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TROISIÈME QUESTION

La culture du Pont- Long serait-elle nuisible à l'éducation des bestiaux ?

L'éducation des bestiaux est une des principales branches de l'économie rurale dans nos contrées ; les richesses qui en proviennent sont supérieures aux produits de la culture et beaucoup plus certaines. L'industrie des habitants de nos montagnes est presque uniquement dirigée vers cet objet, et dans nos plaines l’industrie agricole est nécessairement liée au nourrissage des bestiaux. Tous les soins d’une administration éclairée doivent tendre à encourager, à étendre et à perfectionner cette branche importante de la richesse des nations. C’est par l'éducation des bestiaux que nous pouvons utiliser les riches pâturages de la région supérieure des Pyrénées, absolument impropres à tous les genres de culture ; mais les bestiaux, qui y trouvent une nourriture abondante pendant l'été, ne sauraient subsister dans les autres saisons sans le secours des pâturages de la plaine, et les propriétaires de la vallée d'Ossau mènent leurs vaches sur le Pont-Long vers le milieu du printemps.

Si nous étendons la culture de cette lande, nous opposons nécessairement des bornes à l'industrie des habitants de nos vallées, et il est douteux que les avantages de la culture puissent compenser les pertes que nous ferons par la diminution des bestiaux. D'ailleurs le nourrissage des bestiaux est combiné avec l'industrie agricole dans toute l'étendue du département. On ne saurait y perfectionner la culture, il serait impossible de l'agrandir sans augmenter la quantité de nos fumiers. Pour augmenter la quantité des fumiers, il faut penser à augmenter le nombre des bestiaux, ce qui ne peut se faire sans pâturages pour les nourrir pendant l'été et sans fourrages pour les faire subsister pendant l'hiver et une partie du printemps et de l'automne.

Ceux qui prétendent que les bestiaux peuvent prospérer dans les étables

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avec une nourriture abondante n’ont pas fait attention que la lumière, l'air et le mouvement sont nécessaires à tous les êtres vivants pour l'entretien de la vie et de la santé. La principale cause des maladies charbonneuses, qui font périr tous les ans un si grand nombre de bêtes à cornes, et de la malignité du claveau, qui fait tant de ravages sur les bêtes à laine, vient de l'infection des étables et des bergeries par la transpiration, par la respiration et par l'accumulation des excréments des animaux entassés dans une prison étroite, privée d'air et de lumière. Les bestiaux aiment à parcourir un grand espace. La liberté des mouvements est nécessaire au développement de leurs forces et de leurs organes. On peut observer qu'ils ne touchent jamais à l'herbe qui croît sur leurs excréments ; ils avancent toujours pour chercher celle qui n’est point infectée et ils ne reviennent dans les mêmes endroits que lorsque les exhalaisons fétides se sont entièrement dissipées. Ils ont d’ailleurs besoin d’un grand espace pour éviter la poursuite des loups et autres animaux carnassiers.

Ces avantages ne peuvent se trouver que dans les pâturages communs, et un seul gardien suffit pour tous les propriétaires d’une commune ou d'un grand quartier. Respectons donc les pâturages communs, augmentons le nombre de nos bestiaux en proportion de leur étendue et procurons-nous dans la même proportion des fourrages verts et des fourrages secs pour les faire subsister dans les étables lorsqu'ils ne trouvent plus rien dans les pâturages.

Les prairies naturelles ne sauraient fournir tous les fourrages nécessaires dans un pays arrosé par des eaux marécageuses, mais il serait facile de s’en procurer en abondance par la formation des prairies artificielles et par la culture d’un grand nombre de plantes volumineuses, agréables et salutaires aux bestiaux. Une partie des terres consacrées aux touyas pourrait être facilement convertie en prairies artificielles ; le reste serait réservé pour des pacages. Les terres abandonnées en guéret pourraient être couvertes de plantes annuelles ou bisannuelles et notamment de trèfle incarnat, de fèves et de turneps qui fourniraient de l'herbe et des racines fraîches, toujours préférables aux fourrages secs pour la nourriture des bestiaux. Mais, dira-t-on, les prairies artificielles n’ont pas réussi dans nos contrées et les cultivateurs s'en sont dégoüûtés. C’est qu'on a eu tort de cultiver la luzerne et le sainfoin, qui sont des plantes étrangères et qui sont promptement dominées et étouffées par nos plantes indigènes ; maïs le mélilot, le trèfle des prés et le ray-grass croissent naturellement dans nos contrées ; donnons-leur la préférence ; nous obtiendrons les récoltes les plus abondantes et des fourrages aussi nourrissants et aussi agréables aux bestiaux que le sainfoin et la luzerne.

Il serait inutile d'entrer dans un plus grand détail pour faire sentir les avantages de la multiplication des bestiaux et les conditions nécessaires pour la prospérité de cette branche importante de l’économie rurale dans nos contrées. Il est évident qu’il serait impossible de lui donner un grand développement sans pâturages communs et que la culture ne pourra s'étendre sur les landes sans resserrer l’espace destiné à l'éducation des bestiaux.

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