‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 8 sur 1213 · XXV — . PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXV — . PRÉFACE

pements dont l’ensemble est l’univers solidaire. La matière n’est pas seulement infinie, éternelle, mobile, vivante ; elle est un être immense qui a sa vie commune, L'intensité de vie de chaque être se mesure à sa force de réaction contre les actions environnantes et c'est l’ensemble de ces actions et réactions qui constitue la vie de l'univers.

L'idée de l'atome, qui a été féconde dans le domaine de la chimie, est-elle applicable en biologie ? Y aurait-il un être vivant, infiniment petit, aussi rudimentaire qu’on peut le concevoir, qui serait pour les corps vivants ce qu'est l’atome chimique pour les corps minéraux, une sorte d'atome vital ?

Ici il faudrait définir la vie.

Tout vit, mais tout se transforme, et c’est sans doute cette faculté de transformation qui peut être considérée comme la caractéristique de la vie. La matière est toujours vivante, mais la vie est à des états divers dans les divers corps ; l’affinité de deux corps est leur aptitude à se modifier mutuellement et la vie d’un corps est la série des modifications qu’il produit et qu’il subit. Quand la transformation est lente, nous ne la percevons pas, et c’est alors que la matière nous paraît privée de vie, mais tout se transforme, plus ou moins vite ; la rapidité, l'étendue des transformations mesurent l'intensité de la vie. Il faut, en effet, tenir compte à la fois de l'étendue de la transformation et du temps dans lequel elle s'opère. La même chaleur élève d’un degré la température de cent grammes d’un corps, ou de cent degrés la température d’un gramme. La même transformation, suivant qu’elle est plus ou moins rapide, atteste une vie plus ou moins active.

Depuis l'état le plus rudimentaire jusqu’à l’état le plus complexe, l’organisation de la matière varie à l'infini, par des degrés insensibles, mais il n’y a pas une matière organique et une matière inorganique ; toute matière est organique, toute organisation se transforme, tout corps est vivant et par conséquent tout corps est mortel. La mort est la condition nécessaire de la vie. Il n’y a que la matière universelle qui soit toujours vivante, mais elle n’est pas immuable, puisque c'est le changement qui est la vie.

Un être a des facultés d’autant plus variées et plus puissantes qu’il est formé d’un plus grand nombre de groupements différents. Ce n’est pas le nombre des éléments qui importe, c’est le nombre de leurs groupements. Une ulve contient un énorme nombre de cellules, toutes semblables ou à peu près : c'est un être d'organisation rudimentaire. Une dicotylédone lui est supérieure, bien qu'elle ne soit composée également que de cellules, parce que ces cellules sont groupées en organes très divers : parenchyme, vaisseaux, trachées, feuilles, tige, étamines, pistil. Un animal est supérieur encore à la plante, parce qu’il a des organes plus nombreux et plus compliqués, comme le cœur, le foie, le rein, le cerveau. Mais par l'analyse on arrive toujours à décomposer l’être même de l'organisation la plus élevée en cellules qui sont ses éléments primaires. Tout être est un agglomérat, une symbiose de cellules. Chez des êtres peu compliqués, la différenciation des cellules n'étant pas profonde, le corps peut être sectionné sans que chaque section périsse. Un végétal, comme Proiococcus viridis, se divise spontanément en quatre cellules dont chacune se met ensuite à vivre pour son compte. Quand un corps entre en putréfaction, les cellules qui le composaient n'étant plus retenues ensemble, chacune d’elles continue sa vie avec ses propres

moyens, qui sont très réduits. Ce ne peuvent être que des algues ou des champignons de l'ordre le plus infime. Mais la segmentation n'est pas indéfinie : il arrive un moment où la plante, à force de se sectionner, s'épuise ; elle a besoin de se rénover alors par une conjugaison. A quel échelon s'opère cette rénovation, et quelle forme prend l'être résultant de la fusion des deux cellules qui terminent leur série respective ? C'est un champ d’études qui est encore à explorer.

Il n’est pas probable que la cellule elle-même soit l’unité vitale. Peut-être se désagrège-t-elle à son tour et faut-il chercher dans ses profondeurs l'unité de vie élémen taire. La cellule serait déjà un groupement complexe qui entrerait à son tour dans un autre groupement plus élevé.

On a raillé les partisans de la génération spontanée comme s’ils avaient prétendu tirer quelque chose de rien, faire naître des mouches des entrailles d'une bête morte. Et il est vrai que l'expression « génération spontanée » était pour fournir de faciles arguments à ses adversaires. Mais personne ne prétend que des êtres naissent spontanément de rien. Ce qu'il est permis de soutenir, c'est que des éléments vivants, groupés sous la forme collective d’un être auquel ils prêtent leur concours et duquel ils reçoivent une aide, peuvent, lorsqu'ils deviennent libres par la destruction de cet être, continuer isolément une vie propre, plus restreinte sans doute, mais analogue à ce qu'elle eut été s'ils étaient nés à l’état libre au lieu d’avoir été compris dans une organisation sociale.

Il n'est pas impossible qu'un être vivant se décompose en êtres moins vivants qui se décomposent à leur tour en êtres plus rudimentaires, sans qu'on arrive jamais à trouver dans la nature aucun corps, aucune parcelle de corps, aucun atome qui ne soit plus ou moins vivant. La vie est indéfiniment divisible, comme elle est indéfiniment compressible.

Pour croire que tout être naît nécessairement d'un germe produit par un être semblable, il faut se prêter à des hypothèses forcées. Quand un corps est abandonné à lui-même dans des conditions convenables de chaleur et d'humidité, on y voit apparaître successivement ou simultanément divers genres de champignons. Faut-il admettre qu’il y a toujours dans l'air, À point nommé, des spores de tous ces genres ? Chaque centimètre cube d'air contiendrait donc, d'une façon permanente, des échantillons de tous les champignons qui peuvent se développer sur un corps quelconque en décomposition. Il n’est pas plus chimérique de supposer que ces productions sont les formes sous lesquelles reprend vie le protoplasme de la cellule quand la dissociation a atteint l'extrême limite. On se trouve alors en présence de globules infiniment petits qui peuvent évoluer diversement suivant qu'ils occupent la surface ou la profondeur de la masse, selon le degré d'humidité ou de chaleur. Seulement ces êtres rudimentaires, réduits au minimum de vie, ne semblent pas trouver dans les conditions actuelles le moyen de se grouper À nouveau en être plus complexe ; la seule façon qui leur reste d'être appelés à rentrer dans une organisation supérieure est d’être mangés. C'est le sort le plus avantageux pour ces humbles organismes. Réduits à leurs propres forces, ils ne peuvent lutter contre la destruction que par une multiplication abondante, mais il leur est plus facile de se multiplier que de se nourrir ; quand l’aliment fait défaut, ils retournent à la vie minérale, qui n'est pas une mort complète puisque rien n’est mort, mais qui est une vie encore plus rudimentaire que

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