pluvialis, très multipliés dans ce département et d'autant plus propres à communiquer le virus que leurs piqüres font sortir une goutte de sang. Cette cause, à laquelle il ne paraît pas qu'on ait donné une grande attention, ne pourrait-elle pas avoir contribué à la propagation de la peste ? Cette opinion ne paraîtra pas invraisemblable si l'on considère : 1° Que cette maladie s'introduit souvent malgré toutes les précautions dans les habitations les plus isolées ; 2° Que les progrès rapides de la contagion coïncident avec les époques de la multiplication et de la plus grande activité des insectes, (la peste et les diptères disparaissant pendant l'hiver). La douleur cuisante, l’éruption d’un bouton noir sur la piqûre, le gonflement progressif de la face n'inspirèrent aucune inquiétude au malade ni à sa famille pendant neuf jours. Je ne fus appelé que le dixième. Mais les effets de la gangrène se manifestaient déjà dans toutes les fonctions avec les signes d’une mort imminente, et le malade mourut pendant la nuit. On ne me laissa pas ignorer qu’un bœuf appartenant à la famille était mort du louvet le lendemain de l’accident. ,

4. M. P..., notaire à Morlaàs, se couche sans éprouver aucune indisposition. Le lendemain il est réveillé par une douleur pongitive à la main droite, tellement vive qu'il se croit mordu par une vipère et qu'il fait pendant longtemps des mouvements comme pour s’en débarrasser. N'ayant pu le voir que le sixième jour, je reconnus tous les signes d’une pustule maligne ; un point noir à la partie supérieure externe du métacarpe, circonscrit par une peau dure et raboteuse sans élévation, une enflure œdémateuse qui s'était étendue

jusqu'au dessus du coude avec des phlyctènes remplies de sérosité. Jugeant que l’enflure était trop avancée pour qu'on püt faire des scarifications sans danger, je me bornaïi à l'application de la potasse caustique sur deux ou trois points voisins de la pustule. Je fis introduire dans les poches formées par les phlyctènes un mélange de camphre et d'huile volatile : je fis faire une forte décoction de quinquina à laquelle je fis ajouter une forte dose d'esprit de vin chargé par infusion des principes aromatique et camphré des plantes labiées : et des linges trempés dans cette décoction furent appliqués sur la main et sur l'avant-bras, jusqu'au dessus de l'enflure ; on les humectait trois ou quatre fois par jour. Le malade prenait en même temps deux onces de teinture de quinquina aromatisée avec l'hysope. Le lendemain, la potasse caustique avait formé deux escarres, la peau paraissait un peu colorée: Le surlendemain, des aréoles rouges annoncèrent la suppuration, qui termina heureusement la maladie.

Un riche paysan de Baziet, commune située à deux lieues de Morlaas, éprouva un accident semblable à peu près dans le même temps et très exactement au même endroit ; mais comme je fus appelé le second ou le troisième jour, j'eus l'avantage de diriger le traitement sur des circonstances particulières. Le point central de la tumeur, offrant une petite vésicule rouge, indiquait très clairement une piqüre, et la douleur vive et pongitive confirmait ce soupçon, quoique le malade n’en eût aucune connaissance. L'enflure de la main n'avait pas l'aspect œdémateux ordinaire. La peau était au contraire extrêmement rouge et je craignais moins la gangrène par l'effet du virus que par les suites de l’inflammation. Je jugeai donc la saignée nécessaire et je fis appliquer des cataplasmes émollients légèrement arrosés d'esprit de vin camphré. Les signes de la suppuration se manifestèrent bientôt après autour de la pustule et le malade fut guéri en très peu de temps.

Quoique à cette époque il n’y eût dans les deux communes aucune bête notoirement atteinte d'une maladie charbonneuse, il y en avait certainement dans les communes voisines et la conformité de ces pustules avec celles qui sont l'effet d’une contagion manifeste ne me permet pas de douter qu'un insecte, dont la piqûre ne fut pas aperçue, en avait puisé le germe sur quelque bête charbonnée.

Un propriétaire de la commune d'Artigueloutaa, voyant une de ses vaches sur le point de mourir du louvet, prétexte une chute dans un fossé, une luxation de l'épaule, et obtient de l'officier de police la permission de faire égorger sa vache et de distribuer la viande aux habitants de la commune, suivant la coutume du pays. Un boucher trop complaisant, ou peutêtre d'accord avec le proprietaire, égorge cette vache et reçoit sur la main droite et sur l'avant-bras le sang de la bête expirante. Le lendemain, à son réveil, il trouve ces parties couvertes de pustules charbonneuses ; il se borne pendant huit jours aux conseils du chirurgien du lieu et des femmes du voisinage. On applique des cataplasmes émollients et pourrissants, qui hâtent les progrès de la gangrène. Le neuvième jour, je trouve le malheureux bou-

Le. à

TE

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cher dans l’état le plus déplorable. La tuméfaction s’étendait jusqu'aux muscles pectoraux, les phlyctènes étaient affaissées, l’épiderme se détachait de la peau, qui paraissait noire ou livide ; une odeur cadavéreuse infectait la maison. La faiblesse du malade, l’altération des traits du visage, le trouble et la langueur des fonctions de la vie annonçaient une fin prochaine : il expira pendant la nuit.

Un jeune homme qui avait assisté la veille au pansement et qui avait reçu sur la main un petit jet de sérosité de quelque phlyctène me fit voir une pustule charbonneuse qui s’y était élevée pendant la nuit. J'y fis faire tout de suite deux incisions en croix et je les remplis de potasse caustique. Le chirurgien du lieu reçut les instructions nécessaires pour conduire le traitement et, la source de l'absorption ayant été obstruée, la guérison fut aussi prompte que facile.

Cependant tous les habitants de la commune avaient reçu, préparé et mangé les portions de viande qui leur avaient été assignées. Je fis les recherches les plus exactes pour en observer les effets et je fus pleinement convaincu qu'aucun individu n'avait éprouvé depuis huit jours et n’éprouva dans la suite la plus légère indisposition.

Enfin la triste situation des malades dont je viens de parler attirait tous les jours un grand nombre de personnes de tout âge et de tout sexe : les individus de la famille leur donnaient les soins les plus assidus, les femmes couchaient avec leurs maris et, quoique l'air fut infecté par les émanations putrides de leurs membres gangrenés, je n'ai pas vu un seul exemple de communication par la seule impression des miasmes pestilentiels répandus dans l'air atmosphérique.

Il résulte de ces observations : 1° Que la maladie des bestiaux connue sous le nom de louvet se communique par le contact immédiat des parties infectées sur la peau de l’homme saine ou blessée ; 2° Que l'humidité des cuirs frais, l'enduit des surfaces muqueuses et surtout le sang chaud des animaux pestiférés communiquent infailliblement la maladie ; 3° Que les chairs des animaux pestiférés, privés de la vie par l’effusion du sang, ne paraissent pas contagieuses et qu'on peut les manger sans crainte et sans danger ; 4° Que les plantes labiées aromatiques et camphrées sont très propres à arrêter les progrès de la gangrène par l'absorption de leurs principes concentrés dans un liquide qu'on applique sur les grandes surfaces contagiées lorsque les propriétés vitales n’y sont pas tout à fait anéanties. Enfin j'ajouterai, sans en déduire aucune conséquence, que dans -trois des observations les paumes des mains ont été exposées à la contagion autant ou même plus que les autres parties et que je n’y ai jamais aperçu de pustules charbonneuses.

Le principe amer existe avec une plus ou moins grande latitude dans les trois règnes de la nature. On le découvre par la saveur dans un grand nombre de substances minérales. Il entre dans la composition de la bile en grande proportion, mais il est beaucoup plus répandu dans le règne végétal et il se manifeste dans un grand nombre de plantes labiées. Plus ou moins sensible

dans quelques genres de cette famille, il paraît très concentré dans la gernandrée et son union avec l’arôme et l'huile volatile donne une grande supériorité à quelques espèces de ce genre dans certains cas. Les substances amères sont regardées en général comme toniques, fébrifuges et antiseptiques. Leur analogie avec la bile offre plusieurs moyens de remplacer cette humeur lorsqu'elle ne coule pas dans le duodénum, soit par un vice de sécrétion, soit par l'obstruction du canal cholédoque. Nous aurons occasion de revenir sur cet article dans l'exposition des plantes de la syngénésie.

Après avoir examiné les différents principes contenus dans les plantes labiées et reconnu leur action sur les différents systèmes de l’économie animale, nous pouvons dire que cette famille intéressante offre, à la médecine éclairée une riche moisson de remèdes irritants et antispasmodiques, des céphaliques, des cordiaux, des expectoraux, des carminatifs, des emménagogues, des aphrosidiaques, des diurétiques, des résolutifs, des antiseptiques, des toniques et des fébrifuges. Ces propriétés médicinales des plantes labiées et leur utilité relative à l’assaisonnement des viandes, à la toilette, et à la perfection du miel que les abeïlles vont cueillir sur leurs fleurs donneront peut-être un plus grand prix au tableau départemental de la didynamie gymnospermie.

A). Calices subquinquéfides.

GLÉCHOME. Anthères rapprochées deux à deux en forme de croix. Lèvre supérieure de la corolle bifide ; l'inférieure à trois lobes, dont celui du milieu est grand et échancré.

Gléchome lierre terrestre. Dec. FL. FR., III, 538. Glechoma hederacea. Willd. SP. pL., HI, 85.

Tige couchée. Feuilles réniformes et crénelées. Vivace.

Cette plante, très commune dans la plupart de nos cantons, croît dans le voisinage des haies et autres lieux couverts. Ses fleurs sont ordinairement bleuâtres, souvent violettes et quelquefois blanches. Ses feuilles ont une odeur forte et désagréable, un goût amer avec un peu d'âcreté. Elles sont au nombre des meilleurs remèdes pectoraux, vulnéraires et résolutifs. On s'en sert avec succès dans le catarrhe pulmonaire chronique, dans l'asthme pituiteux. On les prescrit en infusion à la dose d'une poignée par pinte d’eau édulcorée avec le miel ou le sirop de capillaire.

HYSOPE (1). Lèvre supérieure de la corolle petite et échancrée ; l'inférieure à trois lobes, dont celui du milieu est crénulé en forme de cœur renversé. Etamines droites et distantes.

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