DU PONT-LONG ET SUR LA COMPOSITION DES FUMIERS
Dans un discours lu au Conseil d'Agriculture et imprimé par ordre du général Serviez, préfet du département des Basses-Pyrénées, j'exposai les vices de nos fumiers et je m'engageai à indiquer à nos cultivateurs les moyens de se procurer des engrais en plus grande abondance et mieux conditionnés, sans employer la dépouille des landes et des touyas (On nomme touya un terrain clos dans lequel on laisse croître l’ajonc, les fougères et autres plantes spontanées dont on se sert pour la composition des fumiers. Un terrain clos où la fougère est la plante dominante, sans ajonc, se nomme héouga. Lorsque les terrains destinés au même usage ne produisent que des carets, on les nomme augas.). Les discussions relatives aux engrais ont des rapports intimes avec toutes les branches de l’économie rurale. La proposition du défrichement des landes en général et du Pont-Long en particulier est attaquée et défendue par des arguments fondés sur la nécessité, sur l'inutilité et sur l'imperfection des fumiers. Cette question est devenue très intéressante par le balancement des raisons alléguées par les partisans et par les adversaires de cette mesure. Démontrer qu'il est possible et même facile de se procurer des matières plus propres à la composition des fumiers que les produits des landes et des touyas, c'est enlever aux adversaires du défrichement leur argument le plus solide et celui sur lequel ils ont le plus insisté ; c'est à peu près réduire la question aux rapports de la population, des moyens de culture et de l'éducation des bestiaux. Je me propose d'éclairer cette discussion en examinant les questions suivantes :
1° Dans l’état actuel de la population, la culture des terres incultes seraitelle possible sans négliger les terres cultivées et sans nuire aux manufactures, aux arts et au commerce ?
2° Nos moyens de culture sont-ils suffisants pour entreprendre de nouvelles extirpations ?
3° La culture des terres incultes en général et du Pont-Long en particulier serait-elle nuisible au développement de l’industrie pastorale ?
4° Par quels moyens peut-on se procurer des fumiers en abondance et d’une qualité supérieure sans employer la dépouille des landes et des touyas?