POLYGAMIE
428. — La polygamie est divisée en trois ordres suivant la triple circonstance de la séparation des sexes. Le premier ordre, ou la polygamie monœæcie, comprend les plantes polygames dans lesquelles les fleurs hermaphrodites et-les fleurs mâles ou femelles se trouvent sur les mêmes individus. Le second ordre, ou la polygamie diœcie, comprend les plantes polygames dans lesquelles les fleurs hermaphrodites sont sur un individu et les fleurs mâles ou femelles sur un individu séparé. Le troisième ordre, ou la polygamie triœcie, comprend les plantes polygames dans lesquelles un individu porte des fleurs hermaphrodites, un autre individu des fleurs mâles et un troisième individu des fleurs femelles, comme dans le figuier.
429. — La cryptogamie est divisée en quatre ordres, qu'il est plus difficile de distinguer par des caractères fixes que par l'ensemble de toutes les parties. Le premier ordre comprend les fougères, le second ordre les mousses, le troisième les algues et le quatrième les champignons (1).
430. — Telles sont les bases du système de Linné, supérieur à toutes les méthodes connues, et presque généralement suivi, malgré les difficultés et. les erreurs qui lui ont été reprochées. Les défauts sur lesquels on a le plus insisté sont : 1° D’avoir réuni dans les mêmes classes les plantes les plus différentes, comme la rose et la fraise, le chêne et la pimprenelle (Buffon. Hist. Nat., 1°" discours) (2) ; 2° D’avoir séparé les plantes d’une famille natu-
relle et de les avoir dispersées dans les classes les plus éloignées ; 3° D’avoir compris dans les mêmes divisions des genres qui n’ont point les caractères de la classe, et des espèces qui n'ont point les caractères de leur propre genre ; mais il faut observer que toute méthode a pour but de faire trouver facilement et avec certitude le nom d'une plante connue et décrite. Tous les efforts d’un méthodiste doivent donc tendre directement vers ce but, et lorsqu'il est rempli toute critique est déplacée ; or, tous les botanistes de bonne foi conviendront qu'il est beaucoup plus facile de trouver la flouve dans la diandrie que dans la famille des graminées et que la séparation des sexes conduit plus directement l'observateur à la pimprenelle dans la monœæcie qu’un grand nombre de combinaisons dans la famille des agrimoniées. La flouve n'est pas un poivrier, pour être voisine du poivrier dans la diandrie ; elle n’est pas non plus le vulpin pour avoir son rang près de ce genre dans la famille des graminées. D'ailleurs, cette association de plantes différentes et cette dispersion de plantes semblables ne sont-elles pas dans la nature ? Où trouve-t-on les plantes d'une même famille symétriquement arrangées dans l’ordre de leurs rapports ? Le fraisier ne croît-il pas ordinairement près du rosier dans les haies ? Ne voit on pas souvent la pimprenelle sous un chêne dans les campagnes ? Est-ce donc une chose si choquante de
1. — A l’époque de Linné, les cryptogames formaient une seule classe sur vingtquatre. On verra par le développement qu’a pris cette classe dans le présent ouvrage que la cryptogamie dépasse de beaucoup en étendue toutes les autres classes, même la pentandrie déjà très touffue. Et depuis un siècle elle a pris une extension encore plus considérable. Les champignons, les lichens, les algues, les mousses, les fougères, forment maintenant cinq grands embranchements dont un seul suffirait à absorber toute l’activité d’un botaniste.
2. — Il n’y a pas de méthode à laquelle le même reproche ne puisse être adressé. Deux plantes se ressemblent par un caractère et diffèrent par un autre. Pour donner la préférence à l’un de ces caractères sur l’autre, il faudrait savoir qu’elle est leur importance relative.
voir ces plantes les unes à la suite des autres dans un ouvrage didactique ? Les deux premiers reproches sont donc sans fondement, mais le troisième défaut est très réel et trop fréquent dans le système de Linné. Les continuateurs de cet ouvrage ont essayé d'y remédier par le dédoublement de plusieurs genres et par la position des plantes douteuses dans toutes les divisions auxquelles elles peuvent se rapporter, d'où elles sont renvoyées à leur propre genre, dans l'ordre ou dans la classe qui les retiennent d'après les principes rigoureux du système (1). Gmelin ne s’est pas borné à ces corrections : il a fait encore des changements considérables dans la treizième édition du Systema naturæ ; il a supprimé cinq classes entières, savoir : l’icosandrie, la gynandrie, la monœæcie, la diæcie et la polygamie. L'icosandrie a été réunie à la polyandrie et les autres ont été fondues dans les classes établies sur le nombre et sur les connexions des étamines.
En adoptant le système de Linné pour la distribution méthodique des plantes comprises dans notre ouvrage, nous n'avons pas cru devoir nous conformer à cette innovation pour trois raisons : 1° Certaines classes, comme la pentandrie, sont déjà si populeuses que l'introduction d’un grand nombre de genres ne peut qu'y augmenter la confusion ; 2° Le nombre des étamines est si variable dans les plantes monoïques, dioïques et polygames qu'il est impossible de déterminer avec précision la classe dans laquelle un genre doit être placé d’après ce nombre ; quoique la même difficulté subsiste pour la division des classes unisexuelles en ordres, elle est infiniment moindre, par l'exclusion de toutes les plantes hermaphrodites ; 3° Enfin la nature a séparé l'icosandrie et la polyandrie, non seulement par des caractères constants et faciles à observer, mais encore par la qualité des fruits, qui sont en général alimentaires, sains et agréables dans l’icosandrie, tandis que presque toutes les plantes de la polyandrie sont nuisibles, âcres et vénéneuses. Nous laisserons donc subsister les vingt-quatre classes établies par Linné, mais nous adopterons les divisions et les corrections de Gmelin et nous préférerons les caractères génériques et spécifiques de cet auteur célèbre, qui nous ont paru plus exacts que dans les ouvrages de ses prédécesseurs. Charles Linné naquit en 1707, dans la province de Smolande en Suède ; il mourut en 1778.
1. — Ce dédoublement des genres ne paraît avoir aucun inconvénient et facilite beaucoup les recherches. Le ricin, par exemple, est herbacé dans notre pays et ligneux dans d’autres. Il est tout naturel qu'il figure dans le groupe des plantes herbacées et dans celui des plantes ligneuses. Il est vrai qu’alors, si on fait l'addition des genres herbacés et des genres ligneux, on trouvera un chiffre supérieur au nombre réel des genres. Mais il suffit d’en être prévenu.