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QUATRIÈME QUESTION

Par quels moyens peut-on se procurer des fumiers en abondance et d'une qualité superieure, sans employer la depouille des landes et des touvas ?

Après avoir exposé les moyens propres à augmenter le nombre des bestiaux, il nous reste à indiquer aux cultivateurs des matières préférables au produit des landes et des touyas pour la composition des fumiers. Il est facile de trouver des matières plus abondantes et plus substantielles que l'ajonc, les bruyeres et les fougères, et d'éviter les inconvénients qui résultent de la méthode usitée pour la préparation des fumiers.

1° Lorsque les propriétaires auront des troupeaux nombreux de brebis et de moutons, ils pourront les faire parquer et engraisser annuellement une partie des labourables.

2° Les fougères, l’ajonc, les bruyères, les ronces et les tiges du maïs sont des plantes sèches ou ligneuses, impropres à la confection des fumiers ; mais elles peuvent être transportées et brûlées dans les champs pour en fertiliser une grande partie.

3° Les feuilles des arbres, les joncs et lés carets, qui croissent en abondance dans les marais et dans les endroits aquatiques, seront transportés dans les cours et sur les chemins. Ces plantes, décomposées par la putréfaction fourniront un excellent engrais.

4° Les pailles, plus abondantes en raison des progrès de la culture, excèderont la quantité nécessaire pour la couverture des édifices et pour la nourriture des chevaux ; cet excédent pourra servir pour la litière des bestiaux, et le fumier qui en proviendra sera de la première qualité.

5° Enfin la terre, qu'il est si facile de se procurer, surtout si la culture s'étend sur le Pont-Long, sera la matière la plus abondante et la plus propre à former un excellent terreau. Le travail nécessaire pour cet objet consiste à former des piles sur les bords des champs et à y porter les excréments des animaux. On fait un mélange de ces substances en y ajoutant les terres extraites des fossés, les boues des rues et des chemins et quelques charretées de marne lorsqu'elle se trouve à portée. Ces piles, disposées en dos d'âne, se couvrent bientôt de plantes vigoureuses, tendres et succulentes, provenant de la germination des graines contenues dans les excréments des animaux (On pourrait encore semer des lupins sur la surface des piles et les enterrer a demi-croissance. Pline dit que cette plante est très propre à la préparation des fumiers. Hist, nat., lib. XVII, cap. 0.). On bèche ensuite ces piles, en enterrant les plantes de la surface et en ramenant les terres de l'intérieur à l'extérieur. Les plantes enfouies se pourrissent et se convertissent en terreau. Les graines ramenées à la surface continuent à germer et produisent de nouvelles plantes ; un second, un troisième travail à la bêche donnent les mêmes résultats ; comme la surface des piles est presque toujours garantie des ardeurs du soleil par le prompt développement des plantes et comme leur disposition en dos d’âne les rend impénétrables à la pluie, il ne peut y avoir

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ni évaporation ni dissolution ni écoulement des substances, et ce terreau très riche en principes végétatifs, absolument dépourvu de mauvaises graines, remplira toutes les conditions d’un excellent fumier.

Les avantages de cette méthode, usitée dans le département des Hautes- Pyrénées, seront appréciés par tous les bons esprits ; mais l’aveugle routine et les préjugés nous opposeront l'impossibilité de trouver des terres en suffisante quantité pour fumer nos labourables, les difficultés du transport des excréments des animaux, les inconvénients d’un surcroît de travail pour la construction des piles. Nous leur répondrons que les terres propres à la composition du terreau dont il s’agit sont très abondantes dans les plaines et dans les vallons, où elles se trouvent à pied d'œuvre ; que leur transport dans les champs éloignés ne sera jamais aussi coûteux que le travail nécessaire pour la coupe et pour le transport de la dépouille des landes et des touyas ; qu'on pourrait même prendre ces terres sur les bordures des champs argileux : on y mêlerait les terres extraites des fossés, du sable ou de la vase, ainsi que les excréments des animaux et les plantes qui croissent sur les piles ou qu'on ferait bien d’y semer, ce qui fournirait la terre végétale, en trop petite proportion dans les terres de cette nature ; que le transport des excréments des animaux, effectué tous les jours ou tous les deux jours, serait un moyen de prévenir l'infection des étables, des bergeries, des écuries et d'éviter les maladies pestilentielles qui en sont la suite ; enfin que la marne ou l'argile, le sable ou la chaux, qu’il est facile d'ajouter aux piles, suivant la nature du sol qu’on se propose de fertiliser, offrent annuellement des moyens de corriger son infertilité en diminuant la proportion de la terre dominante. Presque tous les propriétaires seraient en état de se procurer tous les ans une petite quantité de marne, de chaux, de cendre ou de décombres pour la composition du fumier : il y en a peu qui soient en état de sacrifier une somme considérable pour l'amendement d’une pièce de terre.

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