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SECONDE QUESTION

Nos moyens de culture sont-ils suffisants pour entreprendre de nouvelles extirpations ?

La surface du Pont-Long, et en général de toutes les plaines comprises entre le gave et l'Adour, est couverte de végétaux dont les uns occupent les parties sèches et les autres les parties humides. Parmi les végétaux qui se trouvent dans les parties sèches on distingue le pteris aquilin, l’ajonc d’Europe, cinq ou six espèces de bruyère (Erica vulgaris, tetralix, ciliaris, purpurescens, cinerea), le genêt anglais, la mélique bleue, plusieurs espèces de paturin, de fétuque, de brôme et d’agrostis, qui en forment le fond ; la tormentille droite, la cuscute épithyme et une espèce d’anthéric, inconnue aux botanistes, décrite dans la sixième classe de cet ouvrage sous le nom d'anthéric des landes, anthericum ericetorum. Dans les parties humides on

trouve un grand nombre d'espèces de caret, de scirpe et de souchet, le choiïn brun et le choin blanc, la linaigrette paniculée, plusieurs espèces de potamot, le jonc épars, le jonc aquatique et le jonc uligineux, le rubanier redressé, la massette à larges feuilles, l'iris jaune, le fluteau plantaginé, le fluteau nageant et le fluteau renonculier, la renoncule aquatique, la sarrette des teinturiers et l’anthéric des marais, anthericum ossifragum. Une multitude de plantes de l'ordre des mousses remplit les intervalles, et le tout forme une masse touffue et sans interruption.

Le fromental, avena elatior, recommandé comine une des meilleures plantes pour la formation des prairies artificielles, croît naturellement et en très grande abondance dans nos touyas. On peut donc regarder les touyas comme les meilleurs de tous les pacages et comme des prairies artificielles à peu près naturelles puisque l’art n’y est entré que pour la clôture.

La destruction annuelle de toutes ces plantes, converties en terreau, et l'accumulation de leurs débris depuis un grand nombre de siècles ont formé une couche végétale d'une très grande épaisseur, qui couvre un fonds graveleux dans quelques endroits et argileux dans quelques autres. Il serait difficile d'indiquer une terre plus féconde en principes végétatifs, et les adversaires du défrichement ont grand tort de la regarder comme stérile. Cependant cette terre, que nous savons être la seule propre à fournir aux végétaux la matière de la nutrition, a besoin d'un mélange de silice, d'alumine et de chaux pour la végétation. Les plantes qui croissent naturellement dans les landes ne doivent leur vigueur qu'à la longueur de leurs racines, qui vont chercher à une très grande profondeur le sable et l'argile qui se trouvent au dessous de la couche végétale, et si les inondations n'entraînaient point sur la surface quelques molécules de silice et d'alumine enlevées aux collines, les plantes dont les racines sont superficielles y seraient nécessairement moins nombreuses et plus languissantes, mais la silice et l'alumine y sont toujours en trop petite proportion, surtout dans les parties éloignées des collines, pour qu’on puisse espérer quelque succès de la culture des plantes céréales sans le secours des amendements.

D'un autre côté, la couche de terreau est extrêmement mince sur les collines et sur les plans inclinés où la culture est généralement établie. L'alumine et la silice s'y trouvent en trop grande proportion et elles sont presque touta-fait dépourvues de chaux. Or ces trois dernières terres sont absolument stériles par elles-mêmes, et nos collines seraient impropres à la culture du froment et du maïs si elles n'étaient améliorées par l'addition de la chaux et libéralement engraissées par des fumiers.

Il résulte de ces observations que les amendements et les fumiers sont deux moyens de culture indispensables dans nos contrées pour la prospérité de l’agriculture. Le seigle èt le millet (Panicum miliaceum. Lin.) étaient anciennement les seules plantes céréales cultivées dans les terres comprises entre la Garonne et la mer. (Panico Gallia quœdam, præœcipué Aquitania utitur. Pline, lib. XVII, cap. 2.) La marne et la chaux les ont rendues propres à la culture du froment. Les terres situées sur les hauteurs sont argileuses et dépourvues

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de chaux ; celles des plaines sont trop légères et trop arides pendant l'été (Discours prononcé au Conseil d'Agriculture le 10 floréal an X.). La chaux est nécessaire et préférable à la marne pour féconder les premières, et la marne, composée d’alumine et de chaux, est excellente pour fertiliser les autres ; mais l'acquisition de la chaux, l'extraction et le transport de la marne exigent des frais considérables et proportionnés à l'éloignement des terres ‘qu’on se propose d’amender.

Cette difficulté, opposée au général Serviez par le Conseil général du département, parait être d’un très grand poids ; mais il l’a combattue par l'exemple des terres des environs de Pau, très fertiles et très productives sans le secours de la marne ou de la chaux (Les terres les plus fertiles des environs de Pau sont sans doute celles qui sont situées sur les deux bords de la grande route qui conduit à Tarbes et à Morlaäs, et qui sont une dépendance du Pont-Long ; mais outre les décombres d’une grande ville qui y sont jetées, comme l'ont très bien observé les membres du Conseil général, il faut compter pour beaucoup le sable de la grande route entraîné dans les fossés dont les terres sont enlevées tous les ans et répandues dans les champs.). Il aurait pu ajouter que les terres du Pont-Long pourraient être facilement amendées avec de l'argile pure, qu'on trouve presque partout au dessous de la couche végétale et qu'on pourrait extraire à peu de frais en creusant des puits ou en ouvrant des tranchées.

Quant aux fumiers, il est certain que dans l’état actuel de la culture il s’en faut bien que nous en ayons assez pour engraisser nos terres cultivées ; comment pourrions-nous donc fumer les terres nouvellement extirpées ? Nous sommes réduits à semer le maïs sans fumier sur les terres ensemencées en blé l’année précédente, et tout le monde conviendra que nous doublerions nos récoltes si nous pouvions les fumer tous les ans. Le Pont-Long est éloigné des grandes rivières qui fertilisent le sol én y entraînant les terres enlevées aux montagnes, aux collines cultivées et aux vallons fertilisés. Les ruisseaux qui coulent dans toute l'étendue du Pont-Long ont leur source dans les marais qui s’y trouvent de distance en distance ; il n’y en a pas un seul qui communique avec la chaîne des Pyrénées et qui puisse apporter les débris calcaires des montagnes. Le Luy est le seul qui borde le Pont-Long dans sa plus grande étendue et qui, coulant au pied d’une chaîne de collines qui le domine vers l'Orient dans la direction du Sud-Est au Nord-Ouest, peut y entrainer les terres enlevées aux hauteurs, qui ne sont pas même cultivées dans toute l'étendue du flanc gauche. L'Oussère, qui prend sa source près de Limendous, qui reçoit les égouts d'Andoins et qui traverse le village de Sendets, porte du sable et du limon ; le citoyen Laclède, distingué par ses lumières et recommandable par ses malheurs, avait su tirer parti de ce ruisseau pour fertiliser son domaine. Mais l'Oussère abandonne bientôt le Pont-Long et va se jeter dans le gave au dessous de Lescar. Ainsi la plus grande partie du Pont- Long ne saurait jamais être fertilisée par les eaux ; la couche humeuse, formée par les débris des végétaux et par leur accumulation depuis plusieurs siècles, est d'une très grande épaisseur et elle promet les récoltes

les plus abondantes pour les premières années qui suivront l’extirpation, mais elle sera bientôt épuisée par la culture, et puisque la nature ne fournit pas des moyens de réparation, l’art sera seul chargé de la féconder ; or, si nous manquons de fumier, nous n'aurons plus que des terres stériles : sans fumier point de récolte. Nous observerons néanmoins que la culture des parties supérieures du Pont-Long bonifierait les eaux au profit des parties inférieures où l’on pourrait former d'excellentes prairies, qui seront toujours pauvres et marécageuses à la hauteur de Pau et de Lescar.

Si, comme nous venons de le démontrer, nos terres sont infertiles sans le secours des amendements et des fumiers, s'il n’y a qu'un petit nombre de propriétaires en état de supporter les frais nécessaires pour l'amendement des terres en culture, si nous n'avons que le tiers des fumiers nécessaires pour les engraisser, il est évident que nos moyens actuels de culture sont insuffisants pour entreprendre de nouvelles extirpations ; mais nous ferons disparaître toutes ces difficultés lorsque nous exposerons les moyens de perfectionner les fumiers.

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